Publié en 2025 avec l’appui de partenaires internationaux, ce recensement offre, selon les experts, «une photographie précise du monde rural et constitue un outil clé pour renforcer la planification agricole et répondre aux enjeux de la sécurité alimentaire».
Le ministère de l’Agriculture, en collaboration avec l’Institut national des statistiques et des études économiques et démographiques (Inseed), a bouclé les travaux du deuxième recensement général de l’agriculture. Objectif : rendre disponibles «des données statistiques fiables, actualisées et désagrégées, permettant d’analyser les dynamiques du secteur agricole et d’orienter les décisions stratégiques». L’événement s’est déroulé ce jeudi 2 avril au Retaj en présence du chef de l’Etat, Azali Assoumani, des membres du gouvernement, des experts nationaux et internationaux.
À travers ce recensement, les Comores disposent désormais «d’une base solide pour bâtir une agriculture plus performante, inclusive et tournée vers l’avenir».Comparé au précédent recensement de 2004, qui avait recensé 55 859 exploitations, «cette progression de 32,4 % témoigne du dynamisme du secteur», selon les experts.
Toutefois, estiment-ils, l’agriculture comorienne demeure largement dominée par les exploitations familiales, dont 77 % orientées vers l’autoconsommation, contre seulement 23 % destinées à la commercialisation. L’étude met également en lumière le rôle central de l’agriculture dans la structuration des ménages. La taille moyenne des ménages agricoles est estimée à six personnes, avec des disparités entre les îles : 6,1 personnes à Ngazidja, 5,9 à Mwali et 5,6 à Ndzuani. Ces données illustrent l’importance du cadre familial dans l’organisation du travail agricole et la transmission des savoirs.
L’emploi des jeunes et l’autonomisation des femmes
Le recensement dénombre 138 723 actifs agricoles, composés de 55 % d’hommes et 45 % de femmes. La majorité de cette main-d’œuvre est constituée d’adultes âgés de 36 à 64 ans (54 %), suivis des jeunes de 16 à 35 ans (35 %). Les personnes âgées de 65 ans et plus représentent 9 %. Dans son discours, le président de la République a souligné «l’importance stratégique de ce recensement», qualifié d’«axe stratégique majeur dont découlent des connaissances indispensables pour construire une agriculture moderne, compétitive, inclusive et durable».
Il s’est également félicité de la réalisation de cette opération, plus de deux décennies après le premier recensement : «Je me réjouis avec plaisir de cet accomplissement, après celui réalisé en 2004, soit 22 années d’attente. Cet écart est significatif ». Insistant sur le rôle central des données, le président a rappelé que «sans données fiables, il ne peut y avoir de planification efficace», ajoutant que «décider sans données, c’est avancer à l’aveugle.
Décider avec des données, c’est bâtir avec clairvoyance». Selon lui, le Rga constitue un outil fondamental pour mieux comprendre les réalités du terrain : «Il nous permet de mieux connaître notre agriculture dans toute sa diversité : qui produit quoi, où et comment», a-t-il précisé. Le chef de l’État a, par ailleurs, souligné que ces données renforceront la capacité du pays à mobiliser des financements et à attirer les investissements, en offrant «des arguments solides pour mobiliser davantage de ressources auprès de nos partenaires» et en réduisant «l’incertitude pour les opérateurs économiques».
Azali Assoumani a également insisté sur le rôle du recensement dans la promotion de l’entrepreneuriat agricole : «Le Rga joue un rôle déterminant dans l’orientation des jeunes et des femmes vers l’entrepreneuriat agricole», contribuant ainsi à faire de ce secteur «un levier d’insertion économique pour les jeunes et un moteur d’autonomisation pour les femme». Il a également évoqué l’importance des données «pour améliorer la nutrition et promouvoir une alimentation plus équilibrée, ainsi que pour orienter les investissements dans les infrastructures rurales et réduire les inégalités territoriales».
Intervenant également à cette occasion, le ministre de l’Agriculture, Daniel Ali Bandar, a salué la rapidité de l’opération de ce recensement, tout en remerciant la Direction nationale des stratégies agricoles et de l’élevage (Dnsae), la Banque mondiale et l’Inseed pour leur engagement et leur accompagnement. Il a insisté sur l’importance de l’entrepreneuriat des jeunes et appelé à renforcer des initiatives comme le projet «Forces-Jeunes», destiné à accompagner la jeunesse vers la création d’activités agricoles.



