Depuis 2024, les premiers résultats commencent à apparaître, avec le retour progressif de la faune et de la flore.
À Wani, l’association «Gestion durable du parc des mangroves de Mbrombwe (Gdpmm)» mène des initiatives visant à restaurer la mangrove situé sur le long du littoral. Créée en 2024, l’association supervise actuellement neuf parcelles expérimentales réparties sur la côte. Jeudi, une cinquantaine de jeunes et d’enfants ont participé à une opération de plantation sur deux parcelles.
Le projet repose également sur l’implication de la communauté locale dans les campagnes de reboisement. Des étudiants et des doctorants participent, de leur côté, aux activités de recherche menées sur le site. L’association dispose, par ailleurs, de sa propre pépinière, qui abrite plus de dix espèces de mangroves et d’arbres côtiers.Pour développer ses activités, l’association a porté le projet «Résilience côtière de Ouani par l’ingénierie écologique et la participation communautaire (Rcoip)». Celui-ci a bénéficié du soutien du projet Recos, financé par l’Agence française de développement (Afd) et le Fonds français pour l’environnement mondial.
Une urgence écologique
Pour l’association, la restauration de la mangrove répond d’abord à une urgence écologique face à la dégradation progressive du littoral de Wani. Les premiers suivis scientifiques font toutefois apparaître des signes encourageants. «Ce que nous essayons de faire, c’est de redonner vie à cette grande zone du littoral de Wani. Ici, la mer a déjà avancé d’environ 40 mètres par rapport aux années 1990, par exemple. C’est une zone propice à la mangrove et, avec la création de notre association, nous avons changé notre méthode de plantation. Dans le parc, nous avons neuf espèces de mangroves. Grâce aux études que nous avons réalisées, nous constatons une évolution de l’écosystème dans et autour de la zone. Certaines espèces évoluent plus rapidement que d’autres, notamment l’Avicennia marina. Les premiers plants commencent à donner des fruits. Le choix des espèces dépend notamment des caractéristiques de chaque zone et de son exposition aux vagues », a expliqué la biologiste marine au sein de l’association Gdpmm, Nousroi Daoud Abdallah.
Selon elle, la restauration est menée selon une approche expérimentale. Chaque parcelle fait l’objet d’un suivi particulier. «Ce sont des sites qui fonctionnent comme un laboratoire. Nous avançons progressivement et choisissons les espèces à mettre dans chaque parcelle au fur et à mesure, selon leur évolution, l’exposition aux vagues et la nature du substrat. Nous faisons différentes expériences pour voir quelles espèces s’adaptent le mieux. C’est un travail qui demande plusieurs mois pour planter l’ensemble des espaces », a précisé la biologiste.
Des changements sont, à l’en croire, déjà observés dans certaines zones. «Depuis l’introduction des plants, nous avons notamment constaté une augmentation de la communauté de crabes et le retour de certaines espèces d’oiseaux. Ce sont des signes qui montrent que l’écosystème commence progressivement à retrouver sa dynamique. Parmi les solutions envisagées pour protéger le littoral, l’association expérimente également des systèmes d’épis Maltais Savard (Sems) destinés à retenir le sable et à limiter l’action des vagues», a-t-elle souligné.
Sensibiliser par le sport
Une pépinière est installée directement sur le site. L’association devait auparavant se fournir en plants à Mwali, notamment. «Avant, nous prenions beaucoup de plants de mangrove à Mwali. Aujourd’hui, nous produisons directement sur place, même s’il nous arrive encore de prendre certaines espèces sous forme de propagules, comme les Ceriops ou les Bruguiera. Dans la pépinière, nous avons également deux espèces d’arbres côtiers. Le site accueille, par ailleurs, des étudiants de l’Université de Patsi et des doctorants qui viennent y mener leurs recherches et leurs travaux de fin d’études», a indiqué Nousra Daoud Abdallah. La réussite du projet repose également sur l’implication de la communauté aux différentes campagnes. « Ce sont des jeunes qui sont déjà venus, souvent par connaissance, et la plupart viennent de la communauté. Beaucoup des membres de l’association sont des étudiants de l’Université. À chaque campagne, nous organisons aussi une sensibilisation pour mobiliser la communauté», a-t-elle fait savoir.
De son côté, le responsable administratif et financier de l’association, Dhahaleb Ali Charif, est revenu sur les raisons de cet engagement citoyen. «L’initiative vient d’une ambition collective de préserver le patrimoine historique de Wani. La zone fait partie de l’ancienne ville, avec un patrimoine riche. Il s’avère ici que les conditions de développement des mangroves sont réunies. Nous avons retrouvé des traces de plantations de mangroves qui n’avaient pas abouti avant la création de l’association», a-t-il mentionné, avant de rappeler que l’objectif est de restaurer l’écosystème, aux fins de lutter contre l’érosion. Parallèlement, à l’entendre, les mangroves vont attirer une biodiversité marine et même des tortues, parce qu’il y en avait avant.
Au-delà des opérations de reboisement, l’association organise également des activités de sensibilisation à travers le sport. Un tournoi de Beach soccer est organisé mercredi et jeudi, dans un terrain aménagé à côté du site. «Dans le cadre de nos activités, nous avons organisé un tournoi de soccer-beach avec six équipes de la ville. L’objectif est de sensibiliser les jeunes sur l’érosion. Ce tournoi, organisé sur deux jours, a été accompagné de trophées, de médailles et de casquettes comme récompenses. Les objectifs de ces activités ont été atteints. Nous sommes satisfaits, aussi bien de la campagne de reboisement que du tournoi», s’est félicité Dhahaleb Ali Charif.


