Titulaire d’une licence en environnement, ce père de famille a transformé une épreuve personnelle en activité génératrice de revenus.

 

Devant le portail du Rotary Club, en face du siège de la Meck Moroni, une silhouette est devenue familière. Sac en bandoulière, barquettes de salades de fruits soigneusement alignées, Ibrahim Mmadi Zimbo accueille les passants avec le sourire. À 33 ans, ce natif de Bwenindi, dans la région de Hamanvu et père de trois enfants, incarne une autre image de l’entrepreneuriat de proximité, faite de résilience, de dignité et de convictions.


Titulaire d’une licence en environnement obtenue à Madagascar, Ibrahim rentre aux Comores en décembre 2018 avec l’espoir de s’insérer dans l’administration. Mais le destin en décide autrement. Il ne décroche aucun poste public et voit sa trajectoire basculer à la suite d’un Accident vasculaire cérébral (Avc) survenu chez son père. Les recommandations médicales sont claires : une alimentation riche en fruits pour améliorer sa santé. C’est ainsi que naît l’idée, d’abord simple, de commercialiser des salades de fruits.


Avec quelques amis, Ibrahim se lance timidement, avant de poursuivre l’aventure en solo. «J’ai travaillé bénévolement dans différentes institutions, mais c’est à partir de décembre 2024 que je me suis réellement lancé dans la vente de salades de fruits», confie-t-il avec fierté. Une activité modeste en apparence, mais qui repose sur une organisation rigoureuse. Selon les saisons, il s’adapte, s’approvisionne dans plusieurs régions de Ngazidja et n’hésite pas à passer commande de pastèques, melons ou jacques à Mwali et Ndzuani afin de garantir la disponibilité du produit.

Le goût de l’effort et de la santé

Au-delà de la vente, Ibrahim défend une vision. Son ambition n’est pas de faire fortune, mais de contribuer à un changement de mentalités. «Je suis conscient que ce genre d’activité ne me rendra pas riche. Mon objectif est de faire comprendre à la population que la consommation régulière de fruits contribue à une meilleure santé», explique-t-il. Pour lui, «il existe de réelles opportunités économiques aux Comores, à condition d’avoir la volonté de travailler».


Son message s’adresse avant tout aux jeunes. Il les exhorte à dépasser la honte et les préjugés associés aux petits métiers. « Mieux vaut vendre des mangues pour subvenir à ses besoins que de mendier ou de voler », affirme-t-il sans détour. Aujourd’hui, cette activité lui permet de couvrir ses dépenses quotidiennes, d’assurer régulièrement la scolarité de ses enfants et de subvenir aux besoins de sa famille. «Je remercie le Tout-Puissant, car depuis que j’ai commencé ce métier, j’atteins chaque jour mon objectif journalier», témoigne-t-il. À travers ses barquettes de fruits frais, Ibrahim Mmadi Zimbo offre bien plus qu’un produit : un exemple de courage, de responsabilité et de foi en la valeur du travail.