La justice annonce "21 dossiers" programmés au cours de cette deuxième session 2026 de la Cour d'assises dont celui de l'assassinat en mai dernier de la jeune Naicha Abdou Mmadi. Dix-neuf affaires de viols et d’autres actes criminalisés sont également à l'ordre du jour des audiences.
La deuxième session 2026 de la Cour d’assises a été officiellement ouverte hier mardi 6 octobre à la salle d’audience du Palais de justice de Moroni par le procureur général, Hamada Hamidou. Le décor était au rendez-vous : trois ministres, ceux de la Justice, de la Santé et du Genre, le gouverneur de l’île de Ngazidja, le grand cadi, des cadis, les chefs des juridictions, des magistrats, le barreau de Moroni, avocats et notaires, des préfets, des officiers de police judiciaire (Opj) et des medias, entre autres.
La première session de l’année 2026 a eu lieu au début de l’année conformément au calendrier judiciaire annuel. «La loi prévoit trois sessions par an. Nous sommes réunis aujourd’hui pour ouvrir la deuxième session de la Cour d’assises. La Justice est limitée à trois sessions par an mais peut, si le besoin se manifeste, tenir une session supplémentaire», a souligné le parquetier général, remerciant les autorités présentes avec une mention appuyée aux ministres de la Justice, Mohamed Nourouddine Afraitane, et du Genre, Fatima Ahamada.
Le chef du parquet général, peu avant de déclarer ouverte la deuxième session de la Cour d’assises, a défendu la politique pénale incarnée par les autorités visant à apporter une réponse ferme face à la multiplication des crimes crapuleux et à la hausse en cascade des actes de violence perpétrés contre les femmes et les mineurs. «Nous sommes les garants et les defenseurs de cette politique pénale. Le chef de l’Etat recommande une application ferme de la loi. Et il ne saurait accorder aucune indulgence aux assassins et aux violeurs d’enfants», a clarifié le procureur général sous le ton de l’indignation et de la pédagogie.
Le temps des citoyens n’est pas celui de la justice
Malgré l’absence de chiffres définitivement consolidés, les années 2025-2026 ont été marquées par «une tendance à la hausse» des viols sur mineurs et des crimes de sang d’une froideur sans précèdent, selon des informations obtenues en marge de cette cérémonie.
L’assassinat en mai dernier de la jeune Naicha Abdou M’madi dont le corps a été à la fois calciné et profané a traversé l’esprit du procureur général dans son intervention, jurant que «justice sera rendue et qu’il n’y aura aucune pitié». Hamada Hamidou a ainsi défendu la posture de fermeté affichée par ses collègues magistrats et les nouvelles méthodes de travail opérées au sein de l’appareil judiciaire pour améliorer le service public de la Justice.
Sur cet aspect, le magistrat dit comprendre la soif de l’opinion suite à l’émoi suscitée par ce crime d’un autre genre. Mais le chef du parquet général a tout de même indiqué que le temps des citoyens n’est pas celui de la justice, justifiant la durée consommée par le souci de «rendre la justice avec diligence et efficacité» dans le respect des formes et délais légaux. «La Justice a besoin de temps contrairement aux citoyens qui sont souvent emportés par l’émotion», a-t-il nuancé.
Le magistrat a ainsi rappelé les exigences liées à la procédure, le respect du droit de la défense ainsi que les étapes prévues par la loi avant la phase de règlement d’un dossier mais aussi les navettes obligatoires entre la chambre de l’instruction et celle d’accusation sans compter la phase de la préparation et de la convocation des Assises.
«Une chose est sûre : nous rendons la justice dans les formes prévues par la loi. Des gens sont arrêtés, jugés, condamnés et emprisonnés. Désormais, une fois la décision rendue, les parties obtiennent immédiatement les jugements et les arrêts des cours et tribunaux. Ce qui ne fut pas le cas bien avant. Aujourd’hui, il y a un juge d’application des peines qui prend le relais. Tous ces changements visent à permettre à la justice d’être en bon ordre avec la politique pénale», a soutenu Hamada Hamidou qui a appelé les citoyens à s’y mettre pour une justice exemplaire et à s’abstenir à toute forme d’accointances pouvant nuire à la bonne marche de l’institution judiciaire.
Jusqu’au 14 octobre
Hamada Hamidou a mis en garde les citoyens contre les agissements tendant à influencer les décisions de justice, estimant que la population a un rôle à jouer dans l’amélioration de la qualité du travail des cours et tribunaux. Le magistrat dit observer, avec dégoût, l’attitude de nombreux citoyens qui tentent d’influencer ceux qui sont censés rendre la justice dans les meilleures formes prévues par la loi. «Laissez la Justice faire son travail. Ne vous en mêlez pas. Il ne sera toléré aucun manquement à la bonne marche de l’institution judiciaire», a encore souligné le procureur général qui a promis «d’ordonner l’arrestation sur le champ de quiconque tentera d’influer sur le cours d’une affaire en instruction ou en phase de règlement».
Présent à l’évènement, le bâtonnier de l’Ordre des avocats, Me Aticki Ibn Ismael, dit avoir apprécié le format choisi et la tonalité accordée à la cérémonie. «Je pense que c’est toujours une bonne chose de faire des bonnes actions et de les relever. Nous espérons que la politique pénale annoncée aura la visibilité souhaitée», a-t-il souligné, pointant toutefois du doigt «de longs délais de traitements des dossiers». La deuxième session de la Cour d’assises court jusqu’au 14 octobre.




