Dans notre pays, l’usage d’engrais chimiques par les agriculteurs de légumes se généralise souvent sans maîtrise des dosages. Ceci induit des risques pour les sols, et l’Inrape appelle à une meilleure formation et analyse scientifique.

 

L’utilisation des engrais chimiques dans les cultures maraîchères prend de l’ampleur aux Comores, où de nombreux agriculteurs y recourent pour améliorer leurs rendements. Toutefois, cette pratique est souvent réalisée sans encadrement technique suffisant, ni connaissance précise des dosages recommandés.Dans plusieurs localités, les méthodes d’application varient d’un producteur à un autre, souvent basées sur l’imitation ou des repères empiriques. À Mkazi, une agricultrice connue sous le nom de maman Nassuf explique qu’elle combine engrais chimiques et fumier dans ses cultures de tomates, de salades, de choux et de concombres. Elle reconnaît également une utilisation approximative des quantités. «Une fois, on nous avait conseillé de mettre une dose équivalente à une boîte d’allumettes dans nos cultures », se rappelle-t-elle. À Serehini, un autre agriculteur spécialisé dans la tomate, Taufik Ahamadi, indique utiliser «une cuillère à soupe comme unité de mesure pour l’engrais chimique», qu’il «répartit dans les trous de plantation». 

Classer la qualité du sol

Il précise appliquer «deux doses distinctes, l’une au début de la culture et l’autre lors de la phase de développement de la plante».
Dans la zone de Kowe à Mitsamihuli, une agricultrice, maman Abdouroihmane, affirme utiliser de l’ammoniaque pour accélérer la croissance de ses cultures. Elle mesure le produit avec «un bouchon de bouteille» et l’ «applique autour des plants en prenant soin d’éviter les racines ». Elle estime que «cette méthode est particulièrement efficace durant la saison sèche, période favorable à la dissolution dans le sol».Face à ces pratiques empiriques, un spécialiste appelle à une meilleure maîtrise scientifique de la fertilisation. Au sein de l’Institut national de recherche pour l’agriculture, la pêche et l’environnement (Inrape), Dr Moilim Fahad insiste sur la nécessité d’un usage raisonné des engrais. «La fertilisation ne doit être ni excessive ni insuffisante, mais optimale », a-t-il expliqué. Selon lui, «le sol contient naturellement des éléments nutritifs issus de fractions minérales, organiques et chimiques, mais il reste souvent pauvre, ce qui justifie l’apport d’engrais». Toutefois, cet apport doit être «fondé sur des analyses précises afin de déterminer les besoins réels des cultures».


Le spécialiste rappelle également que les éléments nutritifs essentiels sont au nombre de seize, dont l’azote, le phosphore, le potassium, le calcium, le magnésium ou encore le fer et le zinc. Pour l’azote, par exemple, «un sol est considéré très pauvre en dessous de 0,045, pauvre entre 0,045 et 0,09, moyen jusqu’à 0,17, riche jusqu’à 0,32 et très riche au-delà». Concernant le phosphore, les résultats d’analyse permettent également de classer la qualité du sol selon les concentrations mesurées en parties par million, allant de très pauvre à riche selon les seuils observés.Pour Dr Fahad, «seule une analyse préalable du sol permet de déterminer avec précision les besoins en fertilisation et d’éviter les excès susceptibles de dégrader durablement les terres agricoles».