Une étude d’un informaticien comorien révèle le poids des sources occidentales dans une réponse d’IA sur Mayotte. Un constat qui conduit à penser que la visibilité numérique des pays dépend de leur capacité à alimenter le web.

 

L’ingénieur en informatique Soilahoudine Mohamed Ali, fondateur de Komor IA, s’est intéressé à la manière dont une intelligence artificielle construit sa réponse sur la question de Mayotte. Pour son étude, publiée récemment, il a demandé à Perplexity, outil d’IA spécialisé dans la recherche en ligne, de consulter des sources récentes ou plus anciennes pertinentes, d’élaborer une réponse complète et d’indiquer les références utilisées. Le résultat, selon lui, est révélateur : Perplexity a mobilisé 44 sources, dont 15 médias français, plusieurs institutions françaises et européennes, ainsi que des médias et organismes mahorais. L’ensemble comprenait notamment des références à BfmTV, Rfi, Le Figaro, Le Monde, l’Insee, l’Assemblée nationale française, le Sénat français, la Commission européenne et Eur-Lex. En revanche, aucune source comorienne, ni institution comorienne ne figurait dans les références relevées par l’étude.


Cette composition a influencé le cadrage. Mayotte y apparaît principalement à travers son statut français et européen, avec ses réalités démographiques, sociales, migratoires et sécuritaires. Ce cadre correspond au statut administratif français et européen : «Mayotte est un département français depuis 2011 et une région ultrapériphérique de l’Union européenne depuis 2014». La France reconnaît par ailleurs que «les Comores revendiquent la souveraineté sur Mayotte».


Pour Soilahoudine Mohamed, l’enjeu dépasse toutefois le seul cas de Mayotte. Une IA ne dispose pas d’un accès direct à une vérité universelle : elle dépend des informations disponibles, indexées et documentées sur Internet. La visibilité numérique des récits peut donc peser sur les réponses produites. L’étude appelle ainsi les Comores et, plus largement, les pays africains à produire et numériser davantage leurs connaissances : archives, travaux scientifiques, statistiques, livres, cartes et contenus médiatiques. «Il ne suffit plus d’avoir une histoire. Il faut aussi laisser des traces numériques de cette histoire», résume le fondateur de Komor IA.