Les cas de malades mentaux parmi les personnes refoulées de l’îles comorienne de Mayotte ne cessent d’augmenter. Les bateaux en provenance de Mayotte transportent ces personnes souffrant de troubles mentaux et il est toujours difficile d’identifier leurs familles. Souvent, ces gens-là errent à Mutsamudu aux risques de subir des soucis sanitaires ou des maltraitances.
Au port de Mutsamudu, les arrivées de bateaux en provenance de Mayotte confrontent régulièrement la police des frontières (Paf) à des situations humaines complexes. Parmi les passagers expulsés figurent parfois des personnes souffrant de troubles mentaux ou vivant avec un handicap. Des profils particulièrement vulnérables, souvent sans accompagnement à leur arrivée sur le territoire.
Une fois le bateau à quai, les passagers réguliers descendent pour accomplir les formalités administratives. Les autres, dits en situation dite «irrégulière» à Mayotte font l’objet de contrôles par la police des frontières (Paf). L’objectif est d’identifier les étrangers, mais aussi de repérer d’éventuelles personnes en situation de handicap ou présentant des troubles mentaux. Au port de Mutsamudu, chaque arrivée est encadrée. Le commandant de la Paf, Wardart Ali Cheri, rappelle le cadre général des contrôles.
«À chaque fois qu’il y a un bateau, nous avons des passagers réguliers et des personnes expulsées de Mayotte. Les contrôles portent en priorité sur les personnes de nationalités étrangères, qui sont renvoyés automatiquement de l’île comorienne de Mayotte», explique-t-elle.
Face aux cas de troubles mentaux ou de handicap, la Paf tente, lorsque cela est possible, de confier la personne à sa famille. Le commandant précise la démarche adoptée par ses services. «Pour les malades mentaux ou les personnes en situation de handicap, on le voit directement. Des informations sont alors recueillies auprès des autres passagers pour savoir si quelqu’un connaît la personne ou peut fournir des éléments sur son identité ou son île d’origine. Nous attendons qu’un membre de sa famille se présente pour la récupérer», fait-il savoir.
Malgré ces mesures, certains cas posent de sérieux problèmes de prise en charge. Un militaire affecté au port évoque une situation récurrente. «Des personnes très vulnérables arrivent souvent. Elles sont embarquées et, une fois ici, on les retrouve à errer devant le port ou dans la ville, pendant des jours. Après, on ne les voit plus, on n’a pas de leurs nouvelles», déplore-t-il. Du côté des personnes ayant vécu ces situations de près, les témoignages pointent des expulsions jugées abusives. Abdou Houmadi, originaire de Bandra Kuni à Nyumakele et résidant à Mayotte, à Combani raconte avoir été témoin à plusieurs reprises de ces scènes. «J’ai vécu de nombreuses situations où des personnes en situation de handicap ou des malades mentaux sont renvoyés à Anjouan. Le plus souvent, la police pense que ces personnes font exprès pour éviter l’expulsion. Parfois c’est vrai, mais parfois ce sont réellement des personnes en situation de vulnérabilité», confie-t-il.
Il se souvient notamment d’un épisode «marquant» vécu au centre de rétention de Mayotte. «Une fois, au centre de rétention, nous étions enfermés avec une personne mentalement instable. J’ai eu l’impression que la Paf pensait vraiment que cette personne faisait semblant, alors qu’elle était réellement malade. Quand on est en situation dite irrégulière à Mayotte, on n’a pas le temps d’intervenir. Ce qui reste, c’est le bateau pour l’expulsion», relate-t-il. Un constat partagé par Zarianti Abdou, résidente à Mayotte, qui évoque un cas récent d’expulsion vers Ndzuani. «Récemment, un homme souffrant de troubles mentaux a été expulsé vers Ndzuani. Il habitait Kaweni, près de chez nous. La Paf l’a renvoyé sans chercher à comprendre. On dit que sa mère est décédée et, depuis son expulsion, nous n’avons plus de nouvelles de lui. Souvent, ce ne sont pas des personnes qu’on devrait envoyer aux Comores», regrette-t-elle. Le dernier cas recensé remonte au 14 janvier. Un appel à reconnaissance avait alors été lancé sur les réseaux sociaux afin de retrouver la famille de la personne concernée. Jusqu’au 4 février, et depuis son arrivée, il dort et vit au pas du portail de l’entrée Dodin, du port de Mutsamudu. Votre journal l’a retrouvé allongé dans un carton.




