À 23 ans, l’étudiant en gestion Said Houmadi partage ses journées entre amphithéâtres et ring. Sac au dos le matin, gants aux poings le soir, il avance sans renoncer.
À l’aube, quand Mutsamudu s’étire encore, Said Houmadi a déjà noué ses lacets. Sur le béton humide, il enchaîne les pas, frappe dans le vide, répète ses gammes. Quelques heures plus tard, le voilà assis sur un banc de l’Université des Comores, stylo en main, concentré sur un cours de gestion des entreprises et administrations. À 23 ans, il mène deux combats à la fois, avec la même discipline. Originaire de Gungwamwe, il découvre la boxe à 17 ans, presque par hasard, entraîné par un ami. Le déclic est immédiat. Chez les Tigres Noirs de Mutsamudu, il apprend la rigueur, l’endurance, le respect.
En 2022, pour sa première participation au championnat national, il surprend et décroche le titre. L’année suivante, il représente les Comores au Cameroun. Éliminé, certes, mais vainqueur de deux combats sur la scène continentale, il revient avec l’expérience et la certitude d’être à sa place. Son quotidien est réglé comme un métronome : entraînement individuel à l’aube, cours en journée, séance collective l’après-midi. «Être étudiant et boxeur en même temps, ce n’est pas facile», confie-t-il. «Il y a des jours où je suis épuisé. Je dois choisir entre réviser ou m’entraîner. Mais si j’abandonne aujourd’hui, je regretterai.
La boxe, c’est ma passion. Les études, c’est mon avenir.» Tout est dit. Les moyens, eux, sont maigres. Pas de sponsor, peu d’aides. Les déplacements en compétition se font souvent grâce à des économies personnelles et à quelques soutiens ponctuels. «Souvent, je dois me débrouiller seul. Mais ces obstacles me rendent plus fort», affirme l’étudiant-boxeur, plein d’aplomb. Sa famille, aujourd’hui, l’encourage à poursuivre. Derrière le boxeur, il y a un jeune homme lucide. Il sait qu’une blessure peut tout arrêter.
Le diplôme est son assurance-vie. «Je veux un métier demain. Je ne peux pas dépendre uniquement du sport», confie-t-il. Son rêve dépasse sa trajectoire personnelle : voir émerger de vraies infrastructures, des entraîneurs formés, un accompagnement durable pour les talents comoriens. Lui continue d’y croire. Sur le ring comme à l’université, Said Houmadi avance, convaincu qu’on peut réussir, «même en partant presque de rien».


