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Réunions Politiques I Quand l’interdiction de se rassembler s’étend aux foyers

Réunions Politiques I Quand l’interdiction de se rassembler s’étend aux foyers

Société | -   Abdillahi Housni

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À Fomboni, une décision préfectorale interdisant les réunions politiques même dans les domiciles privés provoque une vive controverse, ravive le débat sur les libertés publiques et accentue la crispation politique.

 

Une note préfectorale datée du 2 janvier 2026, interdisant la tenue de réunions politiques même dans les domiciles privés à Fomboni, provoque une vive polémique sur l’île de Mwali. Acteurs politiques, citoyens et observateurs dénoncent une mesure attentatoire aux libertés fondamentales.Jusqu’ici, les restrictions administratives concernaient principalement les manifestations et rassemblements publics, souvent difficiles à autoriser lorsqu’ils s’inscrivaient dans une dynamique contestataire. Mais le préfet du centre de Mwali, Kamardine Mohamed, a franchi un nouveau cap en étendant cette interdiction à la sphère privée.Dans sa « décision portant assignation pour trouble des sécurités et paix publiques (sic)», adressée à plusieurs responsables politiques de l’île avec ampliation à la justice, à la gendarmerie et à la police nationale, l’autorité préfectorale écrit sans ambiguïté : «Aucune réunion restreinte politique ne peut se tenir dans les domiciles de notre zone de délimitation territoriale.»


Depuis la diffusion de ce document, les réactions se multiplient. Bien que le préfet, interrogé à ce sujet par nos soins, ait refusé de fournir davantage d’explications sur les motivations de sa décision, l’opposition politique se dit directement visée. Dans une vidéo largement relayée, Dr Abdou Djabir et Mouhibaca Baco, du parti Swauti ya Mwali, dénoncent une atteinte grave aux libertés individuelles.«Une telle interdiction appliquée jusque dans les maisons suscite de vives inquiétudes au sein de la population mohélienne déjà confrontée à un climat social tendu», alerte l’un d’eux, qui affirme avoir personnellement reçu la fameuse notification lui interdisant toute réunion politique à son domicile.Vendredi dernier, à la place de Mferedjini, l’ancien maire de Fomboni, El-Amine Ali Mbaraka, s’est aussi montré particulièrement critique vis-à-vis de la décision du préfet. «Le préfet n’a aucune compétence pour interdire des discussions politiques dans les domiciles privés. Si l’opposition est déjà privée de l’espace public, l’empêcher de se réunir dans ses propres maisons est extrêmement grave», a-t-il déclaré.


Même tonalité chez Mohamed Bacar, cadre du parti Mbwagoma, qui parle d’« immaturité administrative » et s’interroge sur les limites du pouvoir préfectoral. «Peut-on, au nom de l’ordre public, s’immiscer dans les espaces privés en l’absence de troubles constatés ? Une interdiction aussi générale risque de fragiliser davantage la confiance entre l’administration et les citoyens», questionne-t-il.À l’inverse, Mouhayminou Abdallah, ancien maire de Fomboni défend la décision préfectorale. «Le préfet a agi de manière responsable et qualifiée. L’essentiel reste la stabilité de notre île», estime-t-il.

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