La directrice opérationnelle de la radio incarne aujourd’hui la droiture, la constance et la rigueur à l’Office de radio et télévision des Comores (Ortc). Elle a gravi tous les échelons après 26 ans de carrière professionnelle. Journaliste de cœur et de convictions, mariée et mère de deux filles, Nassurati Inrfane a été choisie par Al-watwan dans sa série de portraits consacrés aux femmes qui se distinguent par leurs parcours professionnel et militant (5/6).

 

Elle fait partie des femmes modèles reconnues dans le paysage médiatique national. Elle se distingue par sa discrétion et son sens élevé du service public. Elle est l’une des grandes voix de l’Office de radio et télévision nationale (Ortc). Elle, c’est Nasurati Inrfane, actuelle directrice opérationnelle de la radio nationale nommée par la ministre Fatima Ahamada en remplacement de Valérie Hidari, depuis août 2025.Cette femme, au sourire captivant et à la rigueur professionnelle intacte, reste l’une des grandes mémoires de la radio nationale. Il y a gardé toute sa vie, sa splendeur, son temps, son énergie et son savoir-faire. Marchant sur les pas des deux autres célèbres femmes journalistes qui ont fait le bonheur des auditeurs de la Radio Comores, Faouzia Ali Amir et Touma Bacar, aux années 1990, Nassurati Inrfane revendique aujourd’hui un héritage dont elle souhaite bien perpétuer avec pédagogie grâce à ses 26 années d’expériences. Elle incarne «rigueur, engagement et abnégation» comme l’étaient les deux premières. La journaliste va vite s’adapter dans son nouveau monde.

 «Sa voix nous attirait petit à petit vers le journalisme»

« J’ai débuté par un stage sous la direction de l’enseignant Ismaël Ibouroi. Reconnaissant mon engagement et ma contribution au bon fonctionnement de la radio, il a défendu mon recrutement, auprès de la Fonction publique », se rappelle-t-elle. Formée à l’école de Ben Abdou Said Soilihi, Papa Djambaé, Soilihi Abdallah Moina, Kamal’Eddine Saindou et Souef Elbadawi, la journaliste a été mise à l’épreuve de la rigueur et de la discipline dès le début de son entrée et son recrutement à la maison de la radio en 1999. «Après la direction d’Ismaël Ibouroi, j’ai été nommée responsable du service commercial par la directrice Fatouma Iliassa. Cette dernière avait beaucoup  d’exigences professionnelles auxquelles certains membres du personnel avaient du mal à se conformer. Certains postes clés ont été confiés à ceux qui répondaient à ses exigences. D’où les raisons de me confier ce poste qui avaient des rapports avec mes formations universitaires», a-t-elle indiqué. Née en 1970 à Fomboni, Nassurati Inrfane est d’abord titulaire d’un Brevet de technicien supérieur en action commerciale avec des formations en gestions et en communication, après un baccalauréat littéraire obtenu au lycée de Fomboni en 1994. Elle bénéficie ensuite de plusieurs formations en journalisme, notamment sur la programmation et la maîtrise des outils et des formats radiophoniques en l’an 2000, au Caire en Egypte. 


Elle fait enfin partie de la première promotion du Centre universitaire de formation professionnelle (Cufop) en 2010, à Moroni. Une formation dispensée par Kamal’ Eddine Saindou, Souef Elbadawi et autres. Parallèlement, elle a bénéficié des formations ciblées, notamment en éthique et communication sur les questions de Vih/Sida et Ist (Infections sexuellement transmissibles). Nassurati maîtrise des logiciels de montage audio (Sound forge) et assurait elle-même les montages et les traitements des émissions radiophoniques.Face au dilemme posé par le choix d’assumer des tâches administratives ou de devenir une journaliste à la radio, Nassurati Inrfane opte pour la seconde proposition tant elle collait bien à ses rêves. «J’étais toujours animée par la passion d’informer avec rigueur» pour contribuer, selon elle, «au développement du paysage médiatique comorien».
Un choix qui ne trahira pas celle qui deviendra, au fil des années, une référence à la Radio Comores où elle gravira ensuite tous les échelons, passant de présentatrice à rédactrice en chef, puis responsable commerciale à directrice administrative et financière, avant de diriger aujourd’hui la radio. Tout au long de sa carrière, Nassurati Inrfane mettait parallèlement ses compétences universitaires au service de la boite tout en revendiquant un statut à part entière de journaliste.


À l’Ortc, Nassurati Inrfane est mariée et mère de deux filles. Mama Raham, surnom qu’elle porte affectueusement, combinera les activités de journaliste et celles d’administratrice. Ainsi, entre 2000-2005 elle était responsable du service commercial poste qu’elle cumulait avec celui de directrice administrative et financière (Daf) par intérim après la démission de Mansoib Abdérémane.Rigueur professionnelle, veille permanente aux principes déontologiques et à l’équilibre de l’information, Nassurati Inrfane a gagné la confiance et le respect de plusieurs responsables et auditeurs de l’Ortc. Certains sont devenus journalistes en empruntant sa voie, et surtout sa voix reconnue à travers ses émissions sur le développement communautaire et sur la santé publique. Hassani Halifa est l’un de ses confrères. «Sa voix nous était familière et nous attirait petit à petit vers le journalisme», a-t-il fièrement indiqué. Par sa voix, elle devient rapidement une familière des auditeurs de l’ensemble des îles. Nassurati Irfane avait également travaillé pendant une année au ministère des Affaires étrangères en tant qu’attachée de presse du ministre Mohamed Bacri. 

«Elle assume toutes les responsabilités qu’on lui confie» 

Ses mentors et ses collègues n’ont pas tari d’éloges envers la directrice opérationnelle de la radio. Selon le journaliste Soilihi Abdalah Moina, Nassurati est capable d’assumer toutes les responsabilités qu’on lui confie. «Elle est arrivée à Radio Comores avec un air très réservé et observateur. Malgré sa timidité, elle s’est très vite intégrée dans toutes les équipes notamment de la présentation, du montage. Elle est une collaboratrice très ouverte et attentionnée, qui n’hésite en aucun moment à partager son expertise. Le non-respect des normes déontologiques des autres journalistes semble la seule chose qui peut l’énerver», a-t-il témoigné, saluant «la forte contribution de Nassurati à la formation des journalistes» ainsi que «la modernisation des services placés sous sa responsabilité». L’ancien journaliste de l’Ortc, Rachidi Ali Chahidi, alias Auben Rachid, a connu Nassurati Inrfane en 2003, à la Radio Comores, avant la télévision. A l’époque, elle était la responsable de la rédaction. « J’ai personnellement salué sa plume, ses choix pertinents des sujets et des angles. Par sa gentillesse, son esprit d’écoute et sa proximité avec tout le monde, elle a gagné la confiance du personnel de la maison, de toutes les générations, tous statuts confondus, sans oublier les auditeurs de l’ensemble des îles», a témoigné Auben Rachid. 


Selon lui, Nassurati Inrfane est «l’une des femmes exemplaires qui s’engagent avec convictions à informer le peuple comorien, en  militant pour le droit et la place de la femme». Alors que certaines femmes de sa génération faisaient le choix de se tourner vers l’administration ou aller à l’extérieur pour s’offrir le luxe, Nassurati Inrfane, elle, selon Aubin Rachid, «a choisi de poursuivre sa carrière dans la presse locale malgré les conditions de vie difficiles des journalistes de la place». L’intéressée elle-même reconnait que le métier de journaliste ne nourrit pas son homme et que «ceux qui l’exercent véritablement ne le font pas pour devenir riche mais pour exercer une passion, nourrir leurs talents et contribuer au développement du pays», ajoutant que «ceux qui veulent être riches doivent regarder ailleurs car le journalisme ne garantit pas la richesse et l’opulence».
  
«La maman des nouvelles générations de l’Ortc»

Reconnue pour sa plume et son talent, elle est toujours disposée à orienter les nouvelles générations dans l’intérêt de la maison, selon ses collègues. «Elle est une mère au cœur pur. Bien qu’elle présente des émissions à la télévision, elle reste le principal pilier de la radio», a témoigné Moinadjoumoi Papa Ali, saluant la nomination de Nassurati Inrfane à la tête de la radio. «Sa nomination est une décision sage et salutaire. Elle est synonyme d’espoir pour la continuité du service et du respect des principes de la radio», a-t-elle déclaré, espérant voir sa collègue accéder au poste de directrice générale de l’Ortc un jour. «Je manifesterai ma volonté à revenir travailler avec elle. Car en 2023, lorsqu’un Dg voulait me virer, Nassurati m’a entièrement soutenu. Elle était prête à perdre son poste pour me défendre», s’est-elle rappelée, précisant que, Nassurati Inrfane, en raison de son altruisme, «s’est mise au service de tous», devenant, grâce à sa persévérance, son calme et sa force tranquille, «la maman des nouvelles générations de l’Ortc».