Adopté par l’assemblée nationale le mois de décembre dernier, le code de l’information et de la communication semble marquer un tournant. Intégration des médias en ligne, revalorisation salariale, protection des sources et représentation syndicale au Conseil national de la presse et de l’audiovisuel : le président du Syndicat national des journalistes comoriens, Ahmed Bacar, décrypte dans cette interview les avancées, les combats menés et les enjeux pour la liberté de la presse.
Le nouveau code de l’information et de la communication vient d’être adopté. Quels en sont, selon vous, les principaux apports et changements majeurs pour la profession ?
Avant l’adoption de ce nouveau texte par l’assemblée de l’Union des Comores, le code de l’Information n’intégrait pas les médias en ligne. Or, avec l’évolution rapide de la profession, portée notamment par les nouvelles technologies et les réseaux sociaux, cette lacune ne pouvait plus perdurer. C’est ainsi que le ministère de l’Information a pris la décision de réviser le code afin de les intégrer. Nous, Syndicat national des journalistes comoriens (Snjc), avons soutenu cette initiative qui est un changement majeur et notable pour la presse comorienne. L’autre apport positif concerne la situation salariale des journalistes : l’élaboration d’un texte d’application visant à revoir les rémunérations des salaires des journalistes.
Aujourd’hui, un journaliste fonctionnaire titulaire d’une licence perçoit moins de 100 000 francs, alors qu’un autre fonctionnaire disposant du même niveau de diplôme, dans des secteurs comme l’éducation ou les finances, peut toucher plus de 100 000 francs. Cette situation constitue une injustice sociale manifeste et décourage les jeunes qui souhaiteraient poursuivre des études supérieures en journalisme. À travers ce nouveau code, les parlementaires ont donné la possibilité au pouvoir exécutif, notamment au président de la République, de corriger cette injustice. C’est, à notre sens, un autre changement positif et porteur d’espoir pour l’avenir de la profession.
Le débat autour de l’article 169, relatif à la protection des sources journalistiques, a particulièrement retenu l’attention. Comment expliquez-vous que cette disposition ait échappé à la vigilance des acteurs lors des concertations préalables à la transmission du projet de loi à l’assemblée nationale ? Pouvez-vous nous retracer les principales étapes de ce combat jusqu’à son aboutissement ?
Il appartient à chaque acteur concerné d’expliquer ce qui relève de sa responsabilité. En ce qui concerne le Syndicat national des journalistes comoriens, nous avons très tôt identifié le danger que représentait cet article et n’avons pas tardé à le signaler, bien avant la transmission du texte à l’assemblée nationale. Nous avons adressé un courrier au président du Cnpa lui faisant part de nos préoccupations et avons demandé le retrait pur et simple de cette disposition. En tant que président du Syndicat national des journalistes comoriens, j’ai également pris contact avec la ministre de l’Information, elle-même ancienne journaliste, afin de lui rappeler l’importance de la protection des sources, un principe fondamental et non négociable de notre profession.
Tout au long de cette démarche, nous avons affiché une détermination ferme et constante contre cet article. Nous avons alerté l’opinion publique et mené une intense action de plaidoyer auprès des parlementaires qui ont pris très au sérieux nos inquiétudes, ainsi que les risques que faisait peser le maintien de cet article sur l’exercice du journalisme et sur la liberté de la presse.
Ils ont également compris la nécessité de protéger les citoyens qui fournissent des informations sensibles aux journalistes et qui demandent, à juste titre, une protection légale. Les députés ont finalement fait le choix de garantir la liberté de la presse plutôt que de la restreindre. Le Syndicat national des journalistes comoriens saisit cette occasion pour exprimer sa profonde gratitude aux députés, et plus particulièrement aux membres de la commission de production chargée de l’examen de ce nouveau code.
Le syndicat a également obtenu sa représentation au sein du Conseil national de la presse et de l’audiovisuel, une revendication qui avait suscité des réticences chez certains acteurs. Quels arguments ont permis de convaincre les élus de la nation ?
Effectivement, lors de l’atelier consacré à l’examen de ce nouveau code, le Syndicat national des journalistes comoriens avait demandé à être représenté au sein du Conseil national de la presse et de l’audiovisuel (Cnpa) en tant qu’organisation chargée de défendre les intérêts des journalistes comoriens et de veiller à la préservation de la liberté de la presse. Cette demande pourtant légitime avait été rejetée par les participants à l’atelier. Il faut dire que pour la plupart, ces participants ne maîtrisaient pas suffisamment les enjeux et les réalités du métier de journaliste, étant majoritairement issus de différents ministères. Très vite, un bloc s’est constitué pour faire barrage à toute proposition portée par le syndicat.
Nous avons alors compris que nous n’obtiendrions rien dans ce cadre et avons fait le choix stratégique de nous tourner vers les véritables décideurs, à savoir les députés. Cette démarche s’est révélée payante. Nos propositions ont été jugées pertinentes par les parlementaires. Pour eux, la présence d’un syndicat au sein du Cnpa est essentielle afin de renforcer le dialogue social. À l’unanimité, les députés membres de la commission de production ont voté en faveur de la représentation du Syndicat national des journalistes comoriens au sein du Conseil.
Et 31 sur 33 députés ont voté le nouveau code. Si j’avais un message à adresser au Cnpa et au ministère de l’Information, c’est qu’à l’avenir, il est indispensable d’associer les véritables professionnels aux réflexions sur l’avenir du journalisme. Notre profession repose sur des principes et des valeurs qu’il est impératif de préserver, et que même de grands théoriciens ne maîtrisent pas toujours.




