Confronté aux activités illicites telles que le braconnage, l’extraction de sable et la dégradation des mangroves, des récifs coralliens et des herbiers, le Parc national de Shisiwani, à Ndzuani, s’appuie sur une forte collaboration entre comités locaux, agents du parc et communautés. Cette dynamique bénéficie de l’appui technique et financier du Programme des Nations unies pour le développement.
Dans le cadre de la promotion des actions de conservation, les acteurs du Parc national de Shisiwani ont mis en place un système de cogestion fondé sur l’implication active des communautés. C’est l’un des principaux enseignements d’une visite guidée organisée la semaine dernière à l’intention d’une mission du Programme national de développement, qui soutient le projet des aires protégées. À cette occasion, le gestionnaire du parc, Youssouf Ben Ali Abdallah, océanographe, a rappelé que ce projet est financé par le Pnud à travers le Fonds pour l’environnement mondial (Gef). Il vise la protection des herbiers, des récifs coralliens, des mangroves, des plages ainsi que de l’île de la Selle, sur une superficie de 3 000 hectares répartis sur 12 localités, couvrant 20 plages, avec l’appui de seulement 13 éco-gardes.
Axée sur la cogestion, cette approche se heurte toutefois à des défis liés à l’implication communautaire. «Le travail de conservation ne se limite pas à la surveillance, à la restauration écologique ou au suivi scientifique. Il repose avant tout sur la coordination et la gouvernance avec les communautés locales », souligne-t-il. Selon lui, le projet «Shisiwani Éco 2030» ambitionne d’étendre la zone du parc tout en renforçant les objectifs de conservation.
Dans un contexte où les conditions de vie dépendent fortement des activités côtières, des alternatives ont été proposées, notamment pour limiter l’extraction anarchique de sable et lutter contre le braconnage des tortues. «Nous avons réussi à transformer la réticence initiale en engagement citoyen», s’est-il félicité, avant d’évoquer un recul notable des activités illicites depuis 2018.
Anzdine Dayinane, dit «Sare», président de la coopérative de Shitsangasheli et membre du comité villageois, incarne cet engagement communautaire. Pêcheur depuis son adolescence, il s’est mobilisé face à la dégradation rapide du littoral. «Nous avons constaté des changements inquiétants sur nos côtes. Il était urgent de sensibiliser», explique-t-il. Malgré les réticences initiales, il reconnaît des avancées concrètes. Grâce aux formations sur la gestion durable et à l’abandon de pratiques nocives, notamment certains types de filets, les stocks de poissons connaissent une amélioration.
Des pêcheurs devenus sentinelles
Toutefois, il appelle à un renforcement des moyens, notamment en matière de surveillance nocturne. «Si l’extraction de sable est maîtrisée de jour, la surveillance en mer reste un défi la nuit, face aux activités illicites», souligne-t-il. Même constat pour Moilimou Abdou, pêcheur retraité, qui salue les résultats de cette collaboration. «La dégradation de nos côtes a diminué grâce à ce travail mené ensemble », témoigne-t-il. Les acteurs locaux insistent sur la nécessité de renforcer les moyens logistiques. L’acquisition de vedettes pour surveiller les zones maritimes et l’octroi d’un appui financier pour motiver les veilleurs figurent parmi les priorités. «Ces personnes sacrifient leurs nuits pour protéger les tortues et lutter contre le braconnage. Leur engagement mérite d’être valorisé», plaident-ils.
De son côté, Koulthoum Allaoui, première femme éco-garde du parc, se souvient des débuts marqués par la pollution et l’accumulation de déchets sur les plages. «Nous avons dû sensibiliser les populations sur l’importance de préserver un littoral propre. Aujourd’hui, les résultats sont visibles», affirme-t-elle.Si la majorité des localités adhère désormais à la démarche, deux villages restent encore réticents. «Nous espérons qu’ils rejoindront bientôt cette dynamique», ajoute-t-elle. Engagée par conviction, Koulthoum Allaoui encourage les jeunes à s’investir davantage dans la préservation des écosystèmes marins. «Au-delà d’un métier, c’est une responsabilité. Les jeunes seront les premiers bénéficiaires de ces actions», conclut-elle.




