La situation de la distribution de l’eau reste préoccupante. Pour Najda Said Abdallah, la vétusté du réseau constitue l’un des principaux obstacles à une amélioration durable de l’approvisionnement. La directrice générale estime à environ 60% les pertes enregistrées sur le réseau, une situation qui réduit considérablement la quantité d’eau effectivement distribuée aux usagers.
Trois mois après sa prise de fonction, la directrice générale de la Société nationale d’exploitation et de distribution des eaux (Sonede), Najda Said Abdallah, a tenu ce mardi 1er septembre une conférence de presse consacrée aux difficultés auxquelles fait face l’entreprise parmi lesquels le problème épineux de la distribution de l’eau dans la capitale Moroni et ses environs. « La question de la distribution de l’eau à Moroni est assez complexe, parce que nous avons un problème de vétusté du réseau. Nous accusons à peu près 60% de fuites, de pertes en tout cas, de notre production à travers ce réseau», a-t-elle expliqué.
La production passe de 9 000 à 15 000 m³ par jour
Face à la pénurie, la Sonede dit avoir engagé plusieurs travaux afin d’améliorer progressivement la distribution dans les différents quartiers de Moroni. Des améliorations auraient notamment été enregistrées dans certains secteurs de Moroni-Sud. La directrice générale a également annoncé la finalisation de la connection entre les deux citernes de stockage de la capitale, RB2000 et RH500 et le réseau de refoulement. Cette nouvelle configuration doit permettre, selon elle, d’alimenter davantage de quartiers, notamment ceux de Moroni-Nord. «Nous sommes passés de 9 000 m³ à 15 000 m³ par jour», a affirmé Najda Said Abdallah.
Une hausse significative de la production qui ne suffit toutefois pas, à elle seule, à régler les difficultés de distribution. La patronne de la Sonede reconnaît que d’importants travaux restent nécessaires à réaliser, notamment sur le réseau d’adduction reliant Vuvuni aux citernes de stockage de Moroni. «Nous sommes en cours d’amélioration. L’amélioration est déjà un fait, mais évidemment, beaucoup de choses sont à faire pour maximiser cette amélioration», a-t-elle indiqué, évoquant également le remplacement et la maintenance du réseau de distribution.
L’importance des pertes sur le réseau soulève néanmoins une question : le fait d’augmenter la production alors que près de 60% de l’eau serait perdue ne risque-t-il pas d’accroître également les pertes de la société ? À cette interrogation, Najda Said Abdallah défend le choix d’augmenter la production.
«Une priorité du gouvernement comorien»
Selon elle, la mission première de la Sonede n’est pas de réaliser des bénéfices, mais de garantir l’accès à l’eau aux citoyens. Pour la directrice générale, même avec les pertes actuelles, une augmentation de la production permet d’accroître la quantité d’eau effectivement disponible pour les populations. L’enjeu consiste désormais à agir simultanément sur la production et sur l’état du réseau afin de réduire progressivement les pertes. Au-delà des problèmes techniques, la nouvelle direction doit également composer avec des difficultés internes d’organisation. Un audit indépendant a été mandaté afin d’évaluer le fonctionnement et la gestion de la société.
Selon Najda Said Abdallah, cet audit a mis en évidence plusieurs faiblesses, notamment sur le plan organisationnel. «L’audit a donné plusieurs résultats. C’est d’abord des résultats qui révèlent un problème au niveau de l’organisation. Dans certains services, on n’a pas les bonnes personnes aux bons endroits», a-t-elle expliqué.L’audit aurait également relevé «des dysfonctionnements» dans le respect des procédures ainsi que des problèmes d’ordre institutionnel. Pour la directrice générale, ces difficultés ne sont toutefois pas insurmontables. Elle estime qu’une amélioration de la gestion passe d’abord par le rétablissement et l’application effective des procédures internes. Parmi les exemples évoqués par la directrice générale figure la gestion des situations d’urgence.
Elle reconnaît que certaines pratiques, même lorsqu’elles peuvent être justifiées par l’urgence, posent des problèmes en matière de traçabilité. Elle cite notamment le recours à des prélèvements directs à la caisse, au lieu de privilégier le circuit bancaire et les procédures normales de validation des dépenses. «Les procédures veulent que les encaissements soient versés en banque pour que plus tard, tout ce qui doit être dépensé puisse suivre une procédure normale au niveau de la validation de ses achats», a-t-elle expliqué.
Pour Najda Said Abdallah, «la remise en ordre de ces procédures doit permettre d’améliorer la transparence, la traçabilité et, plus largement, la performance de la société ». Trois mois après son arrivée à la tête de la Sonede, la directrice générale affiche ainsi sa volonté de s’attaquer simultanément aux problèmes techniques et aux dysfonctionnements internes.
La vétusté du réseau, les pertes d’eau, l’amélioration de la production et la réorganisation de la gestion constituent autant de chantiers auxquels la société doit désormais s’atteler. Najda Said Abdallah reconnaît l’ampleur des difficultés, mais se veut déterminée. «Nous rencontrons des difficultés mais nous pouvons les surmonter et nous devons les surmonter car le secteur de l’eau est une priorité du gouvernement comorien», a-t-elle déclaré.




