Dans notre pays, le taxi demeure pour beaucoup un moyen de transport indispensable. Pourtant, derrière ce service quotidien se cache une réalité de plus en plus préoccupante : de nombreuses passagères dénoncent des violences verbales, des humiliations, du harcèlement et parfois même des attouchements de la part de certains chauffeurs. Pour elles, chaque trajet devient une épreuve. Bastia Ali Issa, résidente de Moroni, garde un souvenir amer d’une course pourtant banale. Elle raconte avoir précisé sa destination avant de monter. Mais arrivée à hauteur du croisement appelé « Feu rouge » de Zilimadjuu, le chauffeur lui ordonne de descendre, changeant soudainement d’itinéraire.
Lorsqu’elle proteste, le ton monte. «Il m’a crié dessus en me disant que je pouvais marcher le reste du chemin. Je n’ai rien répondu, je suis descendue en pleine route », confie-t-elle. Comme elle, Halima Alhousseine, mère de famille habitant le quartier d’Oasis, évoque des remarques répétées sur son apparence, des avances insistantes, parfois même des menaces déguisées. «La dernière fois, il m’a dit que si je n’étais pas contente, je n’avais qu’à descendre», se rappelle-t-elle. Au marché de Volo-volo, Mariama Hasane explique que le silence devient souvent une stratégie de protection.
«Quand un chauffeur hausse le ton, je préfère ne pas répondre. Certaines femmes descendent avant leur arrêt juste pour éviter une confrontation», témoigne la vendeuse.
Du côté des chauffeurs, certains reconnaissent l’existence de ces dérives. Said Ali, taximan à Moroni, admet que des comportements inacceptables persistent dans la profession. S’il évoque parfois «des tensions liées aux itinéraires et aux règles de circulation», il reconnaît également que «des collègues recherchent ouvertement des relations avec des passagères». «Il y a des garde-fous dans les cellules, mais le problème existe», concède-t-il.
Interpellé sur ces pratiques, Moustoifa Hamidou, porte-parole du syndicat Usukani wa Massiwa, affirme que des sanctions sont prévues, à condition que les victimes se manifestent. «Nous avons besoin d’éléments précis : nom du chauffeur, numéro de taxi, signe distinctif», insiste-t-il, rappelant que les cellules régionales peuvent «interpeller et punir les fautifs». Ali Bacar, président de la cellule Moroni–Mitsamihuli, confirme que « des suspensions, amendes et sanctions disciplinaires sont régulièrement prononcées, parfois en collaboration avec les forces de sécurité».
Il invite les victimes à «déposer plainte soit auprès du syndicat, soit à la gendarmerie », et affirme que «certains chauffeurs ont déjà reçu avertissements et sanctions selon la gravité des faits». Pour de nombreux citoyens, l’urgence est claire. Djaher Djamal, étudiant en biologie, résume ainsi le malaise : «Nous ne demandons pas un traitement spécial, juste du respect. Ce sont nos sœurs, nos femmes, nos mères. Prendre un taxi ne devrait jamais signifier subir des humiliations.» En effet, au-delà du transport, n’est-ce pas une question de dignité humaine et de sécurité publique ?
Youssef Abdou et Moudjib M. Said
