Ingénieux mais risqués, les nouveaux métiers de sous-traitance informelle des tâches ménagères exposent les travailleurs à des blessures immédiates et à d’autres conséquences médicales insoupçonnées.

 

Au fil des années, la sous-traitance informelle de tâches ménagères autrefois réalisées à domicile s’est profondément installée dans le quotidien des Comoriens. Piler les feuilles de manioc, éplucher les gousses d’ail ou encore râper les noix de coco sont devenus de véritables petits métiers, exercés principalement dans les marchés.Au marché de Volo-volo, à Moroni, Youssouf Mmadi passe ses journées à râper des noix de coco à la machine pour ses clients. Un travail qui, selon lui, peut s’avérer dangereux lorsqu’on ne maîtrise pas encore la machine. «Au début, mes doigts ont beaucoup souffert. Je me blessais souvent, mais j’étais obstiné et j’ai vite assimilé», confie-t-il. 


Aujourd’hui, Youssouf peut traiter jusqu’à 50 noix de coco par jour, sans prendre de pause. Il affirme ne pas ressentir de problèmes de santé particuliers. «Je ne dis pas que c’est facile, mais quand on maîtrise, c’est beaucoup plus simple. Il faut énormément de concentration. Je ne peux pas parler en même temps que je travaille», explique-t-il, ajoutant que certains utilisateurs finissent par «apprivoiser» la machine, pour peu les noix de coco ne se montrent pas particulièrement dures.De son côté, Maman Hachim, également râpeuse au marché, reconnaît s’être habituée au travail, mais souligne sa difficulté et les dangers qu’il comporte. «C’est un travail très dur qui demande beaucoup de précision. Avant-hier, je me suis râpé un doigt. Mon premier réflexe a été de mettre du gingembre pour éviter les marques», raconte-t-elle. 


Elle affirme connaître «au moins deux personnes ayant perdu des doigts à cause de cette machine» et qui ont même été «évacués à l’étranger» pour des soins. Mais malgré les risques, elle peut râper jusqu’à 60 noix de coco par jour, voire davantage. «Je n’ai pas le choix. C’est ce travail qui me permet de gagner ma vie, entre 50 et 100 francs par client. C’est fatigant, rester debout pendant des heures, alors j’essaie de bouger un peu aussi, quand je peux», explique-t-elle.Maman Hachim dit avoir travaillé un temps dans un restaurant de la place, avant d’arrêter «après une baisse de salaire, malgré les risques encourus ». Aujourd’hui, elle travaille pour son propre compte. «Il n’y a pas de client type. Des familles, des gens qui préparent des mariages, tout le monde vient râper ses cocos ici. En une journée, je peux gagner jusqu’à 5 000 francs ou plus, surtout en ajoutant la vente de madaba [feuilles de maniocs, dont la préparation se fait avec du lait de coco]», précise-t-elle.

Des conséquences médicales à long terme

Sur le plan médical, les risques sont bien réels. Le docteur Salim Issa Abdillah, orthopédiste, alerte sur les effets des machines manuelles sur le corps. «Chaque machine manuelle entraîne des répercussions sur les articulations, les os et les muscles. Les vibrations répétées provoquent des microtraumatismes, notamment au niveau de l’épaule, pouvant conduire à l’arthrose ou à des douleurs appelées scapulalgies», explique-t-il.
Selon le spécialiste, la capsule articulaire est mise à rude épreuve, entraînant raideurs et douleurs chroniques. Au niveau du poignet, les vibrations peuvent comprimer le nerf médian, causant engourdissements et fourmillements des doigts. «La pathologie la plus fréquente est le syndrome du canal carpien», précise-t-il.


Les muscles ne sont pas épargnés. Le surmenage musculaire répété peut évoluer vers des myalgies chroniques, une fatigue persistante et douloureuse. Pour prévenir ces troubles, le médecin recommande de diminuer les machines afin de limiter la participation directe et excessive des mains. «À long terme, lorsque le corps vieillit et se fatigue, ce sont surtout les muscles, les nerfs et les épaules qui en paient le prix», conclut-il.