En islam, le jeûne du ramadan n’est obligatoire qu’à partir de la puberté. Pourtant, de nombreux enfants choisissent d’observer leur premier jeûne bien avant cet âge. Portés par l’ambiance spirituelle du mois sacré et encouragés par leurs parents, ils souhaitent eux aussi prendre part à ce temps fort de la vie religieuse.


Chaque année, durant le ramadan, plusieurs enfants tentent l’expérience du jeûne pour la première fois. Un acte à la fois religieux et culturel. Ce premier jeûne revêt une dimension familiale importante : les parents soutiennent les efforts de leurs enfants et marquent parfois l’événement par un cadeau symbolique, comme un cocotier. Pour eux, ce moment mêle fierté et inquiétude, en voyant leur progéniture s’initier progressivement au quatrième pilier de l’islam.


À Mbueni (Moroni), Hadidja Mzouhali, mère d’Amina, sept ans, raconte cette première expérience. «Je lui ai dit qu’elle pouvait arrêter si elle était trop fatiguée. Et elle a tenu… jusqu’à quinze heures. La prochaine fois, elle terminera la journée», confie-t-elle avec espoir. À Djomani, Wassim Mzé évoque l’initiative de son fils Abdel, six ans, motivé par ses camarades de l’école coranique. «Cette année, il a décidé lui-même de jeûner et nous l’avons encouragé», confie son père. La journée a été longue pour l’enfant.

 «Il voulait abandonner, mais je l’ai pris avec moi et nous sommes partis au darasa [prédication]. À la fin, il était très fatigué, mais il a réussi son test», raconte ce dernier, visiblement fier.D’autres enfants abordent cette étape avec davantage d’expérience. Ibrahim Loutfi, treize ans, ambitionne de jeûner tout le mois après avoir accompli la moitié l’an dernier. «Cette année, j’espère tout finir parce que j’ai l’habitude maintenant», dit-il avec un sourire. 

Religion et santé vont de pair

Son père l’accompagne quotidiennement, notamment à la mosquée, et promet un cadeau s’il va jusqu’au bout. Saïd Mbaraka Ali, maître à l’école coranique Madrassati Najah Islamiya d’Irungudjani, affirme que le jeûne et la prière s’inscrivent pleinement dans l’éducation religieuse. «À partir de sept ans, les parents doivent habituer l’enfant à la prière», explique-t-il. Concernant le ramadan, il recommande une approche progressive. «Même si le jeûne n’est pas obligatoire, les efforts de l’enfant sont récompensés, y compris pour les parent», précise-t-il.


Sur le plan médical, le docteur Abderemane Chamsidine, gastro-entérologue, appelle toutefois à la prudence. «Avant sept ans, l’organisme est en pleine croissance. Il faut éviter toute privation excessive, surtout en période de forte chaleur, afin de prévenir la déshydratation», avertit-il. Selon lui, le premier jeûne doit être progressif : quelques heures, une demi-journée ou un jour sur deux. Les parents doivent surveiller les signes de fatigue, de vertige ou de déshydratation. « Si l’enfant ne se sent pas bien, il doit rompre immédiatement.

 La santé passe avant tout», insiste-t-il. Le médecin recommande également une hydratation abondante et une alimentation équilibrée entre l’iftar et le suhur. Malgré les difficultés, pour ces enfants, ce premier jeûne demeure un souvenir marquant, symbole d’un passage vers plus de responsabilité et de maturité spirituelle.