Lancé le 22 août 2024, le projet d’extension du port de Bwangoma, à Mwali, avance par à-coups. Il y a trois jours, une information relayée sur les réseaux sociaux annonçait l’arrêt du chantier. Une fausse alerte. Dès le lendemain, vendredi 22 mai, les responsables du projet ont démenti cette rumeur. Mais derrière cette infox se dessine une réalité moins claire, un différend bien réel, un malaise latent entre plusieurs acteurs du dossier que personne ne souhaite évoquer publiquement.

Aucun arrêt du chantier envisagé

À la suite de cette annonce, nous avons contacté le chargé de communication du Projet d’Inter-connectivité maritime des Comores(PICMC), mais ce dernier nous a orientés vers le coordinateur du projet. « Nous ne rencontrons aucun problème avec nos partenaires. Les relations sont bonnes. Nous accusons près de 8 mois de retard dans l’exécution de nos activités, principalement en raison du contexte international actuel. La guerre a perturbé les circuits d’acheminement et une partie importante de notre matériel est bloquée à l’étranger », a expliqué le coordinateur du projet, Mohamed Ahamada. 

Près d’une année d’attente

Dans un communiqué publié par la suite, l’Unité de gestion du projet se veut tout aussi rassurante. «Actuellement, une mission de supervision de la Banque mondiale séjourne aux Comores. Au cours des discussions, l’option d’une fermeture du projet n’a jamais été évoquée. Il a plutôt été question d’accélérer les travaux et de rattraper le retard occasionné, à travers le choix de la carrière et les défis logistiques liés à l’acheminement des équipements vers Mwali», lit-on dans le communiqué.Le communiqué précise également qu’une stratégie commune a été mise en place entre l’Unité de gestion du projet, l’entreprise chargée des travaux et la mission de contrôle afin de rattraper le temps perdu. Autre élément mis en avant à travers le communiqué : «la construction du port dépend à 80 % de l’exploitation de la carrière de Domoni, dont les activités se poursuivent sans relâche».

On rappelle que par rapport à la carrière d’exploitation, il y a eu plusieurs problèmes. Une convention avait d’abord été signée pour l’exploitation du site de Domoni. Mais celle-ci a rapidement été annulée par les autorités. L’entreprise s’est alors tournée vers Bangani, un site près de l’aéroport de Bandar Es Salam. Les équipements étaient installés, le calendrier établi, les préparatifs lancés. Cependant, il y a eu un nouveau coup d’arrêt. «On nous a expliqués qu’il était impossible d’exploiter cette zone en raison de sa proximité avec l’aéroport. Le risque était jugé trop important», a confié une source proche du dossier ayant requis l’anonymat.Pendant plus de 9 mois, l’entreprise est restée dans l’attente d’une autorisation définitive pour exploiter une carrière. Durant cette période, la quasi-totalité des équipes venues de l’étranger est restée sur place sans réelle activité. Hébergés, nourris et pris en charge par l’entreprise, les agents attendaient qu’une décision soit enfin prise. C’est en septembre 2025 que l’autorisation d’exploiter la carrière de Domoni a finalement été accordée. 

Le long périple du matériel

En février 2026, une première opération  a pu être réalisée. Trois autres opérations ont suivi. Depuis le lancement du projet, 4 opérations ont ainsi été effectuées sur le site. «Une cinquième opération est actuellement en discussion», a indiqué l’entreprise. Autre point de friction : les formalités douanières. Selon plusieurs sources proches du dossier, «la convention initiale prévoyait une exonération des droits et frais de douane pour l’entreprise chargée des travaux». Sur le terrain, la situation serait différente. «Les services douaniers nous demandent de régler les frais, puis de nous rapprocher du gouvernement pour un éventuel remboursement. Pourtant, nous étions censés être exonérés dès le départ », a affirmé notre source.

 
À part, ces retards administratifs, il y a des difficultés logistiques qui sont également enregistrés. Selon les responsables du projet, une partie des moules est bloqué à Dar Es Salam et de nombreux équipements tels que les équipements flottants destinés au transport maritime de roche de Hoani à Domoni restent bloqués à Dubaï. C’est une conséquence des perturbations du transport maritime dans le contexte des tensions au Moyen-Orient et des difficultés de transit dans la région du détroit d’Ormuz, à en croire les responsables. «En tout cas, le lot actuellement en Tanzanie serait en cours d’acheminement vers les Comores», a raconté notre source. En tout, cas, malgré ces difficultés mentionnées, les deux parties interrogées tiennent le même discours. Aucune fermeture du chantier n’est actuellement envisagée. Le projet accumule des retards, mais l’objectif affiché reste inchangé : «mener à terme l’extension du port de Bwangoma». Aurons-nous une inauguration en août 2027 comme annoncée au départ ?

Nourina Abdoul-Djabar et A.Housni