En mission de supervision aux Comores, la Banque africaine de développement a constaté l’évolution des travaux sur les RN3 et RN4. Malgré quelques contraintes techniques, elle juge les réalisations globalement satisfaisantes.

 

Une mission de la Banque africaine de développement (Bad) séjourne actuellement aux Comores pour une période d’environ quinze jours afin de superviser les projets qu’elle finance dans le pays, notamment les infrastructures routières et le corridor maritime. Arrivée le 16 juin dernier, la délégation a effectué, mercredi 17 juin, une visite de terrain sur les chantiers de réhabilitation des tronçons Bahani–-Gte-Itsinkoudi (RN4) et Itsinkudi–Shezani–Ipvwani (RN3).
La délégation était composée notamment du secrétaire général du ministère des Transports terrestres, Mohamed Madjid, du directeur des Routes et des Transports routiers, Kaldas Boinali, du chef du projet de l’entreprise Wietc (Weihai International Economic & Technical Cooperative Co. Ltd), Qiumeng, ainsi que du chef de mission du bureau de contrôle Geci-Expert Conseil, Jean-Baptiste Mpingane. Les autorités de la région du Washili ont également pris part à cette visite.


La mission a débuté à Bahani, au point kilométrique zéro, où les responsables ont inspecté les travaux d’assainissement réalisés sur le chantier. La délégation s’est ensuite rendue sur plusieurs sites connexes, notamment les ouvrages d’évacuation des eaux, le futur marché situé au PK 1+200, la base-vie du chantier, la carrière de concassage et les zones de stockage des agrégats.

Un taux d’exécution financière de 40,67 %

Après plusieurs arrêts le long des 37 kilomètres concernés par le projet, les membres de la mission ont pu évaluer l’état d’avancement des travaux, identifier les contraintes rencontrées et échanger avec les populations riveraines. La visite s’est achevée à Ipvwani avant un retour au siège du chantier pour une séance de travail consacrée à l’évaluation du projet.


À cette occasion, le chef de mission du bureau de contrôle, Jean-Baptiste Mpingane, a présenté un état des lieux du chantier couvrant la période du 1er mai 2025 au 17 juin 2026. Selon lui, le taux d’exécution financière atteint 40,67 % pour la mission de contrôle et 21,46 % pour l’entreprise chargée des travaux.
S’agissant de l’avancement physique, il a indiqué que 44,75 % des différentes couches de chaussée ont été réalisées entre les PK 0+040 et 24+060, alors que 56,25 % du délai contractuel est déjà consommé. 


Il a également mis en avant les retombées positives du projet sur les temps de déplacement et les coûts de transport entre Bahani et Gte.
Le responsable a par ailleurs souligné l’importance de la main-d’œuvre mobilisée sur le chantier, composée de 208 employés, dont 115 travailleurs locaux (55,29 %) et 93 expatriés (44,71 %). Il a annoncé que les travaux de la section Gte–Shezani se poursuivront progressivement à partir d’Ipvwani en direction de Shezani, Itsinkoudi puis Gte.


Les échanges ont également porté sur les difficultés rencontrées, notamment la rupture de stock de bitume ainsi que la présence des réseaux d’eau et d’électricité qui ralentissent certaines opérations. Selon les responsables du ministère et de l’entreprise Wietc, une partie importante du bitume attendu devrait être disponible dans un délai de 45 à 50 jours. Quant aux réseaux concernés, des discussions sont en cours entre les ministères des Transports et de l’Énergie afin d’accélérer leur déplacement.


À l’issue de la rencontre, le chef de mission de la Bad et ingénieur principal des transports, Ibrahim Boubacar, a formulé plusieurs recommandations avant de saluer les «réalisations satisfaisantes» enregistrées sur le chantier. Il a également remercié l’entreprise Wietc et le bureau de contrôle pour les efforts accomplis jusqu’à présent.La mission de la Bad poursuivra ses visites de terrain dans les prochains jours à Mwali, sur l’axe Walla–NyumaShiwa, puis à Ndzuani, entre Domoni et Mremani. Parallèlement, des discussions seront engagées avec le gouvernement comorien sur de futurs projets routiers susceptibles d’être financés par l’institution.

 

Les usagers des Rn 3 et 4 entre soulagement et attentes

Si les travaux de réhabilitation des Rn3 et Rn4 sont encore en cours, leurs premiers effets se font déjà sentir auprès des populations riveraines et des transporteurs. Sur l’axe Mbeni–Ipvwani, Aladine Mhadjou, natif de Hantsindzi et transporteur, évoque un changement important dans les conditions de déplacement. «C’est un grand soulagement. Les travaux déjà effectués nous facilitent la vie, même avant la pose du bitume. Peu importe la durée du chantier, l’essentiel est que les choses avancent. Le temps de trajet est déjà réduit», témoigne-t-il.


À Ipvwani, Mohamed Abdou, commerçant et élève en classe de terminale, observe également une amélioration dans le quotidien des habitants. «Avant, nous étions obligés de charger quelqu’un de faire nos achats. Maintenant, nous pouvons nous déplacer nous-mêmes et les frais de transport des colis ont un peu baissé, passant par exemple de 250 à 150 francs comoriens», explique-t-il. Pour lui, cette évolution représente un soulagement après «près de treize ans sans route » et permet désormais de «privilégier l’itinéraire par Mbeni pour rejoindre Moroni plutôt que celui de Mitsamihuli».


Mais certains désagréments persistent. Isshak, connu sous le surnom de Siguiba, transporteur sur l’axe Mbwankuu–Mitsamihuli, reconnaît les avancées du chantier tout en alertant sur les difficultés liées à la poussière. «Je sollicite un arrosage plus régulier, au moins chaque troisième jour», suggère-t-il. La mission de contrôle du chantier explique cependant cette situation par des «contraintes logistiques liées au ravitaillement en eau des citernes d’arrosage, avec parfois plusieurs heures d’attente au niveau des points de remplissage de Hadjambu et Vuvuni».


Au-delà des difficultés temporaires, les habitants des localités traversées voient dans cette réhabilitation une opportunité de développement. Pour Aladine Mhadjou, originaire de Wellah ya Hamahame, l’amélioration de la liaison entre Bahani et Mbeni ya Hamahame constitue «un pas important pour désenclaver les régions concernées et favoriser les échanges économiques».