Pour beaucoup de familles, la semaine de grève a été particulièrement éprouvante. Tous espèrent désormais une amélioration rapide de la situation, c’est-à-dire un rapide accès à l’eau, devenu une urgence quotidienne dans plusieurs foyers de la capitale.
Durant la grève des transporteurs routiers et des commerçants, la semaine dernière, de nombreuses familles ont eu beaucoup de difficultés à maintenir un rythme de vie normal en raison d’une grave pénurie d’eau. Avec l’arrêt de la circulation des camions-citernes, des bus transportant de l’eau et des motos-bennes, les habitants s’étaient retrouvés livrés à eux-mêmes, contraints de chercher quelques bidons d’eau pour cuisiner, se laver ou simplement boire.
« En trois mois, nous n’avons jamais vu l’eau couler dans les robinets. À coup sûr, les robinets sont déjà usés», lance Hassane Madjid Naima, habitant à Zilmadju. Avant la grève, explique-t-elle, elle parvenait encore à s’approvisionner grâce aux motos-bennes et aux bus qui ramenaient de l’eau dans les quartiers. Aujourd’hui, la situation est devenue beaucoup plus compliquée. «Je paie maintenant un chauffeur de moto-benne de mon quartier à 1 500 francs. Ensuite, nous transportons tous nos bidons jusqu’à l’École française pour puiser de l’eau dans le puits de la famille de mon mari. Sans cela, je ne sais pas ce que nous serions devenus», raconte-t-elle.
Même constat chez Imrane Ismael, vendeur d’eau et père de famille. Depuis plusieurs jours, il parcourt les environs de Caltex dans l’espoir de trouver de l’eau, mais revient souvent les mains vides. «Cela fait environ quatre jours que je vais chercher de l’eau à Caltex sans succès. Pas même une goutte pour préparer à manger à la maison», déplore-t-il. Selon lui, la pénurie s’est aggravée avec la grève, au point que les prix ont déjà doublé.
«Avant, le bidon coûtait 250 francs comoriens. Aujourd’hui, il est vendu à 500 francs. Mais le problème n’est même plus le prix, c’est surtout l’absence d’eau. On peut avoir l’argent sans pouvoir en acheter», souligne-t-il. À Irungudjani, Fatima Msa explique devoir quitter son domicile entre 2 heures et 3 heures du matin avec une brouette et plusieurs bidons pour aller chercher de l’eau dans les robinets du quartier Mhumre.
La solidarité entre voisins
«Je pars avec l’un de mes enfants et nous ne rentrons qu’à l’appel à la prière de l’aube. Ce n’est vraiment pas facile. Et lorsque les robinets ne fonctionnent pas, ce qui arrive souvent, nous sommes obligés d’acheter de l’eau minérale pour cuisiner et boire», raconte cette mère de famille.
Pour d’autres habitants, cette crise bouleverse totalement le quotidien. Fatima Ahmed affirme ne plus pouvoir cuisiner depuis plusieurs jours. «Avec le manque d’eau, je suis bloquée. Je ne peux rien faire, pas même cuisiner.
Depuis quelques jours, je ne mange que du pain et de l’eau minérale», confie-t-elle. Mariama Djoumoi, mère de quatre enfants vivant à Moroni avec sa mère, estime que la vie dans la capitale devient «insupportable» dans de telles conditions. À Hankunu, Nouria Said Assoumani raconte dépendre désormais de la solidarité de ses voisins qui l’autorisent à puiser de l’eau dans leur citerne.
Ibrahim M. Mairat et Djaaffar Ahamed




