Rien ne prédestinait Nadjmati Bacar à explorer les profondeurs marines. Une immersion aura pourtant suffi à changer son destin. Aujourd’hui plongeuse, elle transforme sa passion en engagement pour préserver les écosystèmes marins.

 

Il y a des vocations qui naissent dans l’enfance et d’autres qui surgissent au détour d’un chemin que l’on n’avait pas prévu d’emprunter. Celle de Nadjmati Bacar appartient à la seconde catégorie. Rien, dans son parcours scolaire ou professionnel, ne la destinait à la mer. Et pourtant, quelques années après avoir découvert l’univers marin, elle en a fait son terrain d’action et sa passion.Originaire de Mdjwaiezi ya Hambuu, Nadjmati Bacar obtient son baccalauréat en 2013, après un premier échec l’année précédente. Elle décroche ensuite, deux ans plus tard, un brevet de technicien supérieur (Bts) en tourisme international.


Son diplôme en poche, elle effectue un stage de six mois à l’hôtel Itsandra. Elle poursuit son parcours professionnel comme hôtesse d’accueil à Secret Beauté, avant de rejoindre pendant six mois une agence Canal+ où elle travaille comme caissière et programmeuse. Puis vient une période de chômage qui dure près de deux ans. En 2021, elle intègre le programme des aires protégées nationales. Une expérience qui va progressivement l’éloigner du chemin traditionnel du tourisme pour la rapprocher d’un univers qu’elle connaissait encore peu : celui de la conservation marine.


C’est au sein du programme du Réseau national des aires protégées que commence véritablement son aventure maritime. Au départ, le travail lui est inconnu. Mais, au fil des missions, l’inconnu se transforme en passion. «Depuis très longtemps, j’affectionne l’univers marin. Avant de me lancer, à travers les Parcs nationaux terrestres et marins, le choix a été sans hésitation. Je ne le regrette en aucun cas, car j’ai appris beaucoup de choses, comme travailler en équipe et communiquer. D’autant plus que j’avais du mal à m’exprimer publiquement. Je peux dire qu’avec ce boulot, j’arrive à me débrouiller», confie-t-elle.

Formée dans le tourisme, Nadjmati Bacar aurait pu rester dans l’accueil, l’hôtellerie ou les métiers classiques du secteur. Elle choisit pourtant une autre voie. Sur le terrain, elle participe au suivi des écosystèmes marins et aux opérations de surveillance en mer. Herbiers, crustacés, récifs coralliens : son regard se porte progressivement sur cette biodiversité fragile qui constitue désormais son quotidien. Puis vient la découverte de la plongée en apnée. Masque, palmes, respiration : elle apprend à évoluer autrement dans cet environnement qui la fascine.

 

Une première étape qui la conduit plus loin encore. En août 2026, elle participe à Madagascar à une formation en plongée sous-marine, venant ainsi renforcer ses compétences et élargir son champ d’intervention. Dans un univers encore largement masculin, son parcours revêt une dimension particulière. Nadjmati Bacar ne se contente pas d’y trouver sa place : elle entend encourager d’autres femmes à franchir le pas. Son conseil tient en quelques mots : ne pas laisser la peur décider. «Il faut se focaliser sur l’apprentissage et surtout être à l’écoute pour mieux apprendre», estime-t-elle.


Pour Anrifiddine Ousseni, responsable du suivi écologique des écosystèmes marins à l’Agence des parcs nationaux, son engagement ne fait aucun doute. Il décrit une collègue «courageuse» et «dévouée», dont la passion s’est affirmée au fil des missions. «Elle est une des femmes les plus courageuses et les plus dévouées que je connaisse dans le travail de conservation. Elle contribue aussi aux actions de sensibilisation des acteurs locaux. Son engagement pour protéger notre nature est vraiment une inspiration pour toute l’équipe», témoigne-t-il. Depuis 2023, Nadjmati Bacar participe activement aux missions de terrain. 


L’apprentissage de l’apnée, puis la formation à la plongée sous-marine en 2026, lui permettent désormais d’aller observer de plus près l’état des récifs coralliens, de détecter les signes de dégradation ou de blanchissement et de mieux suivre la vie marine. Son parcours raconte ainsi une reconversion peu ordinaire. La mer, qu’elle n’avait jamais imaginée comme métier, est devenue son espace de travail. Et surtout, un espace de conviction : celui où elle entend désormais contribuer, à sa mesure, à la protection du patrimoine marin des Comores.