En mission à Ndzuani, la délégation de l’Unesco présent au pays depuis une semaine pour visiter les médinas de sultanats historiques, s’est rendue à Ndzuani. Elle a visité les médinas de Mutsamudu et Domoni dans le cadre de leur candidature au patrimoine mondial. Elle a salué un patrimoine exceptionnel, porteur d’identité et de développement durable.

 

Du 25 au 26 juin, Ndzuani a accueilli une délégation de l’Unesco pour deux journées consacrées à l’évaluation des médinas de Mutsamudu et de Domoni. Cette mission s’inscrit dans le processus de candidature des deux sites au patrimoine mondial de l’Unesco. Architectes, spécialistes du patrimoine et représentants d’institutions internationales ont multiplié les échanges avec les autorités et les acteurs locaux.


La délégation a été composée des représentants d’Aliph (Alliance internationale pour la protection du patrimoine), de l’école de Chaillot, de l’Agence française de développement (Afd), ou encore les ambassadeurs des Comores et de Sénégal auprès de l’Unesco. Arrivés jeudi après-midi, les visiteurs ont débuté leur mission à la Citadelle de Mutsamudu. Le même soir, à l’hôtel Le Jasmin, un dîner officiel a été offert par le gouverneur de l’île. La visite s’est poursuivie vendredi dans la médina de Domoni, où la délégation a effectué une visite de terrain suivie d’un déjeuner offert sur place.

Le processus de candidature des médinas comoriennes

La représentante d’Aliph, Bonet Filella Laia s’est réjouie de se retrouver à Mutsamudu pour poursuivre le travail engagé avec les partenaires comoriens. 
«C’est un immense plaisir de revenir à Mutsamudu pour la quatrième fois. Après deux journées particulièrement enrichissantes à Ngazidja, nous découvrons une nouvelle fois un patrimoine exceptionnel. Notre objectif est de mieux connaître ce patrimoine afin qu’à l’issue de ce projet, chaque Comorien puisse en mesurer toute la valeur, se l’approprier et contribuer à sa préservation. Le patrimoine n’est pas seulement un ensemble de beaux bâtiments. C’est une histoire vivante, portée par les habitants. Nous souhaitons comprendre la vie quotidienne dans les médinas et voir comment cette richesse culturelle peut être davantage valorisée », a-t-elle indiqué.


Pour sa part, l’ambassadeur du Sénégal auprès de l’Unesco, également président du Groupe Afrique, Pierre Faye, a réitéré la mobilisation des pays africains dans le processus de candidature des médinas comoriennes. «Je pense à Léopold Sédar Senghor, qui rappelait que la culture est au début et à la fin de tout processus de développement. Il y a une semaine, nous étions réunis à Dakar avec les membres africains du Comité du patrimoine mondial pour examiner, entre autres, le dossier des Comores, qui bénéficie déjà d’une recommandation favorable des organes consultatifs. Depuis l’adoption de la Convention de 1972, trop peu de biens africains ont été inscrits sur la Liste du patrimoine mondial. Nous avons donc décidé de renforcer notre solidarité et notre coordination afin de défendre plus efficacement les candidatures africaines», a-t-il expliqué.

Enfin, l’ambassadeur a mis en avant la richesse du patrimoine culturel comorien. «C’est avec beaucoup de fierté que je découvre les traditions et l’immense richesse culturelle des Comores. Le patrimoine immatériel, tout autant que le patrimoine matériel, témoigne de la profondeur et de la vitalité de la culture comorienne», a-t-il dit.


Prenant la parole au nom de la notabilité de la médina de Mutsamudu, l’ancien maire de la ville, Abdillah Sidi, a souhaité la bienvenue à la délégation. « C’est un grand honneur de m’exprimer au nom de la notabilité de la médina de Mutsamudu. Nous nous réjouissons de votre présence. Nous sommes convaincus que cette mission donnera un nouvel élan à la valorisation de notre médina et au rayonnement de notre patrimoine culturel, afin qu’il contribue pleinement au développement social, économique et culturel de notre pays», a-t-il déclaré.


Jeudi soir, après la réunion à la mairie de Mutsamudu, et la visite au palais Citadelle, un dîner officiel a été offert par le gouverneur de Ndzuani, Dr Zaidou Youssouf. Prenant la parole lors du dîner, le gouverneur a présenté cette candidature comme une étape majeure pour l’histoire de l’île. «L’inscription de nos médinas sur la prestigieuse liste du patrimoine mondial de l’humanité constitue un moment historique, un véritable acte de souveraineté culturelle. Cette décision dépasse une simple reconnaissance administrative. Elle touche au cœur de notre identité, de notre mémoire collective et de notre multiculturalisme. C’est aussi la réparation d’une injustice de notre histoire», a-t-il déclaré.


Poursuivant son intervention, le gouverneur a insisté sur le rôle central des femmes dans la préservation du patrimoine anjouanais. «Ndzuani est au carrefour d’un métissage culturel et revendique avec fierté son multiculturalisme. Derrière cette richesse se trouve le véritable moteur de notre résilience : la femme anjouanaise, reconnue pour son courage, son attachement aux valeurs ancestrales et son rôle dans la transmission de notre héritage. Si ces murs sont encore debout aujourd’hui, c’est parce que nos mères, nos sœurs et nos filles les ont protégés et fait vivre. Dans notre société matrilinéaire, la maison traditionnelle en pierre est le royaume de la femme. Ce sont elles qui transmettent la mémoire des lieux et font battre le cœur des médinas à travers l’artisanat, les contes et la solidarité», a-t-il expliqué.


Le chef de l’exécutif insulaire a également mis en avant les perspectives de développement qu’offre cette candidature. « Ce classement est avant tout un hommage à la persévérance et à la dignité des femmes de Ndzuani. Il représente aussi un levier pour un projet politique et économique ambitieux. Nous ne voulons pas transformer nos médinas en musées figés, mais en faire le cœur vivant de notre économie locale et durable. Ndzuani s’engage à préserver l’authenticité de ses médinas et compte sur ses partenaires pour accompagner la formation de notre jeunesse afin que l’or blanc de nos murs de corail devienne l’or vert de notre développement», a-t-il conclu.