Le gouvernement comorien a lancé, jeudi 23 avril, le processus d’élaboration des Schémas d’aménagement du territoire (Sat) de Ngazidja et Ndzuani. Porté par le projet Ulanga Mali avec l’appui de l’Afd et de l’Union européenne, ce chantier vise à structurer un développement territorial équilibré et durable face aux défis économiques et environnementaux.
Une cérémonie officielle marquant le lancement officiel des activités d’élaboration des Schémas d’aménagement du territoire (Sat) des îles de Ngazidja et Ndzuani s’est tenue jeudi 23 avril à l’hôtel Retaj, en présence de plusieurs personnalités de haut niveau, dont les gouverneurs des îles, des membres du gouvernement, ainsi que des partenaires techniques et financiers.
Ce chantier stratégique s’inscrit dans le cadre du projet «Ulanga Mali», un programme d’appui à la gestion durable des ressources et du territoire des Comores, cofinancé par l’Agence française de développement (Afd) et l’Union européenne. Le projet est placé sous la maîtrise d’ouvrage du ministère de l’Environnement en charge du Tourisme et mis en œuvre par une Unité de gestion de projet (Ugp) sous la tutelle de la Direction générale de l’environnement et des forêts (Dgef), basée à Moroni. Le processus d’élaboration des Sat est, quant à lui, piloté par le ministère de l’Aménagement du territoire.
A l’occasion, le ministre de l’Environnement chargé du tourisme, Aboubakar Ben Mahamoud, a dressé un tableau sans détour des défis auxquels le pays est confronté, notamment «une croissance urbaine rapide et mal maîtrisée, une pression accrue sur les littoraux et les ressources naturelles, des disparités territoriales croissantes entre et au sein des îles, ainsi qu’une vulnérabilité structurelle aux aléas climatiques et aux catastrophes naturelles». Le ministre a averti que ces dynamiques, si elles ne sont pas encadrées, risquent de freiner le développement et d’affaiblir la cohésion nationale.
«Mieux encadrer l’utilisation du sol»
Face à ces enjeux, le gouvernement entend faire des Sat un levier opérationnel de transformation. «Ce schéma permettra d’agir directement sur les causes structurelles de la pauvreté, d’orienter les investissements et de renforcer la cohésion sociale», a-t-il affirmé. L’objectif est de construire un territoire «équilibré, inclusif et résilient», garantissant à chaque Comorien un accès équitable aux services de base, à l’emploi et à un cadre de vie digne.
Pour sa part, le ministre de l’Aménagement du territoire, Chekidine Said Madi, a rappelé que l’île de Mwali dispose déjà d’un Sat élaboré en 2022 avec l’appui de l’Afd. Celui-ci est actuellement en cours de mise en œuvre, notamment à travers la construction du futur marché de Nyumaqshuwa et un projet de schéma de bassin versant dans les communes de Mledjele et Djando. «Cetoutil permet non seulement de planifier les investissements, mais aussi de mieux encadrer l’utilisation du sol et de suivre les performances environnementales et socio-économiques», a-t-il déclaré.
Selon lui, le Sat constitue un instrument clé de planification stratégique, capable d’orienter les politiques publiques vers les besoins réels des populations, tout en stimulant la croissance économique et la création d’emplois.
Il a précisé que ce document est inscrit dans les priorités nationales, notamment dans le Plan Comores émergent (Pce) et le programme de travail annuel du ministère pour 2026. Le futur schéma de Ngazidja et Ndzuani devra définir, selon lui, les grands équilibres entre les espaces urbains, agricoles, forestiers et marins, en tenant compte des impacts du changement climatique. Il identifiera également «les zones propices aux infrastructures, aux extensions urbaines et au développement d’activités économiques, notamment dans les secteurs agricole, touristique, énergétique et numérique».
Les partenaires internationaux ont réaffirmé leur engagement. Le représentant de l’Union européenne, Roland Kobia, a rappelé que les Comores disposent d’atouts considérables, mais font face à des défis majeurs liés à la pression sur les ressources naturelles et au changement climatique. «Disposer d’un cadre stratégique territorial n’est pas un luxe, c’est une nécessité», a-t-il insisté, avant de souligner que ce projet s’inscrit dans le pacte vert et bleu, qui vise à concilier développement économique et préservation de l’environnement.
200 réunions et ateliers sur le terrain
De son côté, le directeur de l’Afd, Thierry Liabastre, a insisté sur l’appropriation nationale du projet. «Ses Sat sont des projets comoriens. Les choix et les priorités vous appartiennent», a-t-il déclaré, appelant à une forte implication des collectivités locales, de la société civile et du secteur privé.
Il a également souligné que ce processus s’inscrit dans le Plan Comores émergent (Pce 2030) et dans le plan de développement France-Comores (Pdfc) engagé depuis 2019. Le cabinet français Groupe 8, chargé de l’élaboration des Sat, a présenté la méthodologie. Sa représentante, Florence Verdet, a expliqué que l’approche sera participative et inclusive, associant l’ensemble des acteurs, des institutions aux citoyens.
Le processus, prévu sur deux ans, mobilisera 23 experts et comprendra plus de 200 réunions et ateliers sur le terrain. À terme, les travaux aboutiront, selon les responsables, à un document stratégique comprenant un plan de zonage, l’identification des zones à préserver ou à développer, ainsi qu’un plan d’actions à moyen et à long terme, sur une période d’environ 20 ans. L’objectif est, en tout cas, de répondre aux besoins en infrastructures, en équipements, en protection de l’environnement et en développement urbain.



