Accusé d’avoir troublé l’ordre public après un message WhatsApp, Chamsoudine Mohamed voit son parcours brisé depuis trois ans.

 

Le seul et dernier courrier émanant de la hiérarchie de l’Université des Comores adressé à Chamsoudine Mohamed remonte au 6 mars 2024. Après le blocage de son compte, l’étudiant avait interpellé l’administration qui a fini par donner des explications. «En réponse à votre demande de déblocage de votre compte universitaire, je tiens à vous confirmer que votre compte est bloqué à cause de vos agissements de nature à troubler l’ordre public à l’université des Comores.

Un conseil de discipline va siéger sur vos agissements et une réponse vous sera notifiée», avait écrit l’actuel recteur, Ibouroi Ali Tabibou qui était à l’époque  l’administrateur provisoire de l’Université des Comores» (Udc). Le problème, Chamsoudine n’a jamais été auditionné et aucune notification de sa suspension ou radiation ne lui a été remise depuis trois ans. 


Une exclusion qui l’a empêché de poursuivre son cursus universitaire, l’obligeant à abandonner sa licence.  L’histoire à l’origine de cette mesure date, selon l’étudiant, de l’année académique 2023-2024. A l’époque, le Syndicat national des enseignants de l’Université des Comores (Sneuc) avait déclenché une grève afin d’obtenir l’adoption de la loi sur l’enseignement supérieur. 

Groupe WhatsApp 

Mais après tractation, un protocole d’accord est signé en novembre 2023. Sauf que deux mois après la rentrée, la menace d’une grève refait surface. «L’information circulait et il a atterri dans notre groupe d’échanges sur WhatsApp. Un étudiant nous a confirmé qu’il a entendu de la bouche de certains enseignants que la menace d’une nouvelle grève planait. Donc j’ai proposé qu’il serait sage de ne pas payer tout de suite les droits d’inscription, le temps de voir l’évolution de la situation.

Car, pour moi, si on verse les frais et qu’une année blanche survienne, nous risquons de devoir payer encore l’année suivante le même montant.  Mais j’ai découvert que mon message avait été transféré à l’administration. Et on m’a bloqué le compte»,  relate Chamsoudine Mohamed. Inscrit en 2021 en Lettres modernes françaises, ce blocage l’a empêché de poursuivre ses études.  Sur la plateforme, il était indiqué que «cet étudiant n’est pas inscrit » à l’Université des Comores.

«Mon aventure s’est arrêtée en L2 puisque je n’ai jamais pu payer le droit jusqu’à nos jours», déplore l’étudiant. Face à ce blocus, il a écrit des courriers à l’administration, dont une partie a été consultée par Al-watwan. Mais ce n’est que le 6 mars 2024 que le recteur l’a informé que ses «agissements» seraient à l’origine de cette exclusion. Une décision que l’administration centrale assume.

Lors d’une conférence de presse tenue au ministère de l’Éducation, le 13 janvier, sur l’arrêt de travail du Sneuc, le recteur a déclaré que si un enfant s’adonne à des actes indisciplinés, l’administration a le droit de le radier.  Mais la méthode utilisée est sujette à interrogation. En effet selon un enseignant, si un étudiant commet une faute, il y a toute une procédure à suivre avant d’aboutir à une quelconque sanction. «Une fois que le chef de département est informé, il se renseigne et produit un rapport qu’il soumet au doyen de la faculté. 


Ce dernier le transmet ensuite au recteur. Puis un conseil qui réunit la coopérative, le département, le doyen et le conseil d’administration se réunit et statue pour prononcer la sanction», détaille notre source. Chamsoudine, lui, croit savoir que l’exclusion dont il est victime est aussi motivée par sa participation dans des mouvements estudiantins qui dénonçaient la mauvaise gestion de la coopérative des étudiants.