L’Agence française de développement intervient dans plusieurs secteurs stratégiques aux Comores. Éducation, santé, agriculture, formation professionnelle, emploi et transports figurent parmi ses priorités. Dans cet entretien, Thierry Liabastre, le directeur-pays, détaille les projets financés, leurs résultats, les défis liés à leur mise en œuvre et la contribution de l’Afd aux objectifs du Plan Comores Émergent.
Quelles sont les priorités de votre portefeuille en Union des Comores, et comment s’alignent-elles sur les axes du Plan Comores Émergent ?
La particularité de l’Agence de développement ici, c’est que nous intervenons dans beaucoup de secteurs, une dizaine au total. C’est beaucoup, car nous sommes généralement beaucoup plus concentrés dans la plupart des pays.Cette diversification de nos activités est principalement liée à l’accord franco-comorien, qui a été négocié en 2019 et finalisé en 2021. Cet accord a été défini dans le cadre d’une discussion bilatérale entre les autorités comoriennes et la France afin d’appuyer les Comores dans leur développement.
L’objectif était de pouvoir soutenir les secteurs sociaux et le développement économique. Quand on parle des secteurs sociaux, il s’agit d’abord de l’éducation, du primaire jusqu’au secondaire. Le deuxième axe concerne la santé, notamment l’accès aux soins et la prise en charge des patients. Le troisième concerne l’entrepreneuriat et, en particulier, la création d’emplois.Nous avons également lancé de gros projets, notamment dans l’agriculture, principalement à la demande des Comores, dans les filières de rente comme l’ylang-ylang, la vanille et les clous de girofle, ainsi que dans le maraîchage.
Enfin, nous avons mené une opération qui vient de s’achever et qui a également été une coopération réussie : le projet d’appui à la justice. C’est aujourd’hui la seule opération complètement achevée.
Maintenant, comment tout cela s’inscrit-il dans le cadre du programme Comores Émergent ?
Effectivement, un certain nombre de nos interventions s’inscrivent pleinement dans ce programme. Nous en avons tenu compte dans le développement de nos projets. Le programme Comores Émergent n’existait pas au moment où nous avons démarré certains de ces projets. Mais ce que nous constatons, c’est qu’une grande partie de ce que nous faisons aujourd’hui s’inscrit pleinement dans cette dynamique.
C’est particulièrement le cas dans le domaine des transports, notamment avec le développement du transport inter-îles, à travers la fourniture d’un bateau et la réhabilitation de terminaux passagers. Ce sont des projets qui entrent pleinement dans le Plan Comores Émergent.
Dans la formation professionnelle et dans la santé également, l’objectif est notamment de disposer d’hôpitaux provinciaux qui fonctionnent et qui offrent des soins à tous les Comoriens. Lorsque le président souhaite mettre en place une assurance médicale pour tous les concitoyens, c’est aussi une forme de justice sociale. C’est également une avancée pour un pays qui se veut émergent.
Évidemment, nous ne couvrons pas toutes les facettes du Plan Comores Émergent, puisqu’il y a d’autres bailleurs qui interviennent également. Mais nous avons bien cela en tête. Chaque fois que nous développons un projet, nous gardons à l’esprit l’idée de contribuer à accompagner les Comores vers l’émergence.
Concrètement, par quels mécanismes financiers et techniques soutenez-vous ces projets aux Comores ?
La particularité de l’Agence française de développement, c’est que nous appuyons les Comores à travers des financements qui sont uniquement des dons. Ce n’est pas le cas dans beaucoup de pays. Il existe quelques pays dans le monde, dont les Comores, où notre seul outil d’intervention est le don. Depuis 2019, notre portefeuille représente plus ou moins 250 millions d’euros d’engagements. Ces financements sont constitués de dons de l’État français aux Comores.
La particularité de ces dons, c’est qu’ils font l’objet d’une négociation préalable avec les autorités comoriennes. Notre rôle, à l’Afd, est ensuite de les mettre en œuvre. Les bénéficiaires de ces dons sont les administrations. Pour l’éducation, par exemple, il s’agit du ministère de l’Éducation ; pour la culture, du ministère de la Culture, etc. Notre rôle est de pouvoir accompagner les projets à toutes les étapes et de nous assurer qu’ils bénéficient d’une bonne gouvernance.
Quels indicateurs clés permettent de mesurer l’impact réel de vos programmes sur le quotidien des Comoriens ?
Je vais vous donner quelques indicateurs qui parlent d’eux-mêmes, car pour nous, l’impact est essentiel dans notre approche. Dans chaque secteur, nous ciblons des impacts précis. Par exemple, dans le domaine de l’éducation, nous avons actuellement 24 écoles en rénovation. Dans le domaine de la santé, nous intervenons dans trois hôpitaux provinciaux : Mitsamihouli, Hombo et Fomboni. Chaque hôpital sera complètement réhabilité et équipé de matériel biomédical. En matière d’infrastructures et d’équipements, le président Azali Assoumani doit prochainement inaugurer six écoles primaires, dont trois à Anjouan.
Concernant les rénovations des établissements scolaires, nous avons quatre lycées, dix-huit collèges et six établissements de formation professionnelle. En termes d’infrastructures, nous allons également réhabiliter les centres des impôts sur les trois îles. Vous avez par ailleurs vu à Moroni le Centre d’information financière, qui est désormais équipé. Ce centre va centraliser toutes les informations financières du pays. Il y aura également, dans chaque île, une antenne du Centre d’information financière.
Nous avons également passé un important contrat pour l’équipement des hôpitaux. Prochainement, tous les hôpitaux seront principalement équipés de matériel biomédical. Nous avons déjà commencé à Hombo avec du matériel de radiologie. En termes de formation, j’avais cité les greffiers, avec notamment deux promotions, ainsi que les magistrats. Dans le domaine de la formation professionnelle et de la santé, plus de 360 professionnels de santé ont été formés, dont certains, notamment des médecins, à Dakar.Nous avons également lancé tout récemment les travaux de l’école de médecine de la faculté de médecine. Nous finançons aussi des bourses à Dakar et la formation des inspecteurs hospitaliers.
Nous avons également appuyé un projet dans le domaine de l’entrepreneuriat, notamment le projet Diaspora, dont l’objectif est de travailler avec des incubateurs en France afin de proposer à des Comoriens vivant en France et souhaitant développer une activité aux Comores de les accompagner dans leurs projets. Nous avons ainsi accompagné environ 70 jeunes entrepreneurs comoriens qui sont venus ici et qui ont pu bénéficier d’un appui à la fois pour préparer leurs projets et pour financer leur démarrage. Ce sont des choses très concrètes. Les porteurs de projets ont reçu chacun un montant pouvant aller de 10 000 à 30 000 euros. Nous avons ensuite une initiative dans le domaine de l’emploi, appelée « Facilité emploi », qui a permis de lancer des appels à propositions. Dans le cadre de ce projet, mené avec le ministère de l’Emploi et de la Jeunesse, nous sommes allés jusqu’à 200 000 euros de financement. Nous allons prochainement lancer un deuxième appel à propositions.
Les porteurs de projets ont reçu chacun un montant pouvant aller de 10 000 à 30 000 euros. Nous avons ensuite une initiative dans le domaine de l’emploi, appelée « Facilité emploi », qui a permis de lancer des appels à propositions. Dans le cadre de ce projet, mené avec le ministère de l’Emploi et de la Jeunesse, nous sommes allés jusqu’à 200 000 euros de financement. Nous allons prochainement lancer un deuxième appel à propositions.
La mise en œuvre de projets de développement fait souvent face à des contraintes structurelles ou logistiques. Quels sont les principaux défis auxquels l’Afd fait face sur le terrain comorien ?
Sur les infrastructures, et cela, nous le vivons tous les jours, le principal problème est l’approvisionnement en matériaux. Beaucoup de matériaux viennent de l’étranger et nous nous heurtons à chaque fois à des problèmes de délais, donc à des retards. Et qui dit retards signifie pour nous des coûts supplémentaires, parce que nous sommes obligés de maintenir les équipes techniques qui ont été recrutées. Cela coûte cher.
Le plus gros défi est donc de respecter les délais, notamment en raison des contraintes liées au transport. Pour le reste, nous arrivons à fonctionner de manière correcte. Il faut savoir que nos équipes techniques et nos coordinateurs sont l’interface entre nous et les ministères, puisque nous travaillons main dans la main avec les ministères techniques. Nous avons également une coordination au niveau du secrétariat général du gouvernement.
Lorsque nous rencontrons des blocages, ce qui peut parfois arriver, nous essayons de les résoudre en discutant ensemble. Je peux dire que nous avons tout de même une bonne écoute de la part des autorités.
Il est souvent reproché à l’Afd d’imposer des modèles de développement conçus à Paris, de consacrer indirectement une part importante de ses financements à des groupes ou bureaux d’études français, mais aussi de souffrir d’une certaine lourdeur bureaucratique et d’une lenteur dans l’exécution des projets. Certains lui reprochent également de contribuer à l’endettement des pays partenaires. Que répondez-vous à ces critiques ?
On ne peut pas nous faire ce reproche aux Comores, c’est certain. Pourquoi ? Parce qu’à aucun moment nous n’endetterons les Comores, puisque nous ne travaillons que sur des dons. Au contraire, les Comores ne contractent aucun endettement auprès de nous et nous contribuons même au désendettement, notamment parce que nous apportons des aides budgétaires. Nous allons d’ailleurs encore mettre en place une aide budgétaire avant la fin de l’année. Depuis 2023, il y a ainsi toujours eu une aide budgétaire. Vous évoquez également les lourdeurs. Il est vrai qu’un bailleur comme l’Afd s’impose certaines normes. Lorsque nous réalisons un projet comme celui du port de Moroni, par exemple, nous nous imposons de respecter des normes environnementales. Effectivement, cela implique parfois des travaux et des études qui demandent des délais supplémentaires.
L’Agence a inauguré son nouveau siège à Moroni l’année dernière. Que symbolise cette présence renforcée sur le territoire et quelle nouvelle étape marque-t-elle pour la coopération franco-comorienne ?
D’abord, il faut savoir que notre implantation ici est ancienne. La réhabilitation de nos locaux répondait à deux besoins. D’abord, nous avions des locaux qui étaient devenus un peu vétustes, puisqu’ils dataient des années 1980. Entre-temps, notre volume d’engagements et de projets avec les Comores avait beaucoup évolué. Nous étions donc à l’étroit dans nos bureaux. Initialement, nous étions huit personnes et nous sommes passés à plus de quatorze. Ces travaux répondaient donc d’abord à une nécessité pratique, mais ils correspondent également à l’évolution de notre portefeuille, qui est devenu un portefeuille important.



