Au cours de cette interview avec Al-watwan, le directeur du programme « Msomo na Hazi », financé par l’union européenne, revient sur l’esprit du projet, les actions entreprises et le travail entrepris pour doter le pays d’un écosystème propre à la promotion de l’entreprenariat en général et à l’insertion professionnelle des jeunes, en particulier. Abdallah Nouroudine se félicite « des réalisations enregistrées » et annonce des actions de consolidation du programme avant sa clôture définitive à la fin de l’année 2026.

 

Pouvez vous rappelr à nos lecteurs ce qu’est le programme «Msomo na Hazi » ? 

Le programme « Msomo na Hazi » est une initiative de formation et d’insertion professionnelle en Union des Comores, financée par l’Union européenne à hauteur de 9 millions d’euros et placée sous la tutelle du ministère de l’Education nationale, avec une durée de mise en œuvre de 6ans. Le programme Msomo na Hazi est lancé fin 2020 et s’achèvera en octobre 2026. Nous sommes dans la dernière année de réalisation. 

Quels sont ses objectifs ?


Son objectif principal est de créer les conditions favorables à l’insertion professionnelle des jeunes hommes et femmes souvent issus de milieu précaire et/ou déscolarisés. Notre programme dispose de quatre leviers d’action notamment l’amélioration des formations professionnelles, l’apprentissage encadré, l’économie sociale et le renforcement des capacités. Le premier levier sur l’amélioration de la qualité des formations professionnelles soutient la qualité et la performance de 4 centres partenaires.

 Il s’agit de l’Institut universitaire des technologies (Iut) à Ngazidja, l’Ecole nationale de pêche et marine marchande sise à Mirontsi, à Ndzuani, l’Ecole nationale technique et professionnelle (Entp) à Wani, et l’école dédiée aux métiers agricoles et au développement rural à Wanani dans la région de Djando. L’apprentissage encadré vise la structuration et l’encadrement de l’apprentissage traditionnel comme la menuiserie, la couture, entre autres, pour les jeunes déscolarisés.

 Ce levier vise, tout d’abord, la création de programmes de formation adaptés et la dotation en équipements. Elle vise également la professionnalisation à travers le renforcement des capacités des maîtres d’apprentissage (Fundi) et l’introduction d’encadreurs pédagogiques. Ces derniers se chargent de faire le suivi des formations des jeunes, et la mise en place d’évaluations pour délivrer un diplôme reconnu par l’Etat, lequel sera délivré par le ministère de tutelle de notre programme. L’objectif est d’apporter plus de valorisation et de reconnaissance à l’apprenti à travers la certification.
 
Et pour les deux autres ? 


Le troisième levier, composé de trois axes, est tourné vers l’économie sociale et solidaire. Le premier axe sur l’entrepreneuriat vise à mettre en place un dispositif de suivi et d’accompagnement dans la création d’entreprises à travers des incubateurs (Inov’Lab et ComorLab) que nous appuyons pour accompagner ces jeunes-là. Le deuxième axe a un lien avec l’apprentissage encadré. Il vise la structuration des ateliers d’artisans en coopératives pour plus d’efficacité et de qualité dans le travail qu’ils effectuent. Il favorisera ainsi l’insertion professionnelle. 


Le troisième axe promeut l’optimisation des biens communautaires (écoles, santé, routes) pour créer des emplois locaux. Pour cela, on a les villages Oecs. A Ngazidja, on intervient à Mbangani, à Ndzuani, Wani et à Mwali, Miringoni. L’objectif est de faire un inventaire des biens de ces villages sur les emplois potentiels qui pourraient être crées moyennant le développement de l’activité. Actuellement, nous avons une dizaine de projets que nous sommes en train d’accoompagner dans ces trois villages.

Pour le dernier levier sur le renforcement des capacités et partenariats, le programme a appuyé le ministère de l’Education à se doter d’un plan de formation des acteurs de la formation et de l’insertion professionnelle. Msomo na Hazi s’est donc positionné sur 10 modules de formations qu’on prend en charge dans leur mise en œuvre. Par rapport au partenariat, nous travaillons en collaboration avec le secteur privé pour faciliter l’insertion professionnelle des jeunes que nous accompagnons. 

Quelles sont les réalisations phares du programme Msomo na Hazi ? 


Nous pouvons citer la mise en place et l’opérationnalisation de l’Ecole nationale de formations agricoles et développement rural, dans la région de Djando, à Mwali. C’est une école qui a une vocation de formation dans les métiers agricoles et le développement rural. On se réjouit de constater l’engouement des jeunes de cette région. Ensuite, toute cette structuration que nous avons déployée dans les ateliers du secteur informel qui a abouti à la création de ces coopératives des artisans avec cette mission de l’insertion professionnelle des jeunes.

L’autre réalisation, c’est dans le levier de l’économie solidaire en particulier, ce qui rentre dans le troisième axe qui concerne les villages Oecs, parce que nous avons la conviction que si on arrive vraiment à aller au bout du travail que nous avons engagé dans les trois villages d’expérimentation, on suppose qu’il y a beaucoup de villages qui seront prêts à adopter ce modèle d’entrepreneuriat à partir de leurs biens communautaires. Autre réalisation : l’intégration de cette structure professionnelle basée sur le renforcement des capacités. Nous avions l’habitude de bénéficier de programmes de renforcement des capacités mais de façon bricolée au grè des opportunités.

Il y aussi, tout le travail de mise à niveau que nous avons rendu possible à travers les activités que nous avons développées. La mise en réseau n’a pas été pensée en amont mais c’est la pratique de notre travail qui a fait émerger ce système de mise en réseau que les acteurs communiquent. Et la création de nouveaux espaces d’accueil, d’écoute et d’orientation pour les jeunes chercheurs d’emploi que sont les Centres «Sowo la Hazi». Aujourd’hui, on a 7 Centres «Sowo la Hazi» opérationnels dans le pays. A Ngazidja, ils sont situés à Moroni, Mitsamihuli et Ipvembeni. A Ndzuani, à Mutsamudu et Sima et à Mwali, à Fomboni et Nyumashuwa. 
 
Le programme Msomo na Hazi a touché combien de jeunes ? 


Le programme a pu toucher près de 7061 jeunes, sensibilisés et informés sur ce que nous faisons. Parmi ces jeunes sensibilisés aux enjeux de la formation d’insertion professionnelle, on a pu accompagner, en termes de formation, 3257 jeunes. Et puis, il y a des jeunes qui sont accompagnés à travers les différents éléments du processus. Ils sont formés mais aussi accompagnés vers l’entreprenariat, ou encore, l’insertion professionnelle.

 Ils sont au nombre 3332. Enfin, on a 770 jeunes qui ont, à proprement parler, obtenu un emploi. Comme souligné ci-haut, le programme a mis en place 7 centres Sowo la Hazi dans le pays. Mais, l’objectif final est d’en avoir 10, d’ici la fin du programme, notamment à Fumbuni, Mbeni et un à Bambao Mtsanga.
 
Pouvez-vous nous dire le taux de réalisation du projet dans sa généralité ? 
Nous sommes autour de 80% de réalisations. Pour le dernier plan d’action, nous avons organisé le comité le pilotage de l’année dernière en décembre, et ce comité a apprécié l’état de mise en œuvre du projet et a validé l’orientation proposée de recentrer toutes nos activités pour cette dernière année de mise en œuvre sur trois principaux enjeux : consolider ces réalisations phares, les capitaliser et créer des conditions favorables à la pérennisation. 

Quels secteurs ont suscité le plus d'intérêt au sein du programme ?


On peut parler de l’Iut, à travers les formations en informatique, administration et en bâtiment. Il y a eu des formations aux métiers de la maçonnerie, de menuiserie. On a l’école de pêche qui offre des formations sur la filière pêche et nous avons l’Enfad dédiée exclusivement à l’agriculture et le développement rural. On a un bac agricole et un Bts en entreprenariat agricole.

 Pour l’apprentissage encadré, on a donc 7 métiers. Il s’agit de la menuiserie, la maçonnerie, mécanique auto, mécanique marine, plomberie, transformation des produits agricoles et la transformation des produits halieutiques. Il y a également la formation théorique qui est la formation par alternance. Ce qui veut dire qu’à un moment, ces jeunes quittent l’atelier pour la formation théorique.

 Là, nous sommes en train de tisser un partenariat avec deux centres qui ne sont pas partenaires afin de les appuyer à mettre en place les outils de l’apprentissage encadré. On attend appuyer le Cefotec pour la plomberie et ils envisagent de lancer la menuiserie. L’autre centre de formation est à Djomani ya Mbude où, ils vont mettre en place la plomberie et la menuiserie.