Le 26 février dernier, le gouvernement, à travers une conférence de presse organisée au secrétariat général du gouvernement, est revenu sur la série de mesures pour réduire la vie chère et stabiliser les services essentiels pendant le Ramadan. Sur le terrain, commerçants et consommateurs reconnaissent l’intention, mais plusieurs restent critiques sur l’application concrète des décisions et leur impact sur le quotidien.

 

Jeudi 26 février dernier quand les autorités sont revenues sur les mesures visant à encadrer les prix des produits de première nécessité, à payer les agents de l’Etat et à améliorer les services essentiels pendant le Ramadan, nombreux ont salué l’initiative. Encadrement des prix, assurances sur la disponibilité de l’eau, de l’électricité et du gaz, dispositions pour la circulation routière, autant de mesures visant à alléger le quotidien des comoriens. Globalement, ces mesures touchent tous les domaines et tendent à rassurer l’opinion, seulement, sur le terrain l’accueil est plus nuancé.

Des charges importantes  pour les familles

Dans les familles, on veut d’abord y croire. Seda Ibrahim Biladi, père de famille, reconnaît que «théoriquement, les mesures annoncées sont bonnes». Pour lui, l’idée d’encadrer les prix et d’assurer une meilleure continuité des services va en effet dans le bon sens. Pour autant, le père de famille a des doutes sur qui contrôlent les prix. Il parle ainsi d’un «décalage entre les décisions prises et leur application réelle». Les prix sont annoncés, affichés, mais sans suivi régulier, certains commerçants s’en affranchissent. 


Seda Ibrahim Biladi affirme que c’est là le nœud du problème. Sur l’électricité, il dit être passé d’une facture «de 15 000 à 30 000 francs par mois depuis l’installation des compteurs dits intelligents», surtout depuis que les coupures semblent moins fréquentes. A l’en croire, la hausse pèse lourd dans le budget et l’amélioration du service, ne suffit pas à faire passer la pilule. Pour l’eau et le gaz, il estime que la situation varie selon les quartiers faisant savoir que dans certaines zones, l’approvisionnement paraît plus régulier, alors que dans d’autres, l’irrégularité persiste.

Des mesures d’accompagnement nécessaires

En revanche, sur la circulation routière pendant le Ramadan, le père de famille est satisfait. La présence des forces de l’ordre aux heures sensibles est une bonne chose pour lui tout comme la distribution de dattes au moment de la rupture du jeûne. À ses yeux, ces actions ne relèvent pas seulement de la communication, elles participent réellement à la réduction des accidents et traduisent un esprit de solidarité. 

Le Conseil du patronat des Comores (Copac) dit prendre acte, mais n’adhère pas. Contacté par Al-watwan, Faharate Mahamoud, vice-présidente du Mouvement des entreprises comoriennes (Modec) nous a, en effet, fait parvenir la réponse du Copac et la critique porte surtout sur la méthode. L’objectif de protéger les ménages n’est pas contesté, mais ce qui pose problème, en revanche, c’est l’absence de contrepartie. Aucun allègement fiscal, aucune mesure compensatoire n’a accompagné l’encadrement des prix, selon le patronat qui estime que, pour les commerçants, l’effort demandé repose uniquement sur eux. L’organisation regrette aussi «une décision prise sans concertation préalable».

 

Les opérateurs auraient été convoqués à la veille du Ramadan pour entériner les dispositions, alors qu’un cadre formel de dialogue public-privé existe déjà et fonctionne sur d’autres dossiers. Le Copac évoque également «un manque d’échanges techniques», notamment sur des structures de prix des produits déjà dédouanées qui auraient mérité un examen approfondi. Malgré ces réserves, il appelle ses membres à « faire preuve de responsabilité durant le mois sacré ». La réaction la plus critique est venue de la Fédération comorienne des consommateurs (Fcc). Nasra Mohamed Issa, présidente de la Fcc, se montre plus tranchée. Chaque année, rappelle-t-elle, des annonces similaires précèdent le Ramadan. Chaque année, les promesses de protection du pouvoir d’achat reviennent. Et, selon elle, les prix restent élevés. La Fcc dénonce «des déclarations répétées sans contrôle réel ni sanctions visibles, donnant l’impression d’un exercice de communication». 


Sur les marchés, les justifications sont connues, «anciens stocks, hausse des charges, contraintes diverses. Pendant ce temps, les familles ajustent leurs dépenses, réduisent certaines quantités, renoncent parfois à des produits». La Fédération insiste que «le Ramadan devrait être un mois de spiritualité et de partage, pas un moment où l’on multiplie les calculs pour tenir jusqu’à la fin du mois». Nasra Mohamed Issa réclame des résultats «concrets, mesurables et durables», davantage de transparence sur les circuits de distribution et de vraies sanctions en cas de non-respect. Elle élargit aussi le débat à l’état des routes. « Les nids-de-poule, surtout en période de pluie, obligent les conducteurs à se déporter sur les bas-côtés, créant un danger pour les passants. La sécurité routière ne se limite pas au déploiement d’agents, elle passe aussi par l’entretien des infrastructures», fait-elle savoir.