Le jeudi 8 janvier dernier, les autorités sanitaires de Mayotte ont confirmé l’identification du premier cas de Mpox  (également appelée variole du singe) sur l’île. Le patient serait un passager en provenance de Madagascar, où la situation sanitaire devient de plus en plus préoccupante. Selon Le Quotidien de La Réunion, les autorités malgaches font état de 23 cas confirmés et de 156 cas suspects.


Dans ce contexte régional tendu, le ministère comorien de la Santé a annoncé un renforcement des contrôles sanitaires aux frontières, notamment aux port et à l’aéroport international. Des agents de santé y sont désormais déployés afin d’évaluer l’état de santé des passagers. Les voyageurs en provenance des pays touchés par l’épidémie sont également tenus de présenter un certificat de non-contagion, dans le but de prévenir toute propagation du virus sur le territoire national.


Cette décision ne fait toutefois pas l’unanimité. De nombreux citoyens estiment que ces mesures restent insuffisantes face au risque sanitaire. Pour eux, la fermeture des frontières serait la seule option réellement efficace. Sur Facebook, Toufé Maecha, un journaliste, rappelle un précédent marquant : «Lorsque nous étions frappés par le choléra, les autorités malgaches n’ont pas hésité à fermer leurs frontières. Aujourd’hui, alors que la variole du singe sévit chez nos voisins, nous ne pouvons pas rester indifférents.

» Il plaide pour une réduction drastique du trafic maritime entre les deux pays : « Nous devons limiter le transport maritime, quitte à réduire le trafic de 90 %. Ce serait une mesure de réciprocité tout à fait légitime, d’autant plus qu’elle est justifiée par le contexte sanitaire actuel et le manque de moyens de Moroni pour gérer d’importants flux de passagers.»

« Rester vigilants »

Le docteur Zoubert Boinaidi, pédiatre, partage cet avis. Pour lui, la fermeture des frontières avec Madagascar s’impose par mesure de précaution. «Pour la sécurité de tous, on devrait fermer les frontières comme ils l’ont fait lors de l’épidémie de choléra», affirme-t-il. Il soulève également des inquiétudes quant à l’efficacité des contrôles actuels. «Qui garantit l’authenticité des certificats présentés à l’arrivée ? En outre, le Mpox, comme la Covid-19, a une période d’incubation pouvant aller de 5 à 21 jours. Une personne peut être infectée sans symptômes, voyager avec un certificat valide et développer la maladie plusieurs jours plus tard, et exposer ainsi son entourage», pense le médecin.


À l’inverse, le spécialiste en promotion de la santé, Ameldine Dachirou, estime que le renforcement de la surveillance constitue, à ce stade, une réponse plus appropriée qu’une fermeture des frontières. « La fermeture des frontières est une mesure extrême qui doit reposer sur une évaluation précise du risque épidémiologique», explique-t-il. Selon lui, le Mpox se transmet essentiellement par contact étroit avec une personne infectée, ce qui «rend plus efficaces des mesures ciblées telles que le dépistage, la surveillance, l’isolement rapide des cas et la sensibilisation de la population». «Il n’y a pas lieu de paniquer.

 La population doit rester vigilante et suivre les recommandations des autorités sanitaires », insiste-t-il. Le spécialiste rappelle enfin que «la fermeture des frontières peut parfois créer un faux sentiment de sécurité, tout en retardant la détection de cas à l’intérieur du pays ». «La priorité doit rester la vigilance, la préparation du système de santé et la responsabilisation collective. Avec des mesures adaptées, le risque peut être maîtrisé», assure ce dernier.