Il faut parfois briser le silence pour sauver une vie. Chaque année, Octobre Rose nous rappelle une réalité importante : le cancer du sein existe et touche des femmes, des mères, des épouses, des filles et des sœurs. Il bouleverse des vies et des familles entières. Ce mois doit surtout nous inviter à parler de notre santé, sans honte ni jugement.
Dans notre société comorienne, certains sujets restent difficiles à aborder. Une femme peut ressentir une douleur, découvrir une masse ou constater un changement dans son corps et pourtant hésiter à consulter. Elle peut craindre le regard des autres et le jugement. Mais depuis quand prendre soin de son corps est-il devenu une honte ?
Se faire examiner les seins, consulter un gynécologue ou parler de ses règles, de ses douleurs et de ses hormones avec un professionnel de santé n’est pas une honte. C’est un geste de prévention et de protection. La pudeur ne devrait jamais devenir un obstacle aux soins. Lorsqu’un changement nous inquiète, demander un avis médical est important. Il ne faut pas banaliser une douleur persistante ni attendre qu’une anomalie disparaisse d’elle-même.
Une femme malade reste une femme digne
Nous devons aussi changer notre regard sur les maladies qui touchent les femmes. L’endométriose, le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK), les troubles hormonaux, les maladies gynécologiques et les cancers féminins ne doivent jamais être des sujets de moquerie ou de stigmatisation. Une femme qui souffre n’est pas moins respectable. Une femme qui suit un traitement n’est pas moins femme. Elle ne devrait pas avoir à porter, en plus de sa maladie, le poids du jugement de la société. Derrière les femmes que nous croisons se cachent parfois des combats que nous ignorons. Une femme peut sourire tout en souffrant, travailler malgré l’épuisement ou s’occuper de ses enfants alors qu’elle aurait besoin d’aide. Elle peut poursuivre ses projets tout en affrontant examens, traitements, douleurs et nuits d’angoisse. À toutes ces femmes, nous voulons dire : nous vous voyons, nous vous croyons et nous vous respectons.
Écouter notre corps et agir à temps
Notre alimentation, notre environnement et notre mode de vie méritent notre attention. Toutefois, les troubles hormonaux et les cancers peuvent avoir plusieurs causes, notamment liées à l’âge, à la génétique, aux hormones, à l’environnement et au mode de vie. Écoutons notre corps et consultons lorsqu’un changement inhabituel apparaît. Prévoir, c’est protéger, consulter et effectuer les examens recommandés peut aider à agir plus tôt. Le dépistage doit être discuté avec un professionnel selon la situation de chacune. La sensibilisation ne doit pas se limiter à octobre : une femme peut avoir besoin d’aide à n’importe quel moment.
La maladie, elle, ne regarde pas le calendrier. Aux femmes qui ont traversé un cancer du sein et sont aujourd’hui en rémission, nous adressons notre respect. Votre parcours peut donner du courage à une femme qui vient d’apprendre son diagnostic. À celles qui poursuivent leur traitement, force et courage. Qu’Allah vous accompagne. Et à celles qui nous ont quittés, nous rendons hommage. Elles ont combattu, espéré et aimé. À leurs familles, à leurs enfants, à leurs époux, à leurs parents, à leurs sœurs et à leurs frères, nous adressons nos pensées les plus sincères. Qu’Allah accorde Sa miséricorde aux personnes disparues et donne patience et force à leurs proches.
N’oublions pas les personnes qui les accompagnent
Derrière une femme malade, il y a parfois un mari, un père, un fils, un frère ou un proche qui souffre en silence. Ils accompagnent aux rendez-vous, soutiennent la famille et prient dans l’espoir d’une amélioration. À eux aussi, merci. Le cancer bouleverse également celles et ceux qui aiment la personne malade.
Penser aussi aux enfants
La sensibilisation aux cancers ne concerne pas uniquement les adultes. Septembre Doré rappelle l’importance des cancers pédiatriques. Même s’ils sont moins fréquents que ceux de l’adulte, ils ne doivent pas rester invisibles. Derrière chaque enfant malade, il y a des parents inquiets, des frères et sœurs qui ne comprennent pas toujours ce qui arrive et toute une famille confrontée à l’incertitude. Pensées aux enfants partis trop tôt et à leurs familles.
Merci à l’accf
En ce mois d’Octobre Rose, je tiens à saluer l’ACCF pour son engagement dans la sensibilisation au cancer du sein et les efforts déployés pour faire vivre cette cause. Ces initiatives sont essentielles. La sensibilisation doit continuer toute l’année pour que chaque femme soit informée, écoutée et encouragée à consulter.
Et nous, les femmes ?
Apprenons à nos filles, à nos sœurs et à nous-mêmes que connaître notre corps n’est pas une honte. Nous avons le droit de nous reposer, de consulter lorsque quelque chose nous inquiète, de faire les bilans recommandés et de prendre soin de notre santé. Nous ne devons pas seulement prendre soin de tout le monde autour de nous ; nous devons aussi apprendre à prendre soin de nous-mêmes. Les femmes portent souvent de nombreuses responsabilités : elles travaillent, éduquent et soutiennent leurs familles. Mais leur santé mérite de l’attention et leur douleur doit être entendue. Demander de l’aide n’est pas une faiblesse ; prendre soin de soi n’est pas de l’égoïsme. Une parole peut encourager une femme à consulter. Un examen peut la rassurer. Une prise en charge adaptée peut faire une différence. Parfois, une simple conversation suffit à briser le silence et à ouvrir la voie vers les soins.
Faisons d’octobre rose un véritable changement
Faisons d’Octobre Rose plus qu’une campagne : un changement de regard, de comportement et de génération. À toutes les femmes qui combattent, à celles qui ont vaincu, à celles qui sont en traitement et à celles qui nous ont quittés, nous pensons à vous et nous vous honorons. Nous pensons aussi à vos familles et à toutes les personnes qui vous accompagnent. Octobre Rose : brisons les tabous, écoutons nos corps, osons consulter, prévenons et sensibilisons. Sauver une vie commence parfois par une simple conversation. Qu’Allah guérisse celles et ceux qui souffrent, protège nos familles et accorde Sa miséricorde à toutes les âmes qui nous ont précédés.
Nasrine Abderemane Ben Saleh




