L’Institut national de la statistique et des études économiques et démographiques (Inseed) a publié, en juin dernier, son dernier rapport issu de l’enquête harmonisée sur les conditions de vie des ménages (Ehcvm). Ce travail fait une comparaison des dépenses entre 2020 et 2024. “Les deux vagues d’enquêtes disponibles permettent pour la première fois, de comparer les dépenses de consommation sur quatre années», précise l’Inseed dans son rapport. Près de 18 indicateurs ont été sélectionnés par les enquêteurs. Dans leur questionnaire, les agents déployés sur le terrain posaient des questions sur l’alimentation, notamment les produits de base les plus consommés.

Parmi eux, le riz ordinaire, dont les dépenses ont enregistré une hausse de 30.4%, traduisant une consommation accrue de riz importé malgré les perturbations mondiales. Mais c’est le poisson bonite (pwere) qui a connu une augmentation de la consommation considérable. L’aile de poulet (Mabawa) a également bondi de 15 %, entre 2020 et 2024. En revanche, la banane a dégringolé. La banane fraîche, aliment de base dans la cuisine comorienne, recule de près de 16 % en volume. Cela soulève des interrogations sur la production agricole locale et les dynamiques de substitution. “Mais la régression la plus marquante parmi les produits alimentaires comparables, est celle du thon rouge, possiblement liée à des problèmes d’approvisionnement ou à une substitution par d’autres espèces”, poursuivent les auteurs du rapport avant de dresser la conclusion suivante : “Les baisses réelles de la banane Kontriké, du poisson Mbassi, de la viande de bœuf et du manioc doivent alerter les autorités. Des programmes de soutien à la pêche artisanale, à l’agriculture vivrière et à l’élevage local permettraient de stabiliser l’offre et de contenir l’inflation alimentaire.»

6 milliards de francs pour le pain 

Selon l’Inseed, l’inverse de ces évolutions (hausse de la bonite et baisse de la banane) peut s’expliquer soit par des substitutions au sein du panier alimentaire, soit par des contraintes d’approvisionnement spécifiques à chaque produit. Ces signaux appellent une analyse nutritionnelle complémentaire. En lisant toujours les résultats de l’enquête menée auprès de 5 487 ménages, entre mai et novembre 2024, l’on découvre que le secteur de la communication s’est distingué par sa  transformation, accélérée probablement l’adoption du numérique dès 2020. D’ailleurs, les chiffres obtenus pour le secteur des télécommunications ont surpris l’institut. En effet, il est apparu que les ménages comoriens consomment  significativement plus de services de téléphonie mobile en volume, indépendamment de l’effet prix.

 

Ce phénomène reflète une transition numérique profonde et une démocratisation de l’accès aux services mobiles (internet, transfert d’argent, applications). «La recharge du téléphone mobile constitue le résultat le plus surprenant de cette analyse. Malgré la faible inflation du secteur de la communication (9,7 % sur quatre ans), on constate une hausse réelle de +57,6 %», lit-on dans le rapport, consulté par Al-watwan.  Quant au logement, il s’avère qu’il est confronté à une crise d’accessibilité. Le loyer maison reste le premier poste de dépenses en volume, avec 151,9 milliards de francs nominaux en 2024.  « Cette hausse signifie que les ménages consacrent en 2024 environ 50 % de plus de ressources réelles au logement qu’en 2020, ce qui traduit une tension structurelle majeure sur le marché locatif comorien», indique l’enquête qui attribue cette demande de logement à la croissance démographique et l’urbanisation, au point de dépasser l’offre disponible. 


Selon les chiffres mis en ligne par l’Inseed, la population comorienne s’élève actuellement à 944,388 habitants.  L’habillement, lui, s’est porté relativement mieux entre 2020 et 2024. Les habits acquis lors des fêtes affichent une hausse nominale de +34,9 %, mais l’inflation sectorielle élevée de l’habillement et des chaussures absorbe presque entièrement cette progression. «La hausse réelle n’est que de +1,2 %, indiquant une quasi-stabilité des volumes d’habits festifs achetés.

Le secteur de l’habillement a subi une forte inflation, parmi les plus élevées après les meubles, ce qui peut peser sur l’accès aux vêtements pour les ménages modestes», alerte l’instituit dans son enquête. C’est le cas du pain industriel. Avec des dépenses réelles de plus de 6.8 milliards de francs, l’essor du pain, témoigne selon les statisticiens d’une urbanisation alimentaire progressive et d’une diversification du régime. Idem pour l’émergence du taxi urbain ( 6.1 milliards de francs) qui reflète de l’urbanisation croissante et l’allongement des trajets domicile-travail.