Notre série de portraits des femmes, démarrée dans le cadre de la célébration de la journée internationale des femmes, se poursuit avec aujourd’hui Rabianta Abdallah (3/5). La journaliste et rédactrice en chef de l’Office de radio et de télévision de Ngazidja (Ortn) fait partie des femmes qui excellent dans leurs métiers. Elle est actuellement la cheville ouvrière de la station d’information de l’île mais aussi une militante active du Syndicat national des journalistes comoriens (Snjc).

 

Professionnalisme, assiduité et neutralité. Trois mots qui résument les caractéristiques professionnelles de Rabianta Abdallah avec ses 13 années de carrière. Journaliste, cheffe d’édition, rédactrice en chef adjointe puis rédactrice en chef à temps plein depuis 2018 de l’Office de radio et de télévision de Ngazidja (Ortn), en remplacement de Maoulida Mbaé, nommé à l’époque à Al-watwan, elle est devenue «le poumon»  et la nouvelle «boite à penser» de la station d’informations de l’île.


L’équilibre de l’information demeure son dada. Cette femme, passionnée de théâtre, ne transige pas avec la liberté d’expression, les exigences du métier et les droits des femmes. A l’Ortn, Rabianta Abdallah est «la femme à tout faire», veillant au détail près la chaîne de conception, de production et de diffusion des informations à l’antenne. «Au début, outre les pressions politiques et les divergences d’idées entre membres de même rédaction, j’ai eu trop de mal à gérer le temps. Cela n’a pas du tout été facile pour moi. Car j’ai été obligée d’être à la rédaction dès 7h30 et ce jusqu’à 19h, tous les jours ouvrables. Je devais avoir l’œil partout, de l’intérieur et de l’extérieur ; me rassurer surtout de la réalisation et de la transmission des journaux», se rappelle-t-elle. 

«La radio est devenue ma seconde famille»
 
La journaliste qui bouffait tout son temps à la maison de la radio souffle un peu désormais grâce aux nouvelles technologies de l’information qui lui permettent de suivre, de temps à autre, et en temps réel, le travail de ses équipes. «A présent, j’arrive à gérer certaines choses en ligne, via des groupes WhatsApp, en répondant simultanément à certains besoins familiaux», se réjouit celle qui est devenu l’unique rédactrice en cheffe de l’Ortn depuis son ouverture.


Se disant «fière» de mettre ses compétences au service du pays, elle se réjouit de sa contribution à la promotion de l’information et surtout à l’encadrement des nouvelles générations, se rappelant, de son arrivée à l’Ortn, en 2013, et précisément pendant le lancement de la télévision de Ngazidja, suivie de la formation de plus de 10 personnes en audiovisuel, sous l’assistance et l’encadrement de l’ancien journaliste et ancien directeur général d’Al-watwan, Ali Moindjié. «J’ai fait mes premiers pas à la radio sous la direction d’Inoussa Mohamed Boina nommé par Mouigni Baraka Said Soilihi. Après un stage de neuf mois, j’ai été recrutée parmi d’autres. J’ai débuté en tant que reporter, puis j’ai accédé au rang des présentatrices à la radio et à la télévision. La radio est devenue ma seconde famille».Depuis, elle a conquis le cœur de nombreux auditeurs et une reconnaissance partout dans l’île par sa voix. Roukayat Zakariat, élève au lycée de Moroni, est une auditrice de l’Ortn. Elle connait Rabianta Abdallah par «sa voix radiophonique et son accent unique, chez les autres journalistes de la place», dit-elle. «Grâce à elle, nous suivons chaque matin le journal en français», a témoigné cette lycéenne.
 
Un pur produit des mouvements associatifs
 
Encadreur de Rabianta Abdallah dès son arrivée, le président du syndicat national des journalistes comoriens (Snjc), Ahmed Bacar, dit avoir remarqué rapidement les qualités et les compétences de la nouvelle recrue. « J’ai alors dit à mes collègues que cette nouvelle recrue ira loin dans le métier, vu son esprit d’analyse, ses propositions pertinentes», s’est-il rappelé, soulignant que Rabianta dispose d’une bonne culture générale accumulée grâce à son passé dans les mouvements associatifs. «C’est un pur produit  des mouvements associatifs», a-t-il précisé, ajoutant que la journaliste l’a motivé à candidater à la présidence du Snjc. «Elle m’a donné son accord de faire partie de mon bureau, alors, connaissant sa transparence, sa fidélité, sa détermination et son engagement dans la défense des droits humains, j’étais convaincu et j’ai décidé de briguer la présidence du syndicat», a expliqué le président du Snjc.


Une des intimes de Rabianta Abdallah affirme que son unique défaut, c’est d’être toujours dans la défensive. « Elle ne se laisse pas faire», a témoigné Mohamed Ridhoine. «Je ne connais personne dans notre boîte qui aime son métier et qui maîtrise et assume ses responsabilités plus que Rabianta. Elle est un modèle pour le personnel de l’Ortn», a ajouté cette collègue qui la côtoie au quotidien. Le directeur général de l’Ortn affirme et salue, de son côté, «le professionnalisme et la neutralité» de Rabianta Abdallah. Ibrahim Ali Said, alias Felix, précise, cependant, qu’elle doit, comme tous les professionnels, bénéficier des formations de recyclage, «car, vu l’importance de l’information, l’usage permanent des nouvelles technologies à tous les niveaux, notre rédactrice en chef mérite de suivre des formations plus adaptées».


Le patron de l’Ortn reconnait que son «pilier» a, comme toute personne, des faiblesses, mais celles-là ne l’empêchent pas d’honorer ses engagements et d’être au rendez-vous de ses obligations professionnelles. «Je constate que, souvent, elle est trop attachée à ses fonctions. Cela décrit, en quelque sorte, son amour au métier et à la maison de la radio», explique Felix. «Rabianta est sensible aux questions liées au genre, domaine où on la sent plus active, alors qu’elle est moins encline aux sujets purement politiques», mentionne son directeur général.
 
Une maîtrise constante  du Shikomori 

Pour Saifi Mansouri, un nouveau venu à l’Ortn,  «Rabianta fait partie de ces rares comoriennes qui maîtrisent le Shikomori, à l’oral comme à l’écrit. C’est un effort constant et salutaire, sachant que jusqu’à présent le Shikomori n’est pas enseigné dans nos écoles». 
Formée à l’Université des Comores, en Lettres modernes françaises (Lmf), après son baccalauréat obtenu en 2003, Rabianta a suivi une formation en Shikomori grâce à l’encadrement de plusieurs enseignants, notamment Moinaecha Cheikh Yahaya, Moussa Said Ahmed, Djae Ahamada Chanfi, entre autres. Rabianta Abdallah a fait l’école primaire publique à Singani Hambu et le collège à l’Ecole privée communautaire de la même ville. Elle a consolidé sa maitrise de la langue comorienne grâce aussi au théâtre avec «La Compagnie Nombaba théâtre» de Singani, sa ville natale. Le théâtre est l’une des passions de la journaliste.


Malgré des difficultés liées aux salaires jugés dérisoires que perçoit la majorité des fonctionnaires, et malgré la gestion du timing, rien ne l’empêche de militer dans des associations et organismes, notamment l’Association des femmes Comoriennes de la presse (Afcp) et le syndicat national des journalistes aux Comores (Snjc). Ainsi, en plus de sa fonction de rédactrice en chef, Rabianta Abdallah est membre active de l’Afcp, trésorière du syndicat des journalistes, actrice de «La Compagnie Nombaba théâtre» dont elle est membre fondatrice, animatrice principale de plusieurs associations culturelles féminines de sa ville natale, entre autres.