Le prix de l’internet, le giga octet plus précisément, dans la région varie en fonction de la taille du marché, des coûts d’exploitation et des capacités d’investissements des opérateurs, de la qualité du débit, selon des données compilées par Al-watwan et confirmées par des professionnels du secteur.

 

Le prix de la data aux Comores «reste dans la moyenne» dans la région Océan indien, selon des données compilées des 27 opérateurs étudiés dans la zone. En dépit des disparités en termes de population, de la qualité des infrastructures et des services, les pays de la région appliquent des prix du giga relativement proches avec des différences qui varient en fonction du niveau de vie, du tableau réel de consommation et de la qualité du débit,  des coûts d’exploitation des opérateurs, de la taille et la structure des marchés des télécoms.


Contacté hier par Al-watwan, le directeur technique de l’Autorité nationale de régulation des Tics (Anrtic), Taoufik Mbaé, a confirmé cette tendance des prix de la data entre les Comores et les autres pays de la région et du continent. «Nous sommes dans la moyenne africaine. Nous sommes sur la fourchette des prix. Contrairement à ce qui se dit ici et là, les Comores ont des prix des télécommunications relativement proches de ceux appliqués par les pays de la zone Océan indien et même de l’Afrique », a-t-il souligné, ajoutant que ce constat est régulièrement  partagé par «des experts internationaux» de passage dans le pays pour de travaux d’évaluation du secteur des télécommunications.

Des légères différences

Alors qu’aux Comores, le prix du giga est à 500 francs, à Madagascar, les consommateurs, tous opérateurs confondus, déboursent 796 francs pour un giga octet. Ce prix est à 2.335 francs comoriens aux Seychelles et à 1.393 francs à l’île de La Réunion, soit quatre fois supérieur que les prix appliqués par les deux opérateurs, Comores Telecom et Yas Comores. Une différence de 100 francs est toutefois notée entre les Comores et l’Ile Maurice, le Kenya, le Mozambique ainsi que la Tanzanie.De même, à l’intérieur de chaque pays, des différences du prix du giga sont également constatés entre les opérateurs. Ainsi, à Madagascar, si Yas Madagascar et Orange Madagascar maintiennent un prix à 796 francs comoriens, Airtel Madagascar et Bip (Axian) appliquent respectivement 688 et 645 francs, selon nos données. Aux Seychelles, Câble & Wireless (Flow) et Airtel Seychelles ont des différences prés, soit respectivement 2.335 et 2.249 francs comoriens.

À l’île de La Réunion, les différences demeurent faibles entre les opérateurs Orange Réunion (1.465 francs comoriens), Free Réunion (1.247 francs comoriens), SFR Réunion (1.550 francs comoriens) et Zeop Mobile (1.100 francs). À l’île Maurice, le prix du giga octet est de 430 francs chez Mauritius Télécom, 387 francs à Emtel et 365 francs chez MTML Orange, soit entre 200 et 100 francs de différence.Aux Comores, malgré l’exiguïté du marché, les deux opérateurs, Comores Telecom et Yas Comores appliquent le même prix à 1,016 € / Go (soit 500 francs comoriens). Même si «sur le segment des Box 4G+, on observe une distorsion majeure», selon une analyse technique établie par l’Association des consommateurs des Tics (Actic) qui précise que dans ce segment des Box 4G+ «Yas Comores facture le service au volume (1,016 € / Go), ce qui revient à un tarif 5 fois plus élevé que celui de Comores Telecom (0,203 € / Go)».Au Kenya,  si le prix du giga appliqué par Airtel Kenya et Telkom Kenya est de respectivement 344 et 473 francs comoriens, ceux de Safaricom et Starlink sont élevés que ceux appliqués aux Comores, soit respectivement 688 francs et 860 francs. En Tanzanie, quatre opérateurs se partagent le marché. Le prix du giga est relativement inferieur : Vodacom Tanzanie (387 francs), Airtel Tanzanie (305 francs), Yas Tanzanie (322 francs) et Halotel (290 francs). 


Il est à noter qu’il n’existe pas, selon les professionnels interrogés, un indicateur de référence pour fixer des tarifs de la data .Mais d'autres sources, se fondant sur un consensus de l'Union internationale des télécommunications (Uit), soulignent que le coût de l'ensemble des services des télécommunications (téléphonie et internet) ne devrait pas dépasser les 2% du revenu du consommateur. L'absence d'un salaire minimum légal aux Comores complique la méthode de calcul des coûts des différents services des télécommunications.
Les opérateurs se fondent, sous l’arbitrage des structures de régulation, sur de nombreux paramètres socio-économiques, la taille du marché et ses retombées pour fixer les tarifs de leurs services. La qualité de la vie et la clientèle pèsent beaucoup sur les niveaux des prix. Mais le nombre d’habitants ni celui des consommateurs ne dictent pas forcement les prix.

Des marchés aux disparités énormes 

Dans la région, des disparités énormes structurent la taille du marché. Au Kenya, par exemple, avec une population de 54 millions, on y dénombre 65 millions d’abonnés, soit un taux de pénétration de 120% et des abonnés data estimés à 28 millions.  En Tanzanie, avec 67 millions d’habitants, on dénombre 86 millions d’abonnés mobile et 38 millions d’abonnés data. Des chiffres qui contrastent avec ceux de Madagascar, des Comores et des Seychelles. Les trois pays ont respectivement 28 millions, 900.000 et 98.000 habitants. Le nombre d’abonnés mobile sont de 23.5 millions, 600 mille et 150 mille. Les abonnés data sont estimés à 8.5 millions à Madagascar, 250.000 aux Comores et 90.000 aux Seychelles avec des taux de pénétration respectifs de 84%, 67% et 153%, selon nos données compilées.


Si les prix du giga restent proches dans la zone Océan indien, ceux-ci se limitent au service internet devenu aujourd’hui le plus prisé par les consommateurs. Ces prix ne prennent pas toutefois en compte les offres illimitées que réclament les consommateurs comoriens. Celles-ci seront soumises à un régime spécial de tarifs qui sera homologué incessamment par le régulateur. (Lire page 8). L’Association comorienne des Tics (Actic) qui pointe «des coûts élevés » des services de télécommunications dans le pays a reconnu cette tendance des prix du giga octet dans la zone Océan indien. Mais elle estime que  «les coûts demeurent toujours élevés comparés au pouvoir d’achat des Comoriens».  Et l’Actic, par la voix de son président, Hamidou Mhoma, d’ajouter : «En se référant à  un salaire moyen entre 50 000 et 100 000 francs par mois, 500 francs le giga octet pour une personne dans un ménage, internet reste un outil d’exclusion numérique pour les classes populaires ». Pour l’heure, aucune étude technique n’est venue démontrer que les prix data appliqués aux Comores sont « élevés » par rapport au pouvoir d’achat des consommateurs, à la qualité du débit et aux coûts d’exploitation des opérateurs de la place. Toutefois, le pays reste parmi ceux ayant l’un des plus faibles taux de pénétration.  Le rapport annuel du régulateur qui devrait apporter des réponses précises sur cet aspect est attendu dans les prochaines semaines.