Lors d’une rencontre avec la presse, organisée hier jeudi à son siège, le directeur général de la Sonelec a expliqué les raisons du coût élevé de l’électricité et présenté les perspectives de diversification des sources de production.
Le directeur général de la Société nationale de l’électricité des Comores (Sonelec), Moumini Soilahoudine, a échangé avec les journalistes sur les tarifs, les capacités de production et les perspectives de transition énergétique, hier jeudi lors d’un “café médias” organisé au siège de l’entreprose. Face aux nombreuses interrogations des consommateurs, ce dernier a apporté des éclaircissements sur la situation de l’entreprise et les orientations engagées par sa direction. «Cette société d’État est au service du peuple. Nous devons rendre compte de sa situation et répondre aux préoccupations des citoyens comoriens. Cela fait partie de nos obligations», a-t-il déclaré.
Le prix jugé elevé du kilowattheure
Parmi les principales questions abordées figurait celle du prix de l’électricité, fixé à 198 francs comoriens le kilowattheure. Le directeur général reconnaît que ce tarif reste particulièrement élevé au regard du pouvoir d’achat des ménages. « Le prix de 198 francs est un prix élevé au regard du pouvoir d’achat des Comoriens. C’est un fait que personne autour de cette table, y compris moi, ne peut ignorer», a-t-il reconnu.
Toutefois, selon lui, cette cherté s’explique principalement par les coûts de production.
Le kilowattheure coûterait environ 300 francs comoriens à produire, soit un écart important avec le tarif appliqué aux consommateurs. Cette différence est actuellement supportée par la Sonelec et l’État. «Autrement dit, chaque kilowattheure vendu occasionne une perte pour la société», a-t-il fait savoir.
Moumini Soilahoudine a également rappelé que le tarif actuel de l’électricité est fixé par un arrêté du 8 juin 2022. «Depuis cette date, il n’a pas été révisé, malgré l’inflation et les fluctuations des prix du pétrole», a-t-il fait observer.Concernant le fonctionnement des compteurs, il a précisé que ceux-ci ne déterminent pas le prix de l’électricité, mais enregistrent simplement la consommation. Celle-ci dépend notamment de la puissance des appareils utilisés et de la durée de leur fonctionnement.
Autre sujet au cœur des échanges : l’amélioration du mix énergétique et ses répercussions encore limitées sur la facture des consommateurs. Selon le directeur général, la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique a considérablement progressé entre 2024 et 2026, passant de 9 % à près de 20 %. «Cette évolution repose notamment sur des partenariats avec des sociétés privées qui installent et exploitent leurs propres centrales, avant de revendre l’électricité produite à la Sonelec. Si cette énergie revient moins cher que celle produite à partir du gasoil, les économies réalisées ne suffisent pas encore à rétablir l’équilibre financier de l’entreprise», a-t-il expliqué.
Pour atteindre cet objectif, Moumini Soilahoudine estime qu’il faudrait porter à environ 60 % la part de l’énergie solaire dans le mix énergétique. Il a toutefois indiqué que cette transition se poursuit progressivement.Abordant la question de la géothermie, le directeur général a insisté sur la nécessité de disposer d’une énergie de base, capable d’assurer une production électrique permanente.En effet, contrairement aux centrales thermiques fonctionnant au gasoil, l’énergie photovoltaïque est intermittente et dépend de l’ensoleillement. Les moteurs thermiques restent donc indispensables pour garantir la continuité de l’approvisionnement en électricité. Leur fonctionnement entraîne cependant des dépenses importantes en carburant et en entretien.
Des lignes de moyenne tension
Pour réduire ces charges, la Sonelec travaille sur deux pistes. La première consiste à remplacer progressivement les moteurs actuels par des moteurs à vitesse lente, moins énergivores et moins coûteux à entretenir. La seconde, à plus long terme, repose sur le développement de la géothermie.Sur ce dernier point, Moumini Soilahoudine s’est montré optimiste, tout en reconnaissant l’ampleur des obstacles à surmonter.
Selon lui, le potentiel géothermique des Comores est estimé à environ 45 MW. Toutefois, le projet se trouve encore dans une phase de confirmation des ressources, notamment de la présence de vapeur exploitable. «Le passage à la phase d’exploitation nécessitera la construction d’une centrale capable de transformer la vapeur en électricité. Un investissement qui pourrait atteindre plusieurs centaines de millions de dollars», a-t-il fait savoir.
À cela s’ajoute un autre défi majeur : les infrastructures de transport de l’électricité.
Le réseau actuel de Ngazidja repose essentiellement sur des lignes de moyenne tension. Or, l’évacuation d’une production géothermique de cette ampleur nécessiterait la construction d’un réseau de haute tension. Le directeur général évoque notamment la nécessité de développer près de 300 kilomètres de lignes à haute tension à Ngazidja. Un investissement supplémentaire qui pèsera dans la réalisation du projet. « La géothermie, c’est définitivement la solution d’avenir et moi, j’y crois », a-t-il affirmé, tout en notant que les défis techniques et financiers devront d’abord être relevés.




