L’Accord-cadre pour la réconciliation nationale a transformé l’architecture institutionnelle du pays et remodelé la nature de l’Etat dans toutes ses dimensions. Après Addis-Abeba et Antananarivo, les acteurs politiques comoriens s’entendent en 30 points sur des principes sacrés et une nouvelle approche de gouvernance du pays. Vingt-cinq ans après, le document ayant mis en place le Nouvel Ensemble Comorien (Nec) reste toujours gravé dans la mémoire collective. Retour sur cet accord qui a mis fin à l’un des pires épisodes de l’histoire politique du pays.
La journée d’hier mardi 17 février 2026 marque le 25e anniversaire de la signature de l’Accord-cadre pour la réconciliation aux Comores. Les médias parlent de « l’Accord de Fomboni » en référence à ce document inédit signé à Fomboni à Mwali le 17 février 2001 par les acteurs politiques comoriens sous le parrainage de la communauté internationale, l’Union africaine et l’Organisation internationale de la Francophonie (Oif) en tête.
Avec cet accord, les Comoriens ont évité l’implosion de leur propre pays, scellant par la force des choses et le poids des mots une réconciliation dictée par la seule et unique volonté de vivre dans un pays uni dans les frontières internationalement reconnues.
«Une journée symbole»
Nombreux sont ceux qui se rappellent de « cette journée symbole », de la portée historique de cet accord et des retombées politiques obtenues au lendemain de quatre années de tensions extrêmes après la sécession de l’île de Ndzuani le 3 août 1997 et l’interposition de l’armée nationale intervenue deux ans après, en 1999. L’Accord mettra ainsi fin à l’un des pires épisodes de l’histoire politique et institutionnelle du pays. Nous sommes en août 1997. L’île de Ndzuani fait sécession et déclare son «indépendance» avec le soutien de forces occultes. Le gouvernement du feu président Mohamed Taki Abdoulkarim ne parvint pas à mettre un terme à cette crise et envoie une unité d’intervention armée pour infléchir les sécessionnistes. Mais la mission, dirigée à l’époque par feu lieutenant-colonel Combo Ayouba, se solde par un échec. La mort brusque du président Taki le 6 novembre 1998 alimentera les incertitudes et ouvrira un saut à l’inconnu.
Une double crise séparatiste et institutionnelle
Un gouvernement intérimaire dirigé par Tadjidine Ben Saïd Massoundi est mis en place et entame des négociations en vue de mettre un terme au mouvement sécessionniste à Ndzuani. Sans succès. Le pays vit des mouvements de tension surtout après l’échec partiel des pourparlers inter-comoriens d’Antananarivo d’avril 1999. La délégation de Ndzuani ayant refusé de signer le document final bien qu’elle fut en bon termes avec l’esprit des discussions. L’Armée nationale de développement (And), dirigée par le colonel Azali Assoumani, s’interpose et prend le pouvoir «pour sauver le pays du chaos et de l’éclatement», selon une communication faite dans la matinée du vendredi 30 avril 1999.
Le pays fera désormais face à une double crise : séparatiste et institutionnelle. La communauté internationale tournera le dos aux Comores à cause de la rupture de l’ordre constitutionnel. Mais la partie comorienne ne désarmera pas et engagera des actions diplomatiques tous azimuts, pour, d’une part, retrouver la confiance à l’international, et, d’autre part, reprendre langue avec les sécessionnistes dont les têtes pensantes n’étaient autres que le colonel Saïd Abeid Abderemane, Abdallah Ibrahim et Abdallah Mohamed.
Après l’échec des pourparlers inter-comoriens d’Antananarivo d’avril 1999 et la conférence d’Addis-Abeba organisée à la fin de la même année, une rencontre préliminaire comoro-comorienne aura lieu d’abord à l’Ile de La Réunion avant les premières discussions entamées à Mwali en juillet 1999 et qui aboutissent à «Un communiqué conjoint de Fomboni » signé par le Colonel Azali Assoumani, le Colonel Said Abeid Abderemane et Mohamed Hassanaly.
«La Déclaration de Fomboni»
Les protagonistes politiques comoriens adopteront en effet «La Déclaration de Fomboni» signée d’abord en l’an 2000 et qui reprendra presque tous les termes du «Communiqué conjoint de Fomboni » de juillet 1999 en mettant en place les fondements du futur Nouvel Ensemble Comorien (Nec). La communauté internationale commencera petit à petit à s’impliquer dans les négociations. L’organisation de l’Unité africaine (Oua, devenue Ua en 2002) et l’Organisation internationale de la Francophonie (Oif) vont officiellement nommer des émissaires spéciaux. Et les choses prendront forme à mesure que se consolide le processus de négociations entre les Comoriens. Le dernier rendez-vous est pris le 17 février 2001 au Palais de Bonovo de Fomboni.
Un accord essentiel et historique
L’Accord-cadre ouvrira la voie à l’élaboration d’une nouvelle constitution qui sera adoptée le 23 décembre 2001. Celle-ci instaurera la présidence tournante et accordera une large autonomie aux îles conformément à l’esprit des discussions finales. Des structures seront mises en place, des mécanismes de suivi seront également crées pour traduire l’Accord dans les faits. (Des acteurs politiques ont joué un rôle clé dans l’adoption et la signature de cet Accord : le Colonel Azali Assoumani et les autres délégués dont feu le Colonel Said Abeid Abderemane, feu Abbas Djoussouf, Mohamed Fazul, entre autres (lire la photo). Et, côté international, Francisco Caetano Madeira de l’Organisation de l’Unité africaine (Oua) et André Salifou de l’Organisation internationale de la Francophonie (Oif). Pour les autorités, les groupements politiques, les organisations de la société civile et les différentes représentations diplomatiques présentes hier à Fomboni, la célébration de cet accord marque « le reflet » d’une nation qui souhaite tourner durablement cette page noire de son histoire, renforcer son unité et poursuivre son élan de progrès socio-économique.
‘‘Les protagonistes politiques comoriens adopteront en effet «La Déclaration de Fomboni» signée d’abord en l’an 2000 et qui reprendra presque tous les termes du «Communiqué conjoint de Fomboni » de juillet 1999 en mettant en place les fondements du futur Nouvel Ensemble Comorien (Nec). La communauté internationale commencera petit à petit à s’impliquer dans les négociations. L’organisation de l’Unité africaine (Oua, devenue Ua en 2002) et l’Organisation internationale de la Francophonie (Oif) vont officiellement nommer des émissaires spéciaux.’’ |



