Dix mois après le lancement des travaux sur la RN4-RN3, le tronçon Bahani–Itsinkudi connaît une avancée notable. Mais si les usagers saluent une amélioration, des difficultés persistantes liées à l’impraticabilité et à la sécurité du chantier émergent.
Dix mois après la signature du contrat entre la société Wietc et le gouvernement comorien, la réhabilitation des routes nationales RN4 et RN3, sur le tronçon Bahani–Itsinkudi, entre dans une phase visible. Depuis le 2 mars 2026, date marquant le début de l’enrobage, les travaux progressent du point kilométrique zéro à Bahani vers Chezani, traversant l’île de Ngazidja du Centre-Ouest à l’Est. Sur le terrain, un sentiment de soulagement se fait ressentir chez les usagers.
Chauffeurs, commerçants et entrepreneurs évoquent une véritable bouffée d’oxygène après des années de difficultés sur une route longtemps jugée impraticable. Cependant, cette nette satisfaction ne fait pas oublier les aléas d’un long trajet en chantier. À Hambuu ya Washili, la commerçante Ramlat Ibrahim reconnaît que le trajet entre Moroni et le camp militaire d’Itsundzu est désormais impeccable, elle regrette cependant l’état actuel du tronçon Itsinkudi–Hambou.
«La circulation des véhicules est très difficile dans cette partie», déplore-t-elle. Selon elle, certains conducteurs sont contraints de passer par Kwambani, rallongeant considérablement leurs trajets. Elle appelle ainsi au «remblayage des zones les plus critiques, notamment entre Itsundzu et Gte».
La sécurité des usagers
Même son de cloche chez les transporteurs. Hachim Charif, chauffeur sur l’axe Moroni–Itsinkudi, regrette la dégradation d’une portion auparavant praticable entre Gte et Itsinkudi. Il explique être désormais «contraint de faire un détour via Shomoni, avec une hausse de la consommation de carburant». Il évoque également «les risques pour les piétons» et appelle ses collègues à la prudence. Du côté des entrepreneurs, Loutfi Moindjié, originaire de Mbeni, salue «une amélioration globale», tout en pointant «des contraintes persistantes».
Il évoque notamment «l’allongement des trajets» et dénonce à la fois «l’excès de vitesse de certains conducteurs et la lenteur du chantier», qu’il juge «insuffisamment doté en main-d’œuvre». Face à ces préoccupations, les responsables du projet se veulent rassurants. Jean Baptiste Mpingane, chef de mission du groupement Geci-Expert Conseil, indique que «1,9 km d’enrobé ont déjà été réalisés à partir de Bahani, soit 35 % d’avancement depuis mai 2025». «Les travaux de base et d’assainissement se poursuivent en parallèle, avec une livraison prévue fin mai 2026», assure-t-il.
Il reconnaît toutefois les contraintes, notamment «les conditions météorologiques, marquées par trois semaines de pluies intenses ayant ralenti le chantier». Des outils de suivi, incluant des données météorologiques et des pluviomètres, sont selon lui donc utilisés pour mieux anticiper ces aléas. Le directeur du projet, Qiumeng, admet également la forte dégradation de l’axe Kwambani–Itsinkudi–Shezani. Il annonce que «des engins ont été déployés depuis le 31 mars pour procéder au nivellement des zones les plus touchées».
Enfin, la question de la sécurité reste centrale. Les responsables du chantier s’inquiètent du comportement de certains conducteurs, notamment face aux risques encourus par les ouvriers, en particulier les agents de régulation nocturne. Des actions de sensibilisation sont menées, avec l’appui de la police nationale, mobilisée pour prévenir tout accident.
À ce jour, aucun incident n’est cependant à déplorer. Un résultat que les responsables entendent préserver jusqu’à la livraison du chantier, à condition que les usagers, notamment les chauffeurs de bus et de taxi, adoptent une conduite plus responsable.



