Dans le cadre du projet environnemental, Blue and Green Island (Bgi), lancé dans le pays, Al-watwan a rencontré le chef de la communication de ce projet financé par le Fondq mondial pour l’environnement (Gef), à hauteur de 10 millions de dollars, avec l’appui du Pnud, pour faire l’état de lieux. Mohamed Nassur Abdoul-Wakil a saisi l’occasion pour revenir sur les ambitions, les avancées et les défis de ce projet axé sur la conservation de la biodiversité du pays.

 

Le projet Bgi est en train de se structurer. Pouvez-vous nous parler de sa vision affichée sur le long terme ?    

Le projet Blue and Green Island (Bgi) s’inscrit à la fois dans une initiative internationale intégrée et dans une ambition nationale pour les Comores. À l’échelle internationale, le programme regroupe 15 pays insulaires, dont une majorité de petits États insulaires en développement (Peid), particulièrement vulnérables aux effets du changement climatique et aux pressions qui pèsent sur leurs ressources naturelles et leurs écosystèmes. C’est dans cette dynamique internationale que s’inscrit la mise en œuvre du Bgi aux Comores. 


Notre pays dispose d’un patrimoine naturel exceptionnel, mais qui reste particulièrement vulnérable aux différentes pressions environnementales et climatiques. Depuis son lancement le mois d’août 2025, le projet Bgi travaille ainsi à mettre progressivement en place les conditions nécessaires pour atteindre une ambition qui va bien au-delà de la simple protection de l’environnement, notamment la construction, aux Comores, d’une véritable économie bleue et verte, basée sur les solutions fondées sur la nature, où la conservation de la biodiversité et le développement économique se renforcent mutuellement plutôt que de s’opposer.
   
Est-il une institution gouvernementale ? 

Non. Le projet Bgi n’est pas une institution gouvernementale au sens d’une administration ou d’un établissement public. C’est un projet national de conservation et de développement durable, financé par le Fonds mondial pour l’Environnement mondial (Gef), avec l’appui du Pnud, et mis en œuvre sous la responsabilité nationale du ministère en charge de l’Environnement, à travers la direction générale de l’Environnement et des Forêts, (Dgef).

Quels sont les objectifs déjà atteints concrètement ?  

Il est important de préciser que le projet Bgi est un projet pluriannuel et que nous sommes encore dans une phase de structuration et de mise en œuvre progressive. Le projet prévoit notamment quatre certifications Dive Master et quatre certifications Open Water, avec l’objectif de renforcer les capacités nationales dans les trois parcs marins. Nous avons également engagé des travaux scientifiques importants autour de la biodiversité, de la comptabilité du capital naturel et des services éco-systémiques, notamment avec l’Herbier national de l’Université des Comores. Sur le terrain, nous avons aussi commencé à renforcer l’accompagnement des communautés vivant autour des espaces protégés.

La remise récente de matériels d’hygiène et de nettoyage aux communautés des Parcs nationaux de Shisiwani et Cœlacanthe en est un exemple concret. Sur le terrain, nous avons également engagé la mise en place et l’installation de pépinières avec l’objectif de produire 200 000 plants d’ici décembre 2026. Des actions de reboisement ont déjà permis de restaurer 15 hectares de superficies terrestres, notamment à Boboni dans le Parc national du Karthala, à Dzialandze dans le Parc national du Mont Ntringui et à Mbatse dans le Parc national de Mwali. 

Quels sont les objectifs engagés dans les mois à venir ?  

Les prochains mois seront particulièrement importants pour le Projet Bgi, car nous allons progressivement passer d’une phase de structuration, de planification et de renforcement des capacités à une phase de mise en œuvre de plus en plus concrète sur le terrain. Mais, avant de parler des prochaines étapes, il est important de rappeler que plusieurs bases importantes ont déjà été posées par le projet. Nous avons notamment réalisé un Plan national de restauration des mangroves, un Plan national de reboisement, et un Plan national d’aménagement des espaces marins pour les quatre parcs marins. Des formations ont également été organisées sur la gestion des comités de gestion et sur l’évaluation des stocks des ressources naturelles. Ces réalisations constituent des fondations importantes. L’enjeu des prochains mois sera maintenant de consolider ces acquis et d’accélérer les interventions concrètes au bénéfice des écosystèmes et des communautés. 
  
Comment comptez-vous inclure les communautés ?  

C’est probablement l’une des questions les plus importantes. Le Bgi ne peut pas réussir sans les communautés. Les populations qui vivent autour des aires protégées ou qui dépendent de la mer, des forêts, des terres agricoles et des autres ressources naturelles doivent être considérées non seulement comme des bénéficiaires, mais comme des partenaires et des acteurs de la conservation. C’est pourquoi nous cherchons à les associer aux différentes activités, à renforcer leurs capacités et à soutenir des pratiques économiques plus durables. La question du genre et de l’inclusion est également importante. Les femmes, les jeunes et les différents groupes communautaires doivent pouvoir participer et bénéficier des opportunités liées à cette transition. 

Qu’avez-vous à dire par rapport à notre biodiversité ou l’environnement en général ? 

Je voudrais simplement dire à la population que notre biodiversité n’est pas un luxe et que l’environnement n’est pas une question secondaire. Aux Comores, notre environnement est directement lié à notre vie quotidienne. La mer nourrit des familles. Les forêts jouent un rôle essentiel dans nos ressources en eau et la protection des sols. Les mangroves et les récifs participent à la protection de nos côtes et abritent une biodiversité exceptionnelle. Notre patrimoine naturel représente également une opportunité pour le tourisme et pour de nouvelles activités économiques. Donc, lorsque nous détruisons un écosystème, nous ne détruisons pas seulement des arbres, des coraux ou des espèces. Nous fragilisons également notre économie, nos moyens de subsistance et l’avenir de nos enfants.

La remise récente de matériels d’hygiène et de nettoyage aux communautés des Parcs nationaux de Shisiwani et Cœlacanthe en est un exemple concret. Sur le terrain, nous avons également engagé la mise en place et l’installation de pépinières avec l’objectif de produire 200 000 plants d’ici décembre 2026. Des actions de reboisement ont déjà permis de restaurer 15 hectares de superficies terrestres, notamment à Boboni dans le Parc national du Karthala, à Dzialandze dans le Parc national du Mont Ntringui et à Mbatse dans le Parc national de Mwali.