Les offres mises sur le marché par les deux opérateurs sont décriées par les utilisateurs, notamment l’Association comorienne des technologies de l’information et de la communication, qui estime que celles-ci n’ont pas résolu le problème à l’origine de l’appel au boycott du 1er juillet dernier.
Le 30 juin dernier, Yas Comores dévoilait, sur sa page Facebook, son offre de data illimitée accessible à partir de 25 000 francs. Le lendemain, son concurrent Comores Telecom lui emboîtait le pas en lançant deux forfaits similaires, proposés à 20 000 et 25 000 francs.
Si ces offres permettent aux abonnés de continuer à naviguer sur internet après l’épuisement de leur volume initial de gigaoctets, leurs tarifs ne sont pas du goût de tout le monde. Certains usagers estiment que les prix proposés ne tiennent pas suffisamment compte du niveau de vie de la population.
Depuis février, le ministre chargé des Télécommunications appelait de ses vœux la mise sur le marché d’une offre data illimitée. Oumouri Mmadi Hassani avait formulé cette demande au siège de l’Autorité nationale de régulation des technologies de l’information et de la communication (Anrtic), lors de la présentation des résultats de la campagne 2023-2024 sur la qualité des services des opérateurs mobiles.
Le 7 mai, il avait également adressé un courrier à Comores Telecom et à Yas Comores leur demandant de proposer des forfaits illimités au plus tard le 15 juin, une échéance finalement repoussée de quinze jours. « Une semaine après leur lancement, ces offres tant attendues semblent toutefois avoir laissé place à une certaine déception chez les consommateurs», déplorent des usagers.
Pour le ministre de l’Économie numérique, il s’agit néanmoins d’une première avancée. « Avant, quand tu mettais 5 000 francs, une fois les 10 Go épuisés, il fallait recharger à nouveau. Maintenant, avec les offres illimitées proposées par les opérateurs, l’abonné peut continuer à se connecter pendant un mois après consommation. On ne peut pas ignorer cette différence », explique-t-il, tout en révélant que des discussions sont en cours pour l’arrivée de nouveaux forfaits, notamment non mensuels.
Offre de 2000 francs
«Nous sommes dessus car nous reconnaissons que ce n’est pas tout le monde qui fait des directs sur les réseaux sociaux. Les prochaines offres pourraient par exemple consister à permettre à l’abonné de continuer à se connecter après l’épuisement de son crédit de 2000 francs jusqu’à la période de validité. L’objectif est de permettre à chacun d’avoir accès à internet selon ses besoins même après consommation de sa data. Ça peut aussi être une offre illimitée pendant des heures précises», complète le ministre sans pour autant s’aventurer sur un calendrier de lancement, soulignant que les discussions ayant abouti aux nouvelles offres datas ont duré 5 mois.
Par rapport aux tarifs de 20 000 francs, le ministre des Télécommunications rappelle que cette décision du régulateur a tenu compte des normes internationales après un travail de benchmark. « A ceux qui font des comparaisons avec des pays de la région, je crois qu’il y a quelque part une erreur de jugement. Ils oublient qu’aux Seychelles, par exemple, les opérateurs répercutent les coûts sur les hôtels, les banques et les hôpitaux, qui sont leurs plus gros clients. Cette capacité d’amortissement n’est pas encore disponible chez nous. Quand ce sera le cas aux Comores, il y aura certainement une baisse», promet-il.
Niveau bridage inconnu
De son côté, l’Actic qualifie les forfaits data illimités récemment lancés d’«offres en trompe-l’œil», estimant qu’ils seraient susceptibles d’induire les consommateurs en erreur. «Ces offres n’apportent aucune réponse à notre revendication sur la cherté de la data. Au contraire, elles confortent le tarif de 500 francs par gigaoctet que nous dénonçons, jugé disproportionné par rapport au niveau de vie du consommateur comorien. Pire encore, ces offres illimitées restent opaques dans leur fonctionnement, notamment en ce qui concerne ce que l’on appelle le Fup (Fair Use Policy, ou politique d’utilisation équitable)», a déploré le président de l’Actic, Hamidou Mhoma.
Ce dernier critique aussi l’absence de communiqué de la part des opérateurs sur le niveau de bridage du débit une fois le plafond atteint. «Une seule chose est sûre, une fois le quota des données épuisé (40 go ou 50go), le consommateur pourra exécuter des tâches légères comme des emails mais jamais des usages gourmands tels que les video HD ou streaming. Ce qui obligera le consommateur à racheter de la data vu la vitesse avec laquelle elle s’évapore et ce malgré le fait qu’il avait souscrit à un forfait illimité mensuel», détaille le président de l’Actic.
Du côté des opérateurs, on assure en revanche qu’après épuisement du forfait, le client n’est pas uniquement limité sur WhatsApp ou les courriels. Et concernant l’évaporation rapide de la data, le ministre des Postes n’a pas forcément cherché à prendre la défense des opérateurs. «Dans certaines zones, le basculement automatique vers la 5G peut entraîner une consommation rapide des données. D’autres comportements, comme le fait de laisser les données mobiles activées pendant plusieurs heures alors que l’on n’utilise pas son smartphone, contribuent également à cette évaporation, sans compter les mises à jour qui peuvent se lancer automatiquement», estime le ministre Oumouri.
S’agissant de la qualité des services proposés actuellement par les deux opérateurs, le ministre considère que seul un partage des infrastructures pourrait permettre une amélioration significative, au bénéfice des usagers. Le 1er juillet dernier, l’Actic avait appelé à « une journée sans recharge» de crédit des deux opérateurs des télécommunications du pays, afin de dénoncer notamment «la cherté des coûts d’accès à internet».




