La multiplication des conflits familiaux via messages vocaux a poussé les autorités locales y compris les chefs traditionnels, à instaurer des sanctions sévères, qui incluent le bannissement social, afin de préserver la cohésion communautaire.

 

Face à la montée des tensions familiales alimentées par les réseaux sociaux, la ville de Mkazi a décidé de serrer la vis. Depuis plusieurs mois, des disputes, parfois anciennes, ressurgissent sous forme de messages vocaux partagés massivement, qui provoquent des ruptures au sein des familles et élargissent les conflits à l’ensemble de la communauté.

 Une situation jugée préoccupante par les autorités locales, qui ont annoncé l’instauration de mesures strictes pour endiguer ce phénomène de société. Face à cette escalade, les autorités locales ont pris des décisions radicales. Lors d’une annonce faite à la grande mosquée un vendredi, il a été acté que toute personne originaire de Mkazi qui insulterait autrui via les réseaux sociaux serait bannie pendant cinq ans. Cette sanction s’applique sans distinction de sexe et entraîne une exclusion totale de la vie sociale : interdiction de participer aux mariages, aux funérailles et aux autres événements communautaires. Plus encore, des mesures symboliques et dissuasives sont prévues.

Le contrevenant pourra être sanctionné, via le Goungou caractérisé par un défilé accompagné de chants et de danses, visant à humilier publiquement le contrevenant. Ce dernier peut être amené à porter  des habits en loques et des marques spécifiques sur son corps et des objets dégradants symbolisant son égarement par rapport aux normes sociales. «Aucune compensation financière ne pourra annuler ces sanctions», insiste Isihaka Mze, qui précise que «la décision a été annoncée au début du mois d’avril et rappelée à plusieurs reprises lors des prières». Même en cas de décès, les sanctions restent en vigueur. Les habitants chargés de préparer les tombes sont appelés à «ne pas intervenir pour les personnes bannies». Concernant les membres de la diaspora, notamment ceux résidant en France, des dispositions spécifiques ont également été prévues. 

Préserver la cohésion sociale et limiter les dérives

En cas de récidive, la personne concernée sera bannie pendant trois ans.
À son retour à Mkazi, elle devra s’acquitter d’une amende de 2 000 euros pour réintégrer les activités communautaires. Il faut savoir qu’au cœur de l’organisation sociale de Mkazi, six grandes lignées familiales structurent la vie communautaire : Inyarume, Sharifu, Mahatub, Mwalimu, Mlimantsini et Barakani. «Ces lignées forment la ville de Mkazi et sont également présentes en France», explique Zalfata Sandi, responsable d’un groupe féminin.

Chaque lignée dispose de représentants, hommes et femmes, chargés de prendre part aux décisions collectives. Selon Zalfata Sandi, les conflits trouvent souvent leur origine dans des litiges fonciers, des tensions entre belles-familles ou encore des rivalités liées aux mariages polygamiques. «Lorsque des différends surviennent, les chefs des six lignées se réunissent pour trouver une solution. Si une personne dépasse les limites, elle peut être bannie par son groupe, qu’il s’agisse des hommes ou des femmes», précise-t-elle. Mais ces mécanismes traditionnels semblent aujourd’hui mis à rude épreuve par l’usage des réseaux sociaux. 


Le chef de la ville, Isihaka Mze, évoque une recrudescence des conflits liée à la diffusion de messages vocaux insultants. «Nous avons enregistré plusieurs ruptures familiales après la circulation de vocaux dans lesquels une femme insultait la mère de son ex-mari. D’autres personnes se sont impliquées, et ont amplifié le conflit », déplore-t-il. À travers ces décisions, Mkazi entend donc préserver la cohésion sociale et limiter les dérives liées aux usages numériques. Reste à savoir si ces mesures, aussi strictes soient-elles, permettront d’apaiser durablement les tensions.