Malgré une installation tardive, la chambre anticorruption a mené plusieurs enquêtes en un an et demi. Celles-ci ont révélé des irrégularités graves dans des institutions publiques, dont les travaux publics.
Opérationnelle depuis juillet 2024, la chambre anti-corruption de la section des comptes de la cour suprême a fonctionné pendant plus d’un an sans son propre siège. Ce n’est que le mois dernier que les 5 membres ont enfin pris leurs quartiers dans un bâtiment construit à côté de la section des comptes de la cour suprême. Mais, cela n’a pas empêché l’instance en charge de prévenir et réprimer la corruption dans le pays de travailler. En un an et demi, malgré ses moyens limités, la chambre a mené des investigations dans certaines sociétés publiques.
Manifestation
D’après nos informations, deux investigations ont été ouvertes au cours de l’année 2026, dont l’une porte sur la gestion des engins publics placés sous la responsabilité de la Direction des travaux publics à Ngazidja. L’audit, transmis aux autorités compétentes, s’est notamment intéressé à la gestion des véhicules et des engins de l’établissement. «L’enquête a mis en évidence la disparition de véhicules administratifs, des locations non comptabilisées ainsi que l’établissement de factures falsifiées. Le dossier a été transmis au parquet pour suites judiciaires», indique un document interne que nous avons pu consulter.
Depuis plus de deux mois, ce rapport se trouverait au parquet de Moroni, seul habilité à décider de l’ouverture d’une information judiciaire ou d’un classement sans suite. Les auditions menées par la chambre anticorruption ont été confirmées par les agents des travaux publics eux-mêmes, qui avaient manifesté en février. Bandeaux rouges autour de la tête, ces employés dénonçaient «la mauvaise gestion de leur hiérarchie». Ils déploraient notamment «l’accumulation d’arriérés de salaires atteignant 15 mois, dont certains remonteraient, selon eux, à 2023».
Pourtant, affirmaient-ils, leur régie«générerait d’importantes recettes issues de la location des engins».
L’un des manifestants avait notamment montré une niveleuse stationnée sur le parking. Selon leurs déclarations, «cet engin aurait permis à la direction d’encaisser près de 18 millions de francs comoriens après sa location à l’entreprise Egt pour des travaux réalisés à Bangwa, dans la région de Hambuu. La niveleuse aurait également été utilisée à Bahani et à Madjeweni. «Mais les impayés continuent de s’accumuler», regrettaient les agents, qui mettaient en cause le directeur général ainsi que sa comptable. Nous avons tenté d’obtenir une réaction du directeur, sans succès. Notons que tant que ce dernier ne sera pas poursuivi et condamné, il est considéré comme présumé innocent.
Caisse des retraites
Parmi ses missions, la chambre anti-corruption, composée d’une présidente et de 4 conseillers, enquête et transmet ses conclusions aux autorités compétentes. C’est ainsi que cette dernière a mené des investigations toujours en 2026 au niveau de la caisse des retraites des Comores. «Le dossier porte sur des irrégularités graves constatées dans les états de paiement des pensions couvrant la période 2023 à 2025. Les faits, s’ils sont confirmés, pourraient constituer des infractions de corruption, de détournement de deniers publics, de faux et usage de faux, ainsi que de complicité», avons-nous appris.
Contrairement à la direction des travaux publics, l’enquête concernant la caisse des retraites n’est pas achevée. Pour rappel, une affaire éclaboussant l’institution a éclaté en février, obligeant l’avocat de l’institution à s’exprimer pour, dit-il, «clarifier des informations relayées par la presse». Me Fahmi Said Ibrahim avait reconnu «le détournement par un employé d’un montant qui ne dépasse pas les 80 millions», démentant ainsi la somme de «500 millions de francs» prétendument détourné. L’avocat a déclaré que l’agent incriminé remplaçait le titulaire du poste parti en formation à l’extérieur du pays. «Il produisait et falsifiait donc des fiches de pension fictives et les déposaient dans les banques. En constatant ces irrégularités, la directrice de la caisse m’a contacté et nous avons déposé plainte le 12 janvier au parquet de Moroni», avait soutenu Me Fahmi Said Ibrahim. On en saura donc un peu plus sur ces falsifications présumées de pensions dès que la chambre anticorruption aura fini son audit.
«Ce ne sont pas les dossiers qui manquent. Beaucoup atterrissent tout comme les signalements mais nous devons d’abord juger leur recevabilité car on ne peut pas les traiter tous», clarifie une source interne qui a rappelé que la mise en place de la chambre s’inscrivait dans la dynamique des recommandations de la convention des Nations Unies contre la corruption. Dans son rapport d’activités de 2025, consulté par Al-watwan, la chambre anticorruption a aussi mentionné des audits menés à la direction des douanes ainsi qu’au tribunal de commerce, au sujet de l’imposition par ce dernier d’une caution de 25 millions de francs aux opérateurs étrangers. Les deux rapports ont été remis aux autorités.Nommés par décret présidentiel pour un mandat de 5 ans, renouvelable une seule fois, les 5 membres de la chambre anticorruption bénéficient d’une autonomie financière et administrative.




