Rigoureuse, engagée et très dévouée tant sur les plans professionnel et personnel que sur le plan social, Nasra Issa Mohamed est sélectionnée dans le cadre de la série des portraits des femmes engagée par Al-watwan à l’occasion de la célébration de la journée internationale des droits des femmes (6/7). Cette femme polyvalente, activiste de la société civile, marque ses proches par son sens du leadership et sa disponibilité. Focus sur une partie de la vie de cette militante, fondamentalement gentille, généreuse et altruiste.
Née et vivant à Moroni, Nasrat Issa Mohamed est une figure engagée de la vie culturelle et associative comorienne. Mariée et mère de famille, elle a su construire un parcours professionnel et citoyen marqué par la rigueur, le sens des responsabilités et la volonté de servir l’intérêt collectif. Après des études en gestion (option Ressources humaines et comptabilité) à Douala, au Cameroun, entre 1992 et 1994, Nasra Issa Mohamed est revenue aux Comores à la recherche d’un emploi.
Elle découvrira cette même période l’Alliance française de Moroni, à travers un concours en gestion informatique et en comptabilité. Elle y sera recrutée en tant que comptable, marquant ainsi, le début d’un long parcours au sein de cette institution. L’ancien bibliothécaire adjoint de l’Alliance française de Moroni, Aticki Ahmed Ismael, pour la période de 2022-2023, dit être surtout marqué par le sens de leadership qu’incarne Nasra Issa Mohamed.
«Durant mes années en tant que bibliothécaire adjoint à l’Alliance française de Moroni, j’ai eu l’opportunité de travailler à ses côtés, alors directrice adjointe. J’ai été marqué par son sens du leadership, sa disponibilité et sa capacité à créer un climat de confiance au sein de l’équipe», a-t-il témoigné. Et de mettre en avant sa rigueur professionnelle qui allait, selon toujours l’ancien bibliothécaire, «de pair avec une grande humanité. Avec elle. c’était une expérience formatrice et inspirante, qui m’a profondément marqué»
Un leadership hors du commun
Faisant carrière à l’Alliance française de Moroni, cette femme de 58 ans a occupé plusieurs postes au sein de cette institution. D’abord dans la gestion des ressources humaines, la coordination de projets culturels et la coordination des Alliances françaises aux Comores.
Cette évolution professionnelle s’accompagnera d’une formation en gestion et administration des entreprises culturelles à Lyon, entre 1998 et 1999, laquelle lui permettra d’élargir sa vision du rôle de la culture dans la société.
Son leadership imposant et son engagement lui ont fait découvrir un univers qui dépasse la simple gestion administrative. «J’ai découvert un lieu où la culture, l’éducation et le dialogue entre les peuples se rencontrent. Travailler dans cet espace dédié à la transmission du savoir, à la créativité et à l’ouverture sur le monde me marque profondément», a expliqué celle dont l’engagement fait écho à son rêve d’enfance qui était de devenir enseignante.
Aujourd’hui directrice adjointe de l’Alliance française de Moroni, elle estime que diriger une institution ne consiste pas seulement à administrer une structure. «C’est aussi accompagner des équipes, prendre des décisions et porter une vision pour maintenir l’institution en bonne santé», a-t-elle souligné.
Bien plus qu’un domaine artistique, elle voit en la culture, un «outil puissant de cohésion sociale, capable de rassembler des publics différents autour de valeurs communes et de favoriser le dialogue car, un projet culturel bien pensé peut également transformer la perception d’une institution et contribuer à son rayonnement».
Fidèle à ses convictions avec modestie
Parallèlement à sa carrière professionnelle, Nasrat Issa Mohamed s’est toujours investie dans le milieu associatif. Entre 2009 et 2012, elle a été secrétaire générale de l’Association des femmes de Moroni. Elle marquera également ses empreintes dans le domaine de la santé communautaire, précisément au sein de la Fédération nationale des mutuelles de santé aux Comores (Fenamusac) et de l’Union des mutuelles de santé de Ngazidja.
Depuis 2011, elle s’est engagée pour la défense des droits des consommateurs en devenant vice-présidente de cette fédération jusqu’en 2020. Et de devenir depuis 2021, la présidente de la Fédération comorienne des consommateurs (Fcc) puisque, pour elle, «la défense du consommateur relève avant tout d’une question de justice sociale». Elle ajoute : «Dans notre pays, beaucoup de citoyens subissent la vie chère, la mauvaise qualité de certains produits ou encore, le manque d’information sur leurs droits.
Mon objectif est donc de renforcer l’information des citoyens et de promouvoir une culture de responsabilité partagée entre consommateurs, acteurs économiques et décideurs publics». Au sein de la Fcc, elle marquera davantage de citoyens, stupéfaits du combat qu’elle mène depuis plus d’une dizaine d’années. Le représentant de la Fcc au Conseil d’administration de la Sonelec, Hadji Saadi Nadhoimedine, qui a connu celle qu’elle appelle affectueusement «Madame Nasrat» il y a 10 ans, en tant que formatrice sur la gestion des associations, en fait bien partie.
Il a déclaré avoir été surtout marqué par son sens d’écoute très élevé. «Son leadership repose sur plusieurs empreintes. Elle a un sens d’écoute très élevé. Elle réunit en permanence son équipe pour échanger avant toute décision. A ses collaborateurs, elle donne la liberté d’agir sans être surveillés à chaque instant. C’est un leader toujours disponible malgré d’autres responsabilités et qui sait non seulement valoriser le travail des autres mais aussi donner de la visibilité à ses collègues», a-t-il ainsi rendu hommage à cette femme de «valeur» qui se dit «fier d’avoir collaboré avec elle».
Elle est également membre de l’Organisation africaine des consommateurs. Dans son action, Nasrat Issa Mohamed met en avant des valeurs qui guident son engagement dont «l’intégrité, la rigueur et le sens du bien commun». Elle croit aussi profondément en l’importance du dialogue et du travail d’équipe pour construire des solutions durables. C’est ainsi qu’elle appelle les jeunes femmes à «croire en leurs capacités et à ne pas se laisser limiter par des barrières invisibles». Elle a déclaré ainsi que «chaque femme peut construire son propre projet de vie et contribuer au développement du pays».
Une mère et amie dévouée
Ce qui la motive, c’est sa conviction que chacun peut agir, à son niveau, pour faire évoluer la société. «Les changements ne sont pas toujours rapides, mais chaque action compte pour défendre la dignité du citoyen», a-t-elle affirmé. Au-delà de la professionnelle qui marque les esprits, Nasrat Issa Mohamed épate de par son côté très humain. Mariata Moussa, une proche amie décrit «une mère très présente et engagée dans l’éducation de ses enfants et une femme très présente dans la vie de ses frères et sœurs».
Et de poursuivre : «Nasrat n’est pas seulement une amie, mais une sœur très présente dans ma vie, ma famille. Elle est de bons conseils et apporte son soutien dans tout ce qu’elle peut. Elle est une femme très entière qui dit non s’il le faut et oui s’il le faut. Elle est très entreprenante, à l’écoute, sociable et très présente et très serviable».
Pour la présidente du conseil d’administration de l’Alliance française de Moroni, Tahamida Mze, «Nasrat Mohamed Issa est une partenaire de confiance, à la fois accessible et exigeante. Son engagement dans plusieurs fronts à la fois, témoigne d’une haute capacité d’organisation et d’une grande résilience, qu’elle assume avec modestie».
Ibrahim Msaidié Mairat et A.S. Natidja



