Perché à 911 mètres d’altitude, au cœur du parc national du mont Tringui, le lac Bwani reste encore largement méconnu du grand public. Pourtant, cette réserve naturelle joue un rôle essentiel dans l’alimentation en eau des localités allant de Bazimini jusqu’à Mutsamudu. Dimanche, une trentaine de personnes est mobilisée pour une nouvelle campagne de reboisement, portée par l’association Initiative pour une alternative citoyenne (Ipac).

 

Au total, 200 plants forestiers ont été mis sous terre, grâce à un appui du parc national mont Tringui. Cette initiative s’inscrit dans un programme plus large, avec 400 plants prévus pour l’année 2026. Elle fait suite à une précédente opération menée en mai 2024, au cours de laquelle la zone a été reboisée avec 1 200 plants. Situé à environ trois kilomètres «à vol d’oiseau» du lac Dzialandze, le lac Bwani présente une biodiversité similaire, bien que fragilisée aujourd’hui par la présence de plantes invasives.

L’accès au site reste difficile, nécessitant près de deux heures de marche depuis Sangani, ce qui explique en partie sa faible notoriété. Sur le terrain, les participants ont également pu observer une faune emblématique, notamment les dortoirs de roussettes de Livingstone ainsi que le founingo des Comores, appelé localement «Ninga». 

Le rôle vital du lac

Longtemps ignoré, le lac Bwani apparaît aujourd’hui comme un maillon essentiel dans la gestion durable des ressources naturelles de l’île. L’opération de ce dimanche est menée avec l’appui de plusieurs partenaires, dont le Critical ecosystem partnership fund (Cepf), le parc national du mont Tringui, l’Association de cogestion de la forêt de Hapemba (Acfh) et la direction de l’Environnement. 


La cheffe du projet de renforcement de la gestion des écosystèmes du bassin versant de Mutam et du lac Bwani, Chamssia Kamarddine, a rappelé les objectifs de cette action. «L’objectif du jour est de planter 200 plants offerts par notre partenaire, le parc national du mont Tringui. Le choix de ce lac repose sur des études qui montrent qu’il alimentait non seulement cette zone, mais aussi d’autres sources d’eau. Nous travaillons donc à restaurer cet écosystème afin que les générations futures puissent en bénéficier. Les résultats du précédent reboisement sont déjà visibles sur le terrain », a-t-elle souligné. 


Du côté des agriculteurs, fortement impliqués dans cette dynamique, Houmadi Majani, 70 ans, originaire de Koki, insiste sur le rôle vital de cette ressource. « Nous voulons que cette campagne continue. Ce lac est une source d’eau essentielle pour les communautés de Bazimini jusqu’à Mutsamudu. Depuis 2024, nous participons à des actions de sensibilisation et de reboisement », a-t-il affirmé, avant d’ajouter qu’ « autrefois, dans la zone, il y avait deux lacs ici. L’un s’est asséché. Nous avons aussi connu une époque où la forêt était strictement protégée. Aujourd’hui, il faut retrouver cet esprit pour préserver ce qui reste».


Du côté des participants, la mobilisation commence également à prendre forme. En tout 30 personnes ont pris part au reboisement. Nassurddine Housseni, opérateur économique de Mirontsi venu découvrir le site après avoir vu une publication en ligne, alerte sur l’urgence d’agir. « J’ai découvert un paysage impressionnant, mais aussi un lac menacé. Les plantes invasives sont déjà visibles et peuvent dégrader cette ressource. Il faut soutenir ces initiatives dès maintenant, sinon nous risquons de manquer d’eau, notamment en ville », a-t-il prévenu.