4 médinas à Ngazidja et deux à Ndzuani viennent d’être reconnus joyaux de l’Humanité à Busan en Corée du Sud. Une distinction qui ouvre des perspectives rassurantes à ces sites, fragilisés par une urbanisation galopante et un défaut d’entretien, notamment.

 

 

« Ce classement n’est pas une ligne d'arrivée, c'est un point de départ »

 

C’est une consécration attendue depuis près de vingt ans. Six médinas comoriennes font désormais partie du patrimoine de l’humanité. Le classement de ces sites a eu lieu il y a peu à Busan, en Corée du Sud, lors de la 48e session du Comité du patrimoine mondial de l’Unesco. Le chef de l’État, Azali Assoumani, s’y trouve, accompagné d’une importante délégation, dont les gouverneurs des îles autonomes.

 

« Ce classement est une reconnaissance que nous attendions avec beaucoup d’émotion. Moroni, Iconi, Itsandra, Ntsudjini, Mutsamudu et Domoni ne sont pas de simples sites historiques pour nous : ce sont des villes vivantes, où l’on continue de prier, de commercer et de célébrer les grands moments de la vie exactement comme le faisaient nos aïeux », a réagi le ministre de la Culture et des Arts, Saïd Mohamed Ali Saïd, présent sur place. « Voir cette continuité reconnue par l’Unesco est une immense fierté nationale et le fruit d’un travail engagé de longue date par nos équipes, nos communautés locales et nos partenaires techniques », a-t-il ajouté.

 

Également à Busan, l’ambassadeur et délégué permanent de l’Union des Comores auprès de l’Unesco, Mohamed Bajrafil, l’une des chevilles ouvrières de cette distinction, y voit un signe de l’unité indéniable de notre archipel. « La présence des médinas sur Ndzuani et Ngazidja est une preuve indiscutable de l’unité de notre nation et surtout l’incarnation de la communauté de destin de nos îles, encore hantée par les démons du séparatisme », a-t-il notamment fait valoir.

 

« Les médinas comoriennes ont abrité des sultanats historiques. Malheureusement, l’urbanisation non maîtrisée et la “modernisation” les ont dénaturées. L’inscription au patrimoine mondial de l’Unesco est une grande chance pour leur restauration et leur préservation », a déclaré la directrice générale de l’Office national de la valorisation du patrimoine, Ania Mohamed Issa, institution nouvellement créée.

 

Nos médinas rejoignent Zanzibar et Stone Town, joyau de l’humanité depuis l’an 2000, à l’issue de la 24e session. Le combat pour l’inscription de nos médinas a débuté en 2007 avec l’inventaire du patrimoine matériel et immatériel du pays, sous la houlette de Wahidat Hassane, alors directrice générale de la Culture, fonction qu’elle occupe toujours.

 

Quiconque connaît « la ville de pierre » ne peut qu’y voir les ressemblances frappantes avec les vieilles villes comoriennes. Les maisons à étages qui s’enchevêtrent, les bangwe, les mosquées, les portes sculptées et les étroites ruelles pavées présentent donc un intérêt mondial.

 

Mais, concède le ministre de la Culture, « ce patrimoine est fragile, et par endroits en réel danger. La pression urbaine, les constructions non réglementées et le manque chronique de moyens d’entretien menacent des bâtiments parfois vieux de plusieurs siècles ». Malgré cette réalité, il demeure résolument optimiste. « Le classement change la donne : il nous oblige, mais il nous ouvre aussi des portes », a indiqué doctement cet ancien secrétaire général du gouvernement sous la présidence d’Ikililou Dhoinine. « Notre feuille de route repose sur trois axes : doter chacune des six cités d’un plan de gestion conforme aux exigences de l’Unesco ; former des experts comoriens à la conservation du bâti ancien, avec l’appui de partenaires comme la Fondation Aliph, l’École de Chaillot, l’Institut national du patrimoine de France et les Compagnons du Devoir ; et surtout associer les habitants à la gouvernance de ce patrimoine, car ce sont eux qui en assurent la garde au quotidien », a-t-il développé longuement.

 

« Au-delà de l’intérêt historico-politique, ces médinas peuvent et doivent réellement constituer un levier de développement capable de transformer le destin de notre pays », a assuré Mohamed Bajrafil. Et de poursuivre : « Les médinas, parce qu’elles doivent être restaurées à l’identique, vont non seulement permettre de former les jeunes aux différents métiers du bois et de la maçonnerie, mais aussi et surtout de faire revivre notre savoir-faire artisanal, qui avait complètement disparu au profit du “made in” étranger. »

 

Le linguiste et essayiste poursuit : « L’inscription des médinas exige que notre pays se dote des infrastructures les plus diverses pouvant le mettre, à moyen ou à long terme, au même niveau que les îles sœurs de la région, devenues des destinations touristiques mondialement connues comme les Maldives, Zanzibar ou l’île Maurice ».C’est ainsi que « la signature, en juin dernier, par le gouvernement comorien et la Fondation Aliph d’un accord de partenariat inscrit la restauration des médinas dans une dynamique globale qui vise à rendre vivantes nos médinas à travers une restauration répondant aux exigences nouvelles de la lutte contre le dérèglement climatique et l’installation des infrastructures de base permettant à ces villes historiques d’être fonctionnelles ».

 

Le tourisme demeure le principal moteur économique de Zanzibar. En 2025, l’archipel a attiré près d’un million de visiteurs, un record. « Le potentiel est là depuis longtemps. Mais il manquait quelque chose qui distinguait notre pays de ses frères. Nos médinas inscrites donnent ce cachet d’authenticité sur lequel nous devons, ou pouvons, agir et investir pour attirer les visiteurs du monde entier », a dit Mohamed Bajrafil. « Nous devons, pour nous distinguer, créer notre modèle et éviter ainsi d’être une Maurice bis ou des Seychelles bis. Le client préférera toujours l’original à la copie. » Nous ne pouvons que lui donner raison.