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Réhabilitation du réseau de Ma-mwe : Des impayés, opacité et conflits d’intérêts

Réhabilitation du réseau de Ma-mwe : Des impayés, opacité et conflits d’intérêts

Société | -   Nazir Nazi

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Trois mois après la réception officielle des équipements électriques financés à hauteur de quatre milliards de francs comoriens par le Fonds Abu Dhabi, plus précisément à la fin du mois d’août dernier, ce projet semble traverser des crises financières et surtout dans l’opacité. La gestion de projet, qui vise à la réhabilitation du réseau de Ma-mwe et Eda en attendant parallèlement l’arrivée de six groupes d’ici à 2019, est actuellement pointée du doigt par des agents à cause des salaires impayés des impayés de fournitures et d’autres consommables. Une situation financière qui parait illogique aux yeux des agents vu l’enveloppe de ce projet Adfd aux Comores.

 

Des agents sortent de la réserve. Ils réclament le paiement des arriérés de salaires. Devant le siège du projet à Maluzini, des agents manifestent. Djamal Ahmed Soidik, agent de parc, contractuel depuis janvier dans le cadre des travaux dudit projet, parle d’irrégularités de factures d’allocation de voitures et des salaires des agents, tout en précisant les différentes catégories d’agents dans ce même projet. «Par rapport à la date des signatures de nos contrats, certains agents comptent aujourd’hui deux à trois mois d’arriérés de salaires et d’autres jusqu’à plus de six mois. Malgré cela, nous commençons à perdre espoir de voir l’effectivité de nos salaires», s’indigne ce contractuel. Ces revendications ont été lancées depuis deux semaines à l’interne après que les agents ont entendu une rumeur selon laquelle la société «Almustadjed compagnie» a effectué une transaction financière les mois derniers à hauteur de trente-deux millions de francs comoriens au profit de la société Entreprise générale de bâtiment et travaux publics (Egbtp). «Nous avons cessé de travailler. Pourquoi ne sommes-nous pas payés jusqu’à maintenant, y a-t-il de détournement de fonds», s’interrogent-ils à côté du bureau du coordinateur, avant de lancer que la société comorienne de l’eau et de l’électricité (Ma-mwe) et Eda, principaux bénéficiaires dudit projet, contribuent financièrement. Ce qui est une partie de l’iceberg car Al-watwan menait déjà une enquête après avoir découvert que la maison où siège le projet aurait comme propriétaire l’actuel directeur général de Ma-mwe.


Dans un courrier en date du 16 novembre 2018, adressé à un ministère, dont Al-watwan détient une copie, le coordonnateur du projet, Ahmed Youssouf Mohamed, demande l’intervention à Ma-mwe et à l’Eda. Dans un premier temps, il est demandé, suite à un mémorandum d’entente, signé le 12 avril, à Ma-mwe et à Eda de verser, à chaque mois, respectivement les sommes de 2,6 millions de francs et de 1,4 million de francs à l’unité de gestion du projet provisoirement en attendant l’approbation d’un fonds permanent. «Il nous a été parvenu seulement 20% du montant demandé au bout d’un an. Par conséquent, nous nous cumulons actuellement plusieurs arriérés qui demeurent impayés jusqu’à présent (salaires, fournitures, consommable…)», peut-on lire dans le courrier. Du coup, les principaux bénéficiaires devaient verser respectivement près de seize millions et huit millions de francs comoriens, soit 33% et 67% de la somme couvrant les dépenses du premier semestre.

Contribution des bénéficiaires

Interrogé à ce sujet, le directeur général de Ma-mwe, Abdou Saïd Mdahoma, explique que sa société est certes un principal bénéficiaire, mais cette contribution est une réponse palliative en attendant le transfert des fonds. A l’entendre, le producteur et distributeur public de l’électricité n’est pas forcément capable d’épauler à 100% le budget de fonctionnement de l’unité de gestion. «Nous contribuons par rapport à nos moyens. Le problème du budget n’est pas sur la gestion de l’unité, loin de là», rassure Abdou Saïd Mdahoma sur la question du montant de participation par mois qui permettra d’assurer provisoirement le fonctionnement de l’unité de gestion du projet. Par ailleurs, seul le loyer du bureau de la coordination du projet Adfd, qui se situe à Maluzini, est presque à jour. Il s’agit d’un contrat de bail pour une durée de deux ans et d’un million de francs par mois. Des rumeurs faisaient boule de neige à ce sujet. «Le directeur général de  Ma-mwe est le propriétaire de cette maison où siège la coordination du projet de réhabilitation du réseau de Ma-mwe», confie une source concordante. Ce qui laisse dire que le choix du siège dudit bureau s’est fait sans appel d’offres.


Pourtant, il s’agit d’un contrat d’un million de francs par mois pour une durée de deux ans. Après qu’Al-watwan ait tenté deux fois de l’interroger dans ce cadre les semaines passées, le directeur de la société d’Etat a refusé de s’exprimer. Ironie du sort, il a été révélé que la société Ma-mwe paie la location de cette maison. C’est à partir de là qu’il accepte de répondre à nos questions. Après avoir affirmé que juste le loyer du mois d’octobre n’est pas encore payé, le patron de  Ma-mwe donne finalement sa version. «Je ne suis pas le propriétaire de cette maison et je ne peux pas citer son nom. D’ailleurs, je connais le propriétaire. Il est un membre de ma famille. Les responsables du projet étaient sur place et ont apprécié ladite maison. Ils voulaient rapidement lancer les travaux», se justifie-t-il.

Toujours sans appel d’offres

Une journée après, Al-watwan découvre un courrier du coordonnateur demandant l’installation d’Adsl dans cette maison à Maluzini. Dans cette lettre, dont Al-watwan s’est également procuré une copie, il a été précisé que le numéro fixe utilisé, avant le projet, était le numéro 773 21 62, dont le nom du client est Abdou Saïd Mdahoma (directeur général de Ma-mwe). Interrogé au téléphone pour ces nouvelles informations, le directeur de la Ma-mwe ajoute «je ne suis pas le propriétaire. Le propriétaire est une cousine directe à moi», confirme Abdou Saïd Mdahoma. Dans un état récapitulant les transactions financières entre ces deux sociétés, dont Al-watwan détient une copie, il y a lieu de constater que, du mois d’août au mois de novembre, la somme transférée est de 68.400 euros, soit 33 774 156 francs. Et c’est un document signé par le directeur général de la société «Egbtp», Ahmed Youssouf Mohamed, qui est à la fois le coordonnateur du même projet Adfd. Dans ce même document, les grandes opérations mentionnées sont les suivantes «plus de onze millions ont été destinés au lancement du chantier ; un peu plus de douze millions de francs pour les salaires du mois d’août, du carburant, de pièces de véhicules, de matériels d’hygiènes, de communication ; près de neuf millions de francs pour le paiement des arriérés de certaines fournitures». Une somme d’argent confirmée par le représentant de la société Almustadjed company, connu sous le nom d’Irchad, qui ne reconnait pas, cependant, la responsabilité sur ces arriérés de salaires. «Nous effectuons un virement si une telle partie du travail est terminée. C’est ce que dit le contrat avec cette société», clarifie-t-il.


Cependant, dans un tableau, dont Al-watwan possède une copie, signé par le coordonnateur du projet, récapitulant les dépenses engagées depuis la mise en vigueur du projet Abu Dhabi, force est de constater que les dépenses s’élèvent à hauteur de 24 421 600 francs. Il s’agit précisément des dépenses engagées du mois de janvier au mois de juin pour l’unité de gestion, la communication, la location véhicule, l’achat de carburant, voyage technique, fournitures, entretien et accessoires. De janvier à avril, les dépenses s’élèvent à 14 494 200 francs, et du mois de mai au mois de juin, elles sont de 9 927 400 francs. Ce qui laisse dire que les salaires de l’unité technique du projet sont assurés par Almustadjed company qui sous traite avec la société locale «Egbtp», à hauteur de 111 506 713 francs, soit 225 165 euros, selon le contrat signé entre les deux sociétés. Interrogé par Al-watwan, Ahmed Youssouf Mohamed, coordonnateur du projet Adfd et directeur de la société locale «Egbtp», a fait savoir que cette société a été créée par trois personnes, dont lui. «Je me trouvais sur place et j’ai représenté la société», avance-t-il. A l’en croire, le temps ne permettait pas de procéder à un appel d’offres car Almustadjed company se trouvait à Moroni pour lancer les travaux. Quand ça presse, tout acquiesce malgré les textes en vigueur.



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