Le projet vise à «mieux protéger les personnes vulnérables et les victimes potentielles de la traite», tout en dotant les services de sécurité de moyens matériels et logistiques adaptés à leurs missions.

 

Le ministère de l’Intérieur, en partenariat avec l’Union européenne et les autorités françaises à travers Civipol (la société de service et de conseil du ministère de l’Intérieur français), a officiellement lancé hier, mercredi 3 juin, à l’hôtel Itsandra, le projet dit « Partenariat opérationnel conjoint (Poc) » destiné à renforcer la lutte contre le trafic illicite de migrants et la traite des personnes dans l’archipel.

 Le projet vise à «renforcer les capacités opérationnelles des services compétents, améliorer la coordination entre les institutions nationales, développer la coopération régionale et internationale et soutenir les actions de prévention et de sensibilisation auprès des populations».
Il prévoit notamment la mise à disposition d’équipements informatiques modernes, de véhicules adaptés aux opérations de terrain ainsi que la rénovation de certaines infrastructures.

 Ce projet comprend également un important volet de renforcement des capacités à travers des formations spécialisées et un accompagnement technique continu.Lors de la cérémonie de lancement, le ministre de l’Intérieur, Mohamed Ahmed Assoumani, a rappelé que le trafic illicite de migrants n’est pas une réalité lointaine mais un phénomène qui touche directement les Comores. « Le trafic illicite de migrants et la traite des personnes ne sont pas des abstractions.

 Ils se manifestent dans nos rues et dans les souffrances de nos compatriotes ainsi que de nombreux ressortissants africains qui tombent entre les mains de réseaux criminels organisés», a-t-il déclaré. Le ministre a notamment évoqué le drame survenu le 16 mars à Mitsamihuli, où plusieurs personnes ont disparu en mer lors d’une traversée clandestine. «Ces réseaux prospèrent dans l’ombre, exploitent les failles des systèmes de contrôle et tirent profit de la détresse humaine.

 Ils génèrent des profits considérables tout en laissant derrière eux des familles brisées et des vies détruites», a-t-il affirmé. Le ministre a rappelé que les Comores sont à la fois un pays d’origine, de transit et parfois de destination pour les migrants, ce qui impose une mobilisation accrue des autorités nationales et de leurs partenaires internationaux. 

Une mobilisation accrue des acteurs

Il a également souligné que le Poc s’inscrit dans une dynamique déjà déployée avec succès dans plusieurs pays africains, notamment au Sénégal, en Mauritanie, en Tunisie et au Nigeria. Le directeur général de la police nationale, Nassif Kaissane, a souligné l’importance stratégique de cette initiative, fruit d’une coopération étroite entre les Comores, l’Union européenne et la France. Selon lui, «ce partenariat repose sur une approche moderne et efficace de la coopération internationale.

 Il vise à renforcer les capacités de la Brigade nationale de répression du trafic illicite de migrants et de la traite des personnes grâce à l’appui d’experts de la police et de la gendarmerie, à travers des formations spécialisées, le partage de savoir-faire et l’amélioration des méthodes d’investigation». Le chef du bureau de l’Union européenne aux Comores, Pavlos Evangelidis, a rappelé que l’Union européenne a mobilisé «trois millions d’euros sur une période de trois ans pour lutter contre le trafic de migrants et la traite des personnes aux Comores».

Le chef bureau multilatéral à la direction de la coopération internationale de sécurité française, Thomas Valetas, a réaffirmé «l’engagement de la France aux côtés des autorités comoriennes». Il a rappelé que « la coopération française accompagne les Comores depuis plusieurs années dans le domaine de la sécurité intérieure» et que «le soutien apporté dans le cadre de ce projet s’inscrit dans la continuité de cet engagement».

 «Ces partenariats opérationnels conjoints constituent pour nous un modèle qui fonctionne. Dans plus d’une dizaine de pays, ils ont déjà produit des résultats concrets», a-t-il expliqué. Selon lui, l’objectif du projet dépasse la seule répression des réseaux criminels.

 «Nous cherchons non seulement à lutter contre les trafics liés à l’exploitation humaine, mais aussi à sauver des vies. C’est l’ambition première de notre action », a-t-il insisté, tout en saluant l’engagement des experts déployés sur le terrain ainsi que le travail mené conjointement par les autorités comoriennes, l’Union européenne, Civipol et l’ensemble des partenaires impliqués dans le projet.