Du 3 au 7 août, les Comores accueilleront un atelier régional de l’Aiea consacré à la sécurité nucléaire. L’objectif est d’aider plusieurs pays africains à renforcer leur cadre réglementaire pour l’usage sécurisé des sources radioactives.
Ailleurs, lorsqu’on évoque une visite ou une réunion d’une délégation de l’Agence internationale de l’énergie atomique (Aiea), l’on pense souvent aux bombes nucléaires ou au terrorisme. Pourtant, l’atelier régional que les Comores s’apprêtent à accueillir du 3 au 7 août prochain n’a rien à voir avec ces questions, assure le directeur de l’enseignement supérieur, membre de la commission d’organisation de l’événement.
Dans un entretien accordé à Al-watwan mercredi dernier, Ali Mohamed Ali est revenu sur les enjeux de cette rencontre, dont l’objectif est de doter les Comores ainsi que les pays participants d’une architecture nationale en matière de sécurité nucléaire. Au total, huit pays africains, qui n’ont pas encore bénéficié de cette formation, sont attendus pour contribuer à l’élaboration de ce cadre avec l’appui de l’Aiea. « Cet atelier sert aussi de sensibilisation sur les différents usages radioactifs, notamment dans le volet médical », a expliqué le directeur.
Ce dernier a précisé que les Comores ont adhéré à l’Agence internationale de l’énergie atomique en 2014, mais n’ont ratifié ses statuts que le 20 janvier 2020. Leur admission est intervenue en septembre de la même année. « Avant notre admission, nous bénéficions déjà de nombreuses formations d’inspecteurs. Notre adhésion n’avait qu’un seul objectif : l’usage des techniques nucléaires à des fins pacifiques pour notre développement. Nous n’utilisons pas des matières nucléaires mais des sources radioactives qui peuvent être dangereuses », a poursuivi Ali Mohamed Ali.
Le responsable a ensuite énuméré plusieurs réalisations financées par l’Aiea, notamment des laboratoires et divers équipements. Parmi celles-ci figurent la mise en place d’une unité de radiothérapie ainsi que d’un laboratoire capable de détecter les maladies transmissibles de l’animal à l’homme.
Formation
Ali Mohamed Ali a également évoqué plusieurs projets, dont un programme d’hydrologie isotopique permettant d’identifier les nappes phréatiques et de déterminer leur âge, ainsi qu’un projet de lutte contre la pollution plastique. L’ensemble est évalué à près de 5 milliards de francs comoriens. « Nous disposons d’une loi promulguée en 2024, mais elle n’est pas encore entrée en vigueur et attend un décret d’application. Par conséquent, les laboratoires de radiologie continuent de voir le jour sur l’ensemble du territoire sans respecter les normes, ce qui expose à la fois le personnel médical y travaillant, et les malades à des risques sanitaires non négligeables. Le pays a donc été choisi pour abriter cet atelier de formation qui servira à élaborer un cadre pour exercer les contrôles nécessaires », a relevé le directeur.
À titre d’exemple, il a indiqué que, selon les normes internationales, les murs d’un centre de radiologie doivent présenter une épaisseur de deux mètres d’un béton armé pour protéger les populations et les travailleurs contre les effets des rayonnements ionisants. Il a également souligné que le Bureau géologique des Comores, les usines de production d’eau ou encore les chantiers routiers sont concernés par ces problématiques en raison des équipements qu’ils utilisent. « On voit partout que chacun ouvre son centre. Vous imaginez les dangers qu’encourent les personnes qui manipulent ces machines. Le problème à l’heure actuelle est que l’autorité de régulation n’est pas opérationnelle et aucun inspecteur n’a le droit de contrôler ni de fermer une usine », a rappelé Ali Mohamed Ali.
Selon lui, les risques ne concernent pas uniquement les laboratoires et les centres d’imagerie médicale.
Usines
Les usines de ciment, les ports, les aéroports, les chantiers routiers ou encore les opérations de prospection pétrolière utilisent des rayonnements et des sources radioactives à travers divers équipements, parfois installés sans expertise préalable. Or, les travailleurs des centres de radiographie, des services de scanner ou des installations industrielles ne doivent pas dépasser un certain seuil annuel d’exposition aux rayonnements ionisants, mesuré en millisieverts (mSv). « Les appareils sont là mais sans un cadre juridique, les inspections ne peuvent être lancés. A Dar es Salam, au port, l’espace de scanner réservé aux véhicules et camions transportant des containeurs bénéficie d’un périmètre de sécurité de plus de 10 000 m afin de protéger les agents travaillant dans le service. C’est dire combien les dangers liés à ces rayons x sont pris au sérieux. Chez nous, même à l’aéroport, aucune précaution n’est prise », a-t-il déploré.
Malgré la tenue de cet atelier, qui devrait déboucher sur une déclaration commune, aucune inspection systématique des sites existants ne pourra être engagée tant que le décret instituant l’autorité de régulation ne sera pas adopté. Rappelons qu’en 2022, une délégation de l’Aiea avait séjourné aux Comores pour accompagner l’élaboration d’une loi sur la sécurité radiologique.




