Les participants ont salué l'inscription des médinas des sultanats historiques sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco avant d'appeler à relever les défis de la restauration et de la préservation de ces trésors.

 

Le gouverneur de Ndzuani, Dr Zaidou Youssouf, a dirigé lundi, à Dar-Nadjah, la cérémonie officielle marquant la célébration de l’inscription des médinas historiques de Mutsamudu et de Domoni sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco. Cette inscription est intervenue le 25 juillet, lors de la 45e session du Comité du patrimoine mondial tenue à Busan, en Corée du Sud. 


La cérémonie a réuni des élus, des députés, des maires, des associations de défense du patrimoine, des jeunes et des notables. Une conférence sur     «les enjeux de la gouvernance, de la gestion durable et des retombées de l’inscription au patrimoine mondial», est animée par les associations Jpc, Cpc, Gpcd et le Cndrs. Une prestation de tari a également eu lieu avant le discours du gouverneur. 

Les vestiges des anciennes civilisations

Dans son intervention à l’occasion, le gouverneur Dr Zaidou Youssouf a placé la cérémonie sous le signe de la reconnaissance. S’appuyant sur un verset de la sourate Ar-Roum, il a rappelé l’importance de regarder les vestiges des anciennes civilisations afin d’en tirer des enseignements. «L’inscription de deux de nos sites majeurs sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco est bien plus qu’une reconnaissance institutionnelle. C’est la consécration du génie de nos ancêtres et la restauration de notre identité. Aujourd’hui, l’histoire s’incline devant Ndzuani », a-t-il déclaré.


Le gouverneur a également insisté sur la dimension multiculturelle des médinas de Mutsamudu et de Domoni. «Nos médinas sont nées des échanges entre plusieurs espaces culturels, des échanges entre l’Afrique, l’Océan indien, l’Arabie, la Perse, l’Asie, qui sont le symbole vivant de cette interconnaissance voulue par le Créateur. En devenant patrimoine de l’humanité, elles s’ouvrent au monde pour que les cultures continuent de se rencontrer et de s’enrichir. J’adresse mes remerciements au chef de l’État, Azali Assoumani, à l’Unesco, aux experts du Comité du patrimoine mondial, au Cpc, au Cndrs et aux partenaires techniques et financiers », a-t-il déclaré. 

Un projet porté depuis  vingt ans

Le gouverneur de Ndzuani a salué le travail mené pendant près de vingt ans par les acteurs engagés dans le projet. «Ce classement à l’Unesco n’est pas seulement une victoire de prestige, c’est la reconnaissance de notre histoire, de nos traditions vivantes et de notre souveraineté culturelle. Je prends l’engagement devant Dieu et devant vous de veiller sur ces joyaux comme sur la prunelle de nos yeux. Nous protégerons chaque pierre, chaque arche et chaque place de marché pour que la modernité ne vienne pas effacer les traces de nos ancêtres », a-t-il assuré.


Fatima Boyer, présidente fondatrice du Collectif du patrimoine des Comores (Cpc), créé en 2006, a rappelé que le projet des médinas trouve ses premières impulsions à Ndzuani. «Avant toute chose, je voudrais dire que le projet des médinas est parti de Ndzuani.

 C’est cette île qui a semé la graine en 2004. C’est un honneur de venir ici célébrer cette nomination avec vous tous. Les membres du Cpc sont fiers d’avoir contribué en amont à sensibiliser la population et les élèves à l’importance de l’inscription de nos sites sur la liste du patrimoine mondial. Nous avons soutenu et produit le premier inventaire des médinas, le recueil des sultanats historiques des Comores », a-t-elle expliqué.


Selon Fatima Boyer, ce recueil a pris en compte trois des quatre îles de l’archipel des Comores. « Le travail est réalisé par l’école nationale d’architecture de Lille avec l’appui de la convention France-Unesco. La nomination de nos sites au patrimoine mondial constitue pour notre pays un nouvel élan pour le développement de nos villes.

 C’est une opportunité pour les jeunes. Donc, mettez-vous au travail pour que cette nomination pour laquelle nous avons rêvé depuis 20 ans soit réellement réussie. Avec l’inscription de nos sites au patrimoine mondial, de nouveaux défis concernant la gestion du patrimoine, mais aussi des opportunités pour penser différemment le rôle des métiers du patrimoine qui se pointent comme une solution pour le chômage des jeunes », a-t-elle ajouté.


Le président de l’association des maires de Ndzuani et maire de la commune de Domoni, Youssouf Abou, a salué le rôle des associations engagées dans la préservation du patrimoine. « Nous ne pouvons qu’être reconnaissants envers les associations mobilisées dans la préservation de nos monuments.

 C’est grâce à leur travail acharné que nous sommes arrivés à l’Unesco. On attend de nous une mobilisation, de la force et la paix, encore plus d’efforts que ce qui est déjà fait. Nous devons encore plus être ensemble pour connaître les avantages de cette inscription », a-t-il déclaré.

Un appel à la jeunesse

Dr Ibraza Oumar, représentant l’université de Bordeaux, a axé son intervention sur la responsabilité de la jeunesse dans le développement du pays. «N’attendons pas un miracle pour développer ce pays. Ce pays a besoin de nous. Nous ne sommes pas seulement l’avenir. Nous sommes aussi le présent. Le présent, c’est notre devoir d’apprendre, de nous former, de nous préparer. Le futur, c’est nous qui le relèverons.

 C’est nous qui construirons les ponts entre notre mémoire et notre destin. Alors, il est temps de se lever. Il est temps de se réveiller. Car je vois trop souvent une jeunesse endormie. Une jeunesse qui attend qu’on lui donne, qu’on lui offre, qu’on lui promette. Mais non. La promesse, c’est nous. Le cadeau, c’est nous. Le changement, c’est nous», a-t-il lancé.


Membre de l’association Gardiens du patrimoine culturel de Domoni (Gpcd), Roimzi-Al-Wafay Manloume a, de son côté, insisté sur l’importance de la transmission. «Dans un monde en constant développement, il est aujourd’hui indispensable de préserver notre patrimoine, qu’il soit matériel ou immatériel. Il est de notre devoir, à nous, les aînés, et à la jeunesse, de sauvegarder et de transmettre aux générations futures ce bien précieux légué par nos aïeux.

 Nous avons à notre disposition de nouvelles technologies pour nous permettre d’aller au-delà de la transmission orale et ainsi de la valoriser et la partager avec le monde entier. Je saisis cette opportunité pour demander à nos jeunes d’oser s’investir dans le métier de l’artisanat, notamment la sculpture du bois, qui est une de nos fiertés en Ndzuani», a-t-il déclaré.