Depuis plus de trente ans, Tadhkira Abdou Chakour consacre sa vie à l’enseignement coranique. Malgré la maladie, celle que l’on appelle Maman Amdjad demeure une figure respectée, ayant formé des générations entières à Kwambani ya Washili.
Dans le calme de sa demeure, affaiblie mais digne, Tadhkira Abdou Chakour, connue de tous sous le nom affectueux de Maman Amdjad, raconte son parcours avec une voix posée. Mère de trois enfants, aujourd’hui dans la cinquantaine, elle porte les marques d’un engagement de toute une vie au service de l’enseignement coranique.Tout commence au début des années 1990. Déjà mère de famille, elle se lance dans ce qu’elle considère comme une mission avant tout divine : transmettre le Coran.
À Kwambani ya Washili, elle ouvre les portes de son salon aux enfants du quartier et d’ailleurs, et offre un enseignement gratuit, animé par la foi et la conviction. À côté, elle s’implique dans le commerce de la vanille, une activité secondaire soutenue notamment par son mari, Oustadh Abdoulbastoi, qui l’accompagne également dans l’enseignement. Mais le destin met son engagement à rude épreuve.
En 2016, une alerte d’Avc l’oblige à se rendre à Madagascar pour se soigner. Loin de ses élèves, elle confie temporairement la relève à l’un de ses disciples. Deux ans plus tard, une rechute la contraint à fermer son madrassa et à partir en Égypte pour des soins plus poussés. Cette fois, elle organise le transfert de ses élèves vers une autre école coranique de la ville, car elle refuse de rompre la chaîne du savoir. Malgré la maladie, Maman Amdjad ne renonce pas.
«Une motivation divine»
Elle nourrit l’espoir de reprendre un jour l’enseignement, portée par une passion intacte. «Enseigner le Coran était une motivation divine», confie-t-elle simplement. Son héritage, lui, est bien vivant. Des générations entières témoignent de son impact. Asdjad Abdou Ben Saïd, aujourd’hui engagée dans le secteur de la santé, se souvient d’une enseignante dévouée, qui a sacrifié son temps et son énergie pour instruire gratuitement. « On apprenait matin et après-midi, sans rien payer», raconte-t-elle, évoquant au passage «les petites tâches quotidiennes que les élèves accomplissaient en signe de reconnaissance».
Les témoignages convergent tous vers la même image : celle d’une femme profondément engagée, au-delà de l’apprentissage religieux. Ali Soilihi, premier adjoint au maire, affirme lui devoir l’essentiel de sa connaissance du Coran. «Elle nous apprenait aussi le respect et la responsabilité. Elle était comme une mère», affirme-t-il. Même reconnaissance chez Samir Gerard, aujourd’hui technicien, qui voit en elle la première personne à lui avoir transmis ce savoir fondamental, déterminant pour la suite de son parcours académique à Madagascar.
Pour Maman Amdjad, la transmission du Coran n’a jamais été un simple enseignement. C’est un devoir spirituel, un héritage à perpétuer. Elle n’a jamais cherché reconnaissance ni intégration dans des cercles sociaux. Sa mission se suffisait à elle-même.
Aujourd’hui, si son corps est affaibli, son œuvre continue de rayonner à travers ses anciens élèves.




