Le président de l’Institut de recherches et d’exploitation du sous-sol des Comores (Irex), Saïd Mohamed Abdou Soimadou Idarousse, appelle les autorités comoriennes à accélérer et à clarifier le processus d’attribution et d’exploitation des blocs pétroliers. Il estime que la relance du secteur pourrait constituer un important levier de développement économique et social pour le pays.
Le dossier pétrolier comorien revient au centre des debats. À l’occasion d’une conférence de presse organisée ce jeudi 3 septembre au Centre d’animation socio-culturel de Mtsangani (Casm), le président de l’Irex, Saïd Mohamed Abdou Soimadou Idarousse, a présenté l’état d’avancement des activités pétrolières aux Comores, tout en faisant part de ses inquiétudes face aux lenteurs administratives et au manque d’informations sur l’attribution de certains blocs.
Au cœur des préoccupations exprimées par Saïd Mohamed Abdou Soimadou Idarousse figure la question de la transparence du processus décisionnel. L’Irex affirme avoir rencontré des difficultés pour obtenir des informations précises sur l’état d’avancement des dossiers, les critères de sélection retenus, le calendrier de traitement ainsi que les procédures d’approbation ou de rejet des candidatures.
Réduire le chômage
L’Irex rappelle que les investissements internationaux nécessitent des procédures administratives efficaces, transparentes et prévisibles. «Le partage d’informations constitue un élément essentiel pour garantir la transparence et la crédibilité du processus d’octroi des licences», souligne en substance l’organisation, qui appelle les institutions compétentes à assurer une communication claire, accessible et régulière. Pour le président de l’Irex, la relance des activités pétrolières ne doit pas être considérée uniquement sous l’angle des recettes financières.
Elle pourrait, selon lui, contribuer à créer des milliers d’emplois et à stimuler plusieurs secteurs de l’économie. Avec une quarantaine de blocs et une limitation à trois blocs par contrat, le pays pourrait théoriquement accueillir plusieurs opérateurs pétroliers. L’Irex estime que le développement de ces activités pourrait contribuer à réduire le chômage, notamment chez les jeunes, tout en favorisant l’émergence d’opérateurs économiques locaux dans le cadre de la politique de contenu local. Pour l’Irex, “les Comores disposent d’un potentiel pétrolier qui mérite d’être mieux valorisé”.
Les premières démarches remontent à 2007, avec la signature d’une convention entre la société américaine GX Technologies, basée à Houston, et l’État comorien. Cette coopération avait notamment permis la réalisation d’études géophysiques destinées à mieux identifier les ressources du sous-sol marin. Entre 2011 et 2014, un programme d’étude géo-sismique baptisé East Africa Span, ou Programme Span, a permis la collecte de données géo-sismiques sur environ 2 000 km² linéaires. Selon l’Irex, ces travaux ont conforté l’hypothèse d’un prolongement du delta mozambicain dans les eaux maritimes comoriennes.
Cette perspective est d’autant plus importante que le Mozambique voisin a confirmé l’existence d’importantes ressources gazières. Les travaux réalisés dans la région ont ainsi nourri les espoirs de voir les Comores tirer profit de leur position géographique dans le canal du Mozambique. Le cadre juridique comorien a également évolué. Le Code pétrolier a été promulgué le 6 février 2013 par décret présidentiel et est entré en vigueur le 7 mars de la même année. Un an plus tard, le 17 mars 2014, l’Assemblée nationale de l’Union des Comores a ratifié deux licences d’attribution portant sur six blocs pétroliers, confiés à deux sociétés.
Des études sismiques 3D ont ensuite été réalisées en 2019 sur certains de ces blocs et leurs résultats ont été rendus publics sur Internet, notamment lors de la conférence GeoExpo d’octobre 2019 à Moroni. Les forages d’évaluation et de certification des ressources, initialement envisagés pour 2021, ont toutefois été affectés par la pandémie de Covid-19. Comme dans de nombreux secteurs, les activités pétrolières ont été arrêtées et gelées.
Pendant ce temps, l’environnement régional a considérablement évolué. En Tanzanie et au Mozambique, plusieurs blocs pétroliers ont continué à être attribués et exploités. Pour l’Irex, cette dynamique régionale montre que l’Afrique de l’Est pourrait progressivement s’imposer comme une grande région pétrolière et gazière.
La pandémie a interrompu les opérations
Le développement de cette industrie pourrait également entraîner des retombées dans plusieurs autres secteurs : transport maritime et aérien, banques, services, construction, immobilier et tourisme. L’exploitation des hydrocarbures pourrait ainsi créer un véritable effet d’entraînement sur l’économie comorienne.
Les deux contrats de partage de production conclus avec les sociétés anglaise et américaine avaient une durée de dix ans et sont arrivés à échéance le 17 mars 2024. Depuis cette date, les 40 blocs pétroliers comoriens sont, selon l’Irex, à la fois libres et non attribués.
C’est dans ce contexte que l’Irex s’intéresse particulièrement aux nouvelles perspectives offertes par le dossier pétrolier. Selon les informations présentées lors de la conférence de presse, le Conseil des ministres du 1er avril 2026 aurait donné son accord à l’exploitation de plusieurs blocs pétroliers comoriens. Une société canadienne, Colossal Energy Fields, aurait notamment été retenue pour trois blocs.
Mais malgré cette décision, le contrat de partage de production reste en attente. Pour l’Irex, cette situation constitue un sujet d’attention, d’autant que la société canadienne aurait démontré sa capacité financière à investir sur fonds propres dans la phase d’exploitation.



