Un an après “Fusion des ombres”, l’écrivain revient, avec ce nouveau roman qui retrace le quotidien d’une femme née d’une famille instable, de parents infidèles, qui a subi des agressions sexuelles et fait face à une vie pénible à cause d’un époux qui ne voulait pas assumer ses responsabilités familiales. Interview

 

Qu’est ce qui vous a inspiré ce personnage?

“Tout commence quand une jeune femme, timide, est venue à mon bureau au ministère de la Promotion du genre, me demander si elle pouvait me parler. Je lui ai répondu “oui”. J’ai remarqué qu’elle n’avait pas le sourire mais qu’elle avait besoin de  parler.
Tout s’est bien déroulé lors d’une première discussion. Mais c’est à partir d’un troisième échange que je me suis dit que son histoire méritait d’être racontée, lue et entendue car beaucoup de chose se passent et ne sont pas dévoilées.

Que cherchez-vous à raconter par rapport à votre héroïne?


Comme il s’agit d’une histoire vraie romancée, je voulais tout simplement rapporter une chose que les gens cachent et raconter un long voyage vécu par cette dernière. C’est une façon de rappeler que, trop souvent, devant des cas de viols, il se trouve que l’auteur de l’acte est au sein de la famille où il rôde en cherchant sa proie.

Par rapport à la naïveté de l’héroïne est-ce une forme de fuite ou de reconstruction?


La jeune femme a été violée à 13 ans. Ce fut, tout d’abord, le silence, l’envie d’”éviter la honte” en cachant la douleur. Toute cette résignation a fait qu’elle était affaiblie et incapable de distinguer le mal et le bien.

En parcourant l’œuvre, on a l’impression que l’héroïne, Winna, paraît parfois lucide et déterminée à poursuivre ses rêves et, parfois, faible et incapable de réagir. Comment avez-vous construit cette dualité?


En effet, elle était naïve mais, en même temps, elle manifestait une certaine confiance envers les gens. Elle n’était pas excessivement prudente et pouvait se prévaloir d’une certaine forme de résilience. Mon but était d’exprimer son ressenti et de rester dans son histoire notamment en rapportant la douleur et son vécu.

Que souhaitez-vous que le lecteur ressente envers elle?


Je l’ai dit : cette histoire n’est plus la sienne ni la mienne. Elle est à la portée de tout le monde car, autour de nous, il y a énormément de jeunes femmes qui ont subie des viols et qui ont préféré garder le silence. Il s’agit, là, de faire en sorte que ces personnes puissent se retrouver et avoir le courage d’en parler comme Winna l’a fait. D’ailleurs, après cela, elle m’a semblé soulagée.

Dans ce roman on peut percevoir une certaine forme d’injustice ou abus de pouvoir réservés presque exclusivement aux femmes. Comment peut-on interpréter cela?

Parfois, la justice envers les femmes, comme envers tout le monde, est difficile à expliquer parce que, tout simplement, elle est injuste.
J’en ai parlé mais pas très largement. Certes, la jeune fille m’a raconté beaucoup plus de choses, mais je me suis dit que ça allait heurter beaucoup de monde. J’ai essayé de lancer des petites flèches, comme ont dit. Notamment le comportement de ce procureur de la république incapable de recevoir un plaignant avec la courtoisie nécessaire. Le fait d’avoir refusé d’écouter cette femme, quelque soit la raison, me paraît scandaleux. C’est, d’ailleurs, entre autres, une des raisons qui font que certaines femmes ne vont pas jusqu’au bout dans leur plainte.

Quel regard portez-vous sur la condition féminine à travers cette histoire et quel message à transmettre à travers le vécu de ce personnage?

Ayant travaillé à la direction de la promotion du genre de 2011 à 2015, je peux vous dire que les femmes, autant que les hommes, peuvent être agressives et violentes. Mais une chose me parait sûre : la douleur d’une femme est difficilement consolable. Par ailleurs, j’estime qu’il y a une certaine hypocrisie : nous prétendons vivre dans une société matriarcale or c’est tout le contraire.

 En réalité, c’est la femme qui subit la loi de l’homme.Je voulais, également, par ce personnage, adresser un message à toutes ces femmes victimes de violences de tout genre, d’avoir le courage de le confesser car, pour l’avoir fait, Winna a retrouvé du réconfort. Cela elle le confie. 

*L’Harmattan, le 5 février 2026