Le patron des douanes comoriennes a émis « cinq » propositions pour mieux faire face aux menaces qui gangrènent la région avant de réitérer l’engagement de l’Union des Comores à se conformer aux mécanismes régionaux de lutte contre toutes les formes de menaces et à contribuer à la mise en place des outils de répression dans la zone Océan indien.
L’administration comorienne des douanes, par la voix de son directeur général Djaanfar Salim Allaoui, a exposé hier mercredi 5 août à Antananarivo, sa vision propre sur la sécurité maritime dans l’Océan indien et les moyens juridiques et techniques communs à déployer pour garantir la lutte contre la fraude en douane et la sûreté des échanges des pays limitrophes. Objectif : garantir la coordination entre le Comité des douanes de l’Océan indien (Cdoi) et l’Architecture Régionale de Sécurité Maritime (Arsm).
Réunis autour du secrétaire général de la Commission de l’Océan indien, Ibrahim Norbert Richard et des experts de l’Union européenne, les patrons des douanes des Comores, de Madagascar, de Maurice et des Seychelles partagent leurs expériences sur la lutte contre les formes de trafic dans la région conformément à «l’axe 2 » de la feuille de route commune déjà établie, intitulé «renseignement, analyse des risques, ciblage, contrôles, alertes et sécurisation régionale».
Les directeurs généraux étudient les procédés à mettre en place pour uniformiser leurs moyens de répression en parfaite cohérence avec leurs politiques propres et dans le respect des instruments internationaux définis par l’Organisation mondiale des douanes (Omd).
Des réponses fermes et coordonnées
Prenant la parole devant ses pairs de la région, Djaanfar Salim Allaoui a d’abord souligné la nécessité de mettre les douanes de l’Océan indien à la hauteur des enjeux multiples de transformation des formes de trafic, de contournement des méthodes des trafiquants et de réorganisation des filières criminelles. «Pourquoi devons-nous changer aujourd’hui, quelle vision régionale partageons-nous, quels outils devons-nous construire ensemble, comment mesurerons-nous nos progrès, et quel engagement chacune de nos administrations doit-elle prendre ? », a-t-il questionné.
Pour le directeur général des douanes comoriennes, les menaces qui s’amplifient devraient faire appel à des réponses à la fois fermes et coordonnées, soulignant l’urgence de «revoir» le modèle de contrôle des douanes à tous les niveaux. Il précisera que ce modèle «hérité d’une époque où le commerce international obéissait à des logiques plus simples, plus prévisibles, plus lisibles» est vieillot. Il ajoutera que les moyens traditionnels de contrôle et de lutte contre la fraude ont atteint leurs limites «non pas parce que nos agents seraient moins compétents, mais parce que la nature même de la menace a changé de dimension», selon ses termes.
«Nos routes maritimes, qui font la richesse de l’océan Indien, sont aussi devenues des corridors privilégiés pour le trafic de stupéfiants, la circulation d’armes, et la contrebande organisée, souvent enchevêtrés avec les mêmes réseaux logistiques et les mêmes structures de transbordement», a énoncé Djaanfar Salim Allaoui, ajoutant que «nos dispositifs traditionnels peinent encore à les appréhender» et que dans ce contexte de forte prolifération des menaces, «les réseaux criminels innovent en permanence. Et ils innovent plus vite que nos procédures».
Pour le directeur général des douanes comoriennes, l’idéal serait de «devenir des douanes intelligentes, fondées sur le renseignement, l’analyse des risques et la coopération régionale pour renforcer la sécurisation des échanges». Et pour y mettre du concret dans cette vision, Djaanfar Salim Allaoui a d’abord défendu ces «quatre étapes successives d’un même processus décisionnel, et la performance de notre région dépendra de notre capacité à les articuler correctement, plutôt qu’à les confondre».
«Cinq» outils et moyens à déployer pour faire face aux menaces
Revenant sur le renseignement, il souligne sa pertinence dans le processus de prise de décision, précisant que l’information n’est importante que «lorsqu’elle a été validée, recoupée avec d’autres sources, et transformée en connaissance exploitable pour une décision opérationnelle». Quant à l’analyse, «elle consiste à croiser ce renseignement avec des données historiques et des profils connus, afin d’élaborer des critères et des typologies permettant de distinguer, parmi des milliers d’opérations quotidiennes, celles qui méritent une attention particulière».
S’agissant du ciblage, Djaanfar Salim Allaoui y voit un moyen pour corroborer l’analyse et transformer celle-ci «en décision concrète», car le ciblage «désigne, pour une cargaison, un conteneur ou un voyageur précis, le niveau de contrôle approprié». Enfin, à propos du contrôle, le directeur général des douanes «n’est que l’aboutissement de cette chaîne. Il ne constitue pas une fin en soi, mais la vérification, sur le terrain, d’une hypothèse construite en amont par le renseignement et l’analyse des risques».
Une communication cohérente entre les douanes de la région
Devant ses homologues de la région, le patron des douanes a émis « cinq » outils et moyens à déployer pour mieux faire face aux menaces qui gangrènent la zone Océan indien. Djaanfar Salim Allaoui a proposé la mise en place «d’une plateforme régionale d’échanges de renseignement douanier» qui doit, selon lui «permettre la circulation rapide d’informations sur les opérateurs à risque, les typologies de fraude émergentes et les alertes en cours, en s’appuyant, autant que possible, sur les outils déjà développés par l’Organisation Mondiale des Douanes plutôt que sur des solutions construites isolément».
Il a demandé la mise en place des « procédures communes de contrôle et des standards partagés d’analyse des risques » avec comme but «d’harmoniser nos critères de sélectivité et nos typologies de fraude, afin qu’une même cargaison suspecte ne puisse plus passer inaperçue dans un pays alors qu’elle serait détectée dans un autre». Il a aussi proposé «un mécanisme d’alerte rapide régional» pour faire en sorte à ce qu’une information détectée dans un pays» puisse «circuler vers les autres administrations concernées en quelques heures, avec un format standardisé, un accusé de réception, et un suivi partagé».
Enfin, Djaanfar Salim Allaoui préconise «un socle technologique commun, pensé comme un appui à l’expertise humaine, non comme un substitut» mais aussi «des formations conjointes et la désignation de points focaux nationaux permanents». La finalité consistera sur cette dernière proposition à garantir une communication cohérente entre les douanes de la région. «Nos équipes doivent partager un langage commun sur l’analyse des risques et le ciblage, et disposer, dans chaque administration, d’un interlocuteur clairement identifié pour la coopération opérationnelle quotidienne», a-t-il expliqué.
Un groupe de travail technique régional
Djaanfar Salim Allaoui propose «une feuille de route en trois temps» dont la désignation d’un point focal national «dans les prochains jours» et «dans les trois à six mois» la mise en place «d’un groupe de travail technique régional» qui aura comme tâche principale de finaliser «les spécifications de la plateforme d’échange, le format standardisé des alertes, et organiserait un premier cycle de formations conjointes sur l’analyse des risques et le ciblage». Et, au bout d’un an «notre Comité devrait pouvoir mesurer, sur la base d’indicateurs partagés, le nombre d’alertes effectivement échangées, le délai moyen de transmission, le nombre d’opérations conjointes ou coordonnées menées, et l’évolution des saisies attribuables à cette coopération renforcée».
Le directeur général des douanes a réitéré l’engagement de son pays à se conformer aux mécanismes régionaux de lutte contre toutes les formes de menaces à contribuer à la mise en place des outils de répression. «Notre statut de petit État insulaire nous expose de manière disproportionnée aux trafics maritimes, tandis que l’étendue de notre zone économique exclusive dépasse très largement nos capacités de surveillance physique», a-t-il expliqué, exprimant la disponibilité de l’Union des Comores à s’y mettre pour faciliter la mise en œuvre des recommandations de la réunion du Comité des douanes de la région Océan indien.



