Malgré un cadre juridique protecteur, le travail des enfants gagne du terrain dans notre pays. Témoignages poignants de jeunes contraints d’abandonner l’école pour survivre.
Aux Comores, le cadre juridique du travail est régi par une loi promulguée en juin 2012. Cette réglementation interdit de manière absolue le travail forcé ou obligatoire et fixe l’âge minimum d’admission à l’emploi à quinze ans. Elle précise également qu’un enfant est considéré comme travailleur s’il exerce une activité économique pendant au moins une heure par semaine et/ou des travaux domestiques pendant au moins 28 heures hebdomadaires. Selon les statistiques du Multiple Indicator Cluster Survey (Mics) de 2012, la proportion d’enfants âgés de 5 à 14 ans ayant travaillé s’élevait alors à 22 %.Plus d’une décennie plus tard, le constat est alarmant : le travail des enfants prend de l’ampleur. Un peu partout dans le pays, des enfants en âge d’être scolarisés s’adonnent au petit commerce, apprennent des métiers de main-d’œuvre ou proposent divers services non professionnels. Derrière ces scènes du quotidien se cachent des parcours souvent marqués par la précarité, la déscolarisation et la perte de repères.Kadhafi Youssouf fait partie de ces enfants touchés par ce fléau.
Phénomène profondément
Après avoir fréquenté une école privée puis un lycée public, il a dû abandonner ses études. «J’ai perdu un de mes parents et je n’arrivais plus à payer mes droits scolaires. J’ai donc dû quitter l’école», raconte-t-il. Pour subvenir à ses besoins et aider sa famille, il s’est rendu à Ngazidja afin d’apprendre la peinture, puis la réparation de pneus. «C’était un échec pour moi, mais je n’avais pas d’autre choix», déplore-t-il. À Moroni, au cœur du marché de Volo-volo, un autre enfant d’environ 13 ans sillonne les allées en vendant des sachets en plastique. La sueur perle sur son visage sous le soleil accablant. Il se présente sous le nom d’Abdel Anli. Il confie : «J’ai commencé l’école à Ndzuani, mais j’ai quitté de mon plein gré parce que je ne comprenais pas bien. Ma mère m’a envoyé à Ngazidja pour apprendre un métier. Finalement, j’ai demandé à ma famille d’accueil de me donner un peu d’argent pour me lancer dans la vente des sachets.»
À Djivani, un autre cas illustre la même réalité. Petit Salim, âgé d’environ 11 ans, ne fréquente plus ni l’école scolaire ni l’école coranique. Dès le petit matin, il se rend dans un garage à Maluzini pour faire de la mécanique. D’une voix timide, il résume son histoire : «J’ai abandonné l’école pour travailler au garage. Je ne pouvais pas suivre les études.»Ces témoignages montrent un phénomène profondément enraciné, où les difficultés familiales et l’échec scolaire poussent de nombreux enfants vers le monde du travail prématuré. Malgré l’existence d’un cadre légal protecteur, son application demeure insuffisante face à la réalité du terrain.



